Editorial

Un tourisme laminé par le monolinguisme

Au Burundi, le tourisme semble enfermé dans les limites d’une seule langue : le Kirundi, langue maternelle de la majorité des guides touristiques. Si ce choix linguistique peut sembler naturel dans un contexte local, il devient un véritable obstacle dès qu’on se tourne vers l’international. Certains guides ne maîtrisent aucune autre langue. Ce qui réduit considérablement leur capacité à interagir avec les touristes venus d’ailleurs.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.

Mais comment en est-on arrivé là dans un secteur reconnu comme prometteur dans tant d’autres pays ? Le problème va au-delà de la simple barrière linguistique. Il soulève des questions sur le recrutement, la formation et la professionnalisation de ces guides. La maîtrise exclusive du Kirundi freine la transmission fidèle des informations culturelles et historiques, et expose les visiteurs à une expérience souvent frustrante et confuse.

Dès lors, l’image renvoyée est celle d’un service peu structuré, voire non professionnel. Ce qui peut rapidement entamer la crédibilité du secteur tout entier. L’absence d’uniformes chez les guides accentue ce sentiment ; difficile, dans ces conditions, pour un touriste d’identifier son interlocuteur ou de distinguer un guide officiel d’un simple accompagnateur.

Or, dans un contexte normal et concurrentiel, les touristes s’attendent à être accueillis en langues internationales telles que le Français, l’Anglais ou le Swahili. Le pays, en maintenant un service centré uniquement sur le Kirundi, ferme la porte à un tourisme international de qualité pourtant capable de générer des revenus et de valoriser le patrimoine national.

Le constat est clair : le tourisme burundais est un navire qui perd le cap et qui risque de chavirer si rien n’est fait rapidement.

Plusieurs mesures peuvent être envisagées sans attendre, notamment organiser des formations linguistiques pour les guides (Français, Anglais, Swahili), encourager la certification professionnelle, y compris dans les compétences interculturelles, mettre en place des uniformes officiels avec badge, nom, langues parlées et domaine de spécialisation, créer une association professionnelle des guides touristiques qui garantira la qualité et l’éthique du service.

Cela est important dans la mesure où une telle réforme ne profiterait pas qu’aux guides seulement. Elle permettrait d’améliorer l’image du pays à l’international, d’attirer davantage de visiteurs et donc de renforcer l’économie locale, de créer des emplois durables et qualifiés, de préserver et de mettre en valeur le patrimoine culturel du pays.

Il est encore temps d’agir. Ceux qui œuvrent dans le secteur touristique, les institutions publiques et même les citoyens doivent se ressaisir tant qu’il est encore temps. Le Burundi a des atouts pour devenir une destination prisée à condition de briser les murs de la langue unique, de professionnaliser ses guides et d’investir dans une vision plus ouverte et ambitieuse du tourisme.

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A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

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