Le gouvernement burundais a instauré une nouvelle mesure visant à encadrer strictement le départ des citoyens désireux de travailler à l’étranger. Désormais, aucun Burundais n’est autorisé à quitter le territoire national à des fins d’emploi sans être muni d’« une fiche individuelle du candidat demandeur d’emploi à l’étranger ». Ce document officiel est délivré par le ministère en charge des relations extérieures et sera systématiquement exigé lors des contrôles à l’aéroport international Melchior Ndadaye.

Désormais, les Burundais désireux de travailler à l’étranger doivent remplir et faire signer, à différents niveaux, une fiche spécifique avant d’embarquer à l’aéroport international Melchior Ndadaye.
Selon le Ministère des Relations extérieures et de la Coopération au développement, l’obtention de cette fiche passe obligatoirement par les agences de recrutement agréées par l’Etat burundais. En conséquence, toute personne souhaitant travailler à l’étranger, notamment vers des destinations actuellement très prisées comme les Emirats arabes unis, en particulier Dubaï, ou d’autres pays du Golfe, devra impérativement transiter par ces sociétés disposant d’une autorisation officielle. Ce qui renforce davantage le contrôle de l’Etat sur les flux migratoires liés à l’emploi.
Concrètement, chaque candidat au travail à l’étranger est tenu de remplir une fiche d’identification du travailleur comportant plusieurs mentions obligatoires : le sceau du ministère en charge des relations extérieures, la signature de l’agence de recrutement mandataire, celle du travailleur concerné, ainsi que celle d’un membre de sa famille dûment autorisé. Cette procédure a été formalisée dans un communiqué publié le 22 décembre 2025 par le ministre Edouard Bizimana. Le document doit clairement mentionner l’identité de l’agence de recrutement, le pays de destination, le lieu de travail, etc. Sans cette fiche validée par le ministère, aucun départ ne sera autorisé à l’aéroport international Melchior Ndadaye.
Selon le ministre Bizimana, cette mesure vise avant tout à protéger les droits et la dignité des travailleurs burundais. La fiche constitue une autorisation spéciale d’embarquement et permet aux autorités de suivre le parcours des travailleurs à l’étranger. Les agences de recrutement sont également tenues de fournir des contrats de travail signés entre le travailleur et l’employeur étranger, ainsi que des accords de partenariat conclus entre l’agence et l’employeur.
L’objectif affiché est de lutter contre l’exploitation, les abus et les réseaux illégaux de recrutement, tout en garantissant que les emplois proposés à l’étranger soient légaux, réglementés et conformes aux normes en vigueur. Le gouvernement invite ainsi les agences autorisées à exercer leur mission de manière professionnelle et responsable afin que la migration de travail profite à la fois aux travailleurs, au pays et à la diaspora burundaise.
Une mesure aux interprétations divergentes ?
Cependant, cette nouvelle mesure suscite des interrogations. Quand il était invité au Sénat le 13 janvier 2026, le ministre Bizimana a été interpellé sur le sort des personnes disposant de documents de voyage valides requis, mais n’ayant pas transité par une agence de recrutement avant de partir travailler à l’étranger. En réponse, le ministre a tenu à clarifier la position du gouvernement : « Nous n’empêchons personne de partir. Nous recommandons simplement de passer par des voies connues afin de faciliter l’assistance en cas de problème », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que les représentations diplomatiques du Burundi restent disponibles pour venir en aide à tout citoyen burundais en difficulté à l’étranger, y compris dans les pays où le Burundi ne dispose pas encore de représentation officielle.
Pour certains observateurs, cette mesure constitue toutefois une lourdeur bureaucratique supplémentaire d’autant plus que les agences de recrutement ne délivrent pas ce document gratuitement. En guise d’alternative, certains candidats à l’exil professionnel pourraient être tentés de transiter par les aéroports des pays voisins du Burundi, une option jugée plus coûteuse. Aujourd’hui, pour travailler dans les pays du Golfe, un candidat peut dépenser entre 7 et 16 millions de BIF voire davantage, selon la nature de l’emploi proposé.
A ce jour, le ministère indique que plus de 18 000 travailleurs burundais ont été envoyés à l’étranger par des agences légalement reconnues. Toutefois, 34 autres agences continueraient à opérer illégalement en marge du cadre réglementaire établi par l’Etat.




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