Société

A la découverte d’une femme portefaix

Au Burundi, les mentalités culturelles veulent que certains métiers soient réservés aux hommes. Cependant, les femmes commencent à s’initier timidement à travailler dur et à se battre aux côtés de leurs maris. Aujourd’hui portefaix, Lucie Ndayishimiye s’est fait une place dans les rangs des hommes depuis quelques années pour gagner sa vie et soutenir financièrement sa famille. Cette femme combattante s’est confiée à un reporter de Burundi Eco    

Nous sommes mardi le 9 février 2022 aux environs de 11 heures. Comme d’habitude, le poste frontière de Gatumba est plein de monde. Les voyageurs sont  nombreux. On aperçoit partout des personnes qui discutent en petits groupes. Les portefaix bataillent dur pour un sac ou un carton à mettre sur les épaules moyennant quelques sous. Au milieu de la foule, on reconnait facilement ces gens engagés à échanger leur force physique contre quelques billets de banque. Tous portent des t-shirts bleus marqués d’un numéro. Transporter, décharger ou charger les bagages dans les véhicules est leur tâche. Il nous faut un temps pour trouver notre cible, car les gens bougent tout le temps.  « Makusudi est là, mais je ne sais pas où elle est passée », répond un taxi vélo qui reprend le sobriquet de madame. Après nous avoir renseignés auprès de deux ou trois personnes, nous réussissons un court entretien avec Mme Lucie Ndayishimiye.

Les femmes commencent à s’initier timidement à travailler dur et à se battre aux côtés de leurs maris.

Une femme combattante confiante en elle-même

Quinquagénaire à visage un peu ridé, Mme Ndayishimiye a jouit d’une longue expérience dans le métier de portefaix généralement considéré comme acquis aux hommes. Résidant dans la zone Gatumba de la commune Mutimbuzi, cette femme mariée a 7 enfants. « Je suis vieille.  J’ai 7 enfants et 4 d’entre eux sont encore à l’école», indique-t-elle. Avant de se rabattre sur le métier de portefaix, Mme Ndayishimiye a  exercé en tant que taxi vélo, le métier qu’elle a pratiqué jusqu’à la veille de la fermeture du poste-frontière de Gatumba. « Je déplaçais à vélo des personnes qui se rendaient régulièrement  en RDC avant le déclenchement de la pandémie de Covid-19 », explique-t-elle.  Après la réouverture de la frontière de Gatumba, le protocole sanitaire a laissé en place certaines restrictions qui ont continué à frapper le transport à vélo.  Elle aura donc été forcée de changer de métier pour servir en tant que portefaix. Pour elle, il faut savoir contourner les difficultés pour survivre. « Même si je n’ai pas été sur le banc de l’école, je peux quand même me débrouiller pour vivre », se félicite Mme Ndayishimiye. Pour elle, l’essentiel c’est de gagner son pain.

Il   n’y a plus de métiers réservés aux hommes

Ndayishimiye est aujourd’hui la seule femme à travailler en tant que portefaix à la frontière de Gatumba. Cependant, elle affirme s’être parfaitement intégrée et n’avoir pas eu à faire face à une injustice quelconque basée sur le genre. «Non, je n’ai rien à leur reprocher depuis que j’ai intégré ce métier. La seule difficulté à laquelle je fais face est que je ne peux pas transporter des bagages trop lourds, surtout que mes genoux me font mal», rétorque-t-elle à la question de savoir si les hommes ne lui barrent pas la route dans son activité.

Quant au choix de ce métier, l’explication de Mme Ndayishimiye tombe à pic. Son mari n’était pas salarié et elle devait se débrouiller pour le soutenir afin de rendre la vie moins difficile. Cette dame senior dans le métier de portefaix affirme que l’apport de son mari ne suffit pas pour faire vivre la famille.  « Il travaille de temps en temps dans les champs, mais la récolte est très insuffisant car des fois les conditions climatiques sont souvent rigoureuses. Parfois il ne récolte rien », explique-t-elle. Présente chaque matin à cet endroit qui constitue une vraie opportunité pour certaines gens de la zone Gatumba, elle engrange en moyenne 15 000 FBu par jour. Ce qui constitue une bonne somme pour nourrir sa famille.  Même si elle ne l’utilise plus, Nshimirimana garde son vélo. Interrogé sur le début de son métier, elle préfère s’abstenir, mais affirme avoir commencé le métier de taxi-vélo depuis sa prime jeunesse.

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A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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