Société

« Amaombi », ces prières qui gênent

Au fur du temps, le nombre d’églises a explosé au Burundi. De nouvelles sectes religieuses et des églises de réveil continuent à naître. A Bujumbura, les prières de chambres dites «amaombi», une nouvelle donne dans le monde religieux. Pour une certaine opinion, ce  type de prière a des retombées négatives sur la vie dans la société

Le nombre d’églises chrétiennes s’accroit du jour au jour dans la capitale économique du Burundi. Les prêcheurs de la Parole de Dieu de même. Certaines de ces assemblées religieuses se dupliquent et les conflits éclatent au grand jour. Ce qui ne laisse pas les pouvoirs publics indifférents. Au-delà de tout cela, un phénomène nouveau se fait remarquer. La pratique d’organiser des prières dans des ménages ou les « chambres de prières » prend de l’ampleur. Ces prières communément appelées « amaombi » qui se font parfois  pendant la nuit ne manquent pas de gêner les voisins du ménage organisateur.

Les prières communément appelées « amaombi » qui se font parfois pendant la nuit ne manquent pas de gêner les voisins du ménage organisateur.

Pasteur Sylvestre Bizimana, Secrétaire général du conseil national des églises du Burundi(CNEB)  ne nie pas l’existence de ces chambres de prières en dehors de l’espace officiel du culte. « Nous demandons aux responsables des églises de suivre de près les chambres de prières pour se rendre compte de la façon dont elles fonctionnement », a-t-il indiqué. Il affirme qu’il existe certaines  chambres de prières privées dans lesquelles on prie pour les personnes malades en quête de la guérison. Ce pasteur se contente de pointer du doigt les chambres privées où sont organisées ces prières. « Ce ne sont pas toutes les chambres de prières, mais il y en a qui appartiennent à des personnes privées », indique-t-il.  Alors que certaines personnes y amènent des malades qui espèrent y guérir, Bizimana rappelle qu’il faut plutôt amener les malades à l’hôpital. Pour ce responsable, c’est toujours possible de prier pour un malade même quand il est sur le lit de l’hôpital.

Le secrétaire général du CNEB juge qu’il est irresponsable de faire le tapage pendant les prières. Il apprécie positivement les mesures du ministère de l’Intérieur qui mettent fin aux chambres de prière qui font des tapages dans les quartiers.  «Ce que tu ne veux pas qu’on fasse pour toi, ne le fais pas aux autres», souligne-t-il.

Des retombées socio-économiques  de la religion en amont et en aval

Le sociologue Lambert Hakuziyaremye tente d’expliquer l’expansion de la religion au Burundi. Pour lui, les raisons d’être de ce phénomène sont diverses. «Nous ne pouvons pas affirmer que l’expansion des religions dans notre société se justifie simplement par la foi, mais aussi par l’existence des problèmes sociaux comme la pauvreté, la maladie…», fait- il remarquer. Hakuziyaremye   va loin en rappelant que certaines églises sont créées pour constituer une vache laitière pour leurs fondateurs. Il donne l’exemple des églises qui souffrent de conflits internes, où les responsables déstabilisent leurs fidèles.

Sollicité pour s’exprimer sur la pratique de la religion au Burundi en général et sur les chambres de prières en particulier, Hakuziyaremye est très critique. Pour lui, la religion peut être un des facteurs plombant le développement. « Il existe des questions qui demandent des réponses plus rationnelles qui ne relèvent pas de la religion », indique-t-il.  Selon Hakuziyaremye, les religions peuvent parfois être à l’origine de la pauvreté en dépit de leur rôle d’édification de la société.  « Certaines personnes vont jusqu’à mettre tous leurs biens sur le marché en espérant la délivrance, à retirer leurs enfants de l’école par exemple », commente-t-il. Pour illustrer ses propos, il cite le cas de la secte spontanée fondée par Eusébie Ngendakumana, jeune femme de Gahombo en province de Kayanza qui a fini par ruiner beaucoup de vies. Cependant, ce sociologue affirme que la religion devrait normalement contribuer à l’épanouissement de l’être humain. « La religion peut aider les gens désespérées à se relever et à combattre pour un futur meilleur », dit-il.   

Pasteur Bizimana conseille aux fidèles des églises de ne pas passer tout leur temps dans les prières et d’éviter de perturber la sécurité des autres. Pour lui, le respect de la loi est recommandé par la Parole de Dieu. Il  promet des échanges avec les autres responsables religieux pour trouver une solution durable à cette problématique. 

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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