Gouvernance

Réforme des frais de mission : entre rigueur budgétaire et inquiétudes sociales

Le projet d’arrêté présenté au Conseil des ministres du 22 octobre 2025 vise à réduire les frais de mission jugés non prioritaires. Il propose de ne plus indemniser les déplacements de moins de 50 km. Cette réforme suscite des inquiétudes chez les fonctionnaires et les observateurs, qui redoutent une baisse de productivité.

Alexis Nimubona, porte-parole de OLUCOME : « Au-delà de la réduction des dépenses, il faut aussi garantir la rentabilité du travail ».

 

« Le présent projet d’arrêté vient modifier l’arrêté de 2024 dans l’optique de supprimer ou de réduire certaines dépenses non prioritaires. Il apporte plus de clarification afin de limiter les abus. Le projet propose que les déplacements à l’intérieur du pays puissent être considérés comme missions à l’intérieur du pays ou pas, le déplacement pris en compte étant celui effectué en dehors du lieu habituel de travail et à une distance d’au moins 50 km. Le projet prévoit également des frais de déplacement pour des personnes invitées à une activité et provenant des localités différentes de celle où se tient l’activité. Pour la bonne gestion des dépenses publiques, le projet propose également la suppression des frais qui étaient octroyés aux présentateurs internes à la structure ayant organisé l’activité ou l’événement. Seuls les présentateurs externes seront éligibles à cette dépense », lit-on dans le communiqué de presse du conseil des ministres du mercredi 22 octobre 2025.

Cette réforme suscite de nombreuses interrogations. Un fonctionnaire interrogé se dit inquiet face à l’absence de détails sur les nouvelles conditions. Il rappelle qu’auparavant, les frais de déplacement étaient calculés par dépassement de province, avec une indemnité de 100 000 FBu par nuitée et 50 000 FBu par journée. Selon lui, ces frais motivaient les agents à bien accomplir leur travail et contribuaient à leur survie, surtout que la plupart des fonctionnaires perçoivent de faibles salaires.

Une gestion qui n’en est pas une selon l’OLUCOME

Alexis Nimubona, porte-parole de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (OLUCOME), reconnaît la volonté du gouvernement de réduire les dépenses, mais estime que cette mesure n’apportera pas de résultats concrets. Il appelle à des études approfondies pour évaluer les avantages et les inconvénients de cette réforme. « Cette mesure intervient alors que les fonctionnaires vivent dans la précarité. Comment être productif lorsqu’on est envoyé dans les montagnes de Muramvya sans avoir pris de petit-déjeuner ou ayant dormi le ventre vide? », s’interroge-t-il. Il souligne que tout déplacement implique des frais: nourriture, transport, eau… et que l’absence d’indemnité risque de nuire à l’efficacité des agents.

Selon lui, au-delà de la réduction des dépenses, il faut aussi garantir la rentabilité du travail. Le gouvernement a le devoir de permettre aux fonctionnaires d’exercer leurs fonctions dans de bonnes conditions.

Des dépenses à revoir ailleurs

Pour l’OLUCOME, si le gouvernement souhaite réellement réduire les dépenses, il devrait s’attaquer à d’autres domaines comme les cérémonies coûteuses. Il cite notamment les croisades, les cérémonies du flambeau de la paix qui impliquent les frais de mission et le carburant pour les cortèges qui accompagnent les cadres qui participent dans ces cérémonies. Il recommande également de revoir les missions à l’étranger et de privilégier ceux qui apportent une réelle valeur ajoutée au pays.

Les parlementaires ont d’ailleurs constaté que pour l’exercice budgétaire 2024-2025, les missions à l’étranger ont largement dépassé le taux d’exécution de 100 %, surtout en fin d’exercice. Les parlementaires ont exprimé leurs inquiétudes, soupçonnant une volonté de liquider le budget. Ils appellent les gestionnaires des crédits à une gestion rationnelle et objective, conforme à la philosophie du budget-programme.

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Florence Inyabuntu.

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