Un déséquilibre considérable existe entre le taux de change officiel fixé par la Banque de la République du Burundi (BRB) et celui pratiqué sur le marché parallèle (ou marché noir). Par exemple, alors que le dollar américain est officiellement échangé à environ 2 950 FBu, il peut se vendre à plus de 7 300 FBu sur le marché parallèle.

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.
Cette situation reflète une pénurie de devises étrangères sur le marché officiel, poussant les entreprises, les commerçants et les citoyens à se tourner vers des circuits non officiels pour répondre à leurs besoins en importations ou pour épargner en monnaie forte.
Plus la valeur du dollar augmente, plus le coût des biens importés grimpe et c’est le citoyen burundais ordinaire qui en paie le prix fort. Ce surcoût est répercuté sur le consommateur final, d’autant plus que les prix augmentent plus vite que les salaires. Les ménages ont donc de plus en plus de mal à couvrir leurs besoins de base. Il devient urgent de réformer le système de change afin de sauver le pouvoir d’achat.
Certains opérateurs économiques ayant un accès privilégié aux devises profitent de cette situation. Bonjour les spéculations ! Mais cette situation n’a rien d’une fatalité. Les choses ont changé de par le passé et peuvent encore changer. A tout problème, il existe des solutions. Le manque de devises est une contrainte sérieuse que les autorités compétentes ne doivent pas ignorer. Cependant, c’est aussi le devoir de chacun de contribuer au changement. Car, à lui seul, l’Etat ne peut pas faire face à l’ampleur des enjeux.
Le pays regorge de potentialités : un café de renommée mondiale, un sous-sol riche en minerais, des atouts touristiques (le lac Tanganyika, les lacs aux oiseaux…), des produits locaux de qualité. Pourquoi ne pas stimuler l’exportation du café et des minerais, redynamiser le tourisme et surtout encourager les transferts des devises effectués par la diaspora par des canaux officiels ?
Il serait également souhaitable d’unifier progressivement le marché officiel et le marché parallèle, en rendant les devises plus accessibles, y compris dans les banques commerciales. Cela doit aller de pair avec des contrôles rigoureux sur les opérateurs économiques et les officiels qui manipulent les taux ou détournent les devises vers le marché noir.
Pour répondre aux attentes et faire face aux défis du marché de change, une bonne gouvernance s’impose aussi. Une mobilisation collective est nécessaire pour une prise de conscience générale du problème. Une fois ce défi pris à bras-le-corps par tous les acteurs, il sera possible de construire une économie plus résiliente et autonome.



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