Economie

Investir au Burundi : Quand les opportunités ne suffisent pas à elles seules

Cela fait des années, que le Burundi peine à garder le peu d’investisseurs sur place et à en attirer de nouveaux. Et cela, malgré différentes conférences et discours visant à les séduire. Pour certains, les plans sont là, les discours aussi, mais les actions concrètes allant dans ce sens manquent. Des choses internes à réviser, une motivation à créer et une détermination sans failles sont plus que nécessaires pour opérer des changements dans ce secteur.

Il est impératif que le Burundi investisse dans une communication à la hauteur, car les investissements se vendent.

« Le marché des investissements est un marché très concurrentiel aussi bien pour le Burundi que pour toute l’Afrique. L’Afrique est en train de rivaliser avec les autres continents. Les gens qui ont de l’argent ont le choix. Je crois qu’une des réflexions à avoir c’est : qu’est-ce que nous faisons de mieux que les autres ? », souligne l’Ambassadeur Libérat Mpfumukeko.

Cette intervention s’inscrivait dans le cadre des activités de la Semaine de la Diaspora Panafricaine, qui s’est tenue du 29 au 30 juillet 2026 à Bujumbura sous le thème : « Dialogue avec la diaspora panafricaine sur le développement et la transformation de l’Afrique ».

Attirer les investisseurs a toujours été un objectif clé dans plusieurs rencontres officielles organisées au Burundi et à l’étranger. Les opportunités susceptibles de les attirer sont légion. Le terrain est encore presque vierge. Mais comme cela ne suffit pas à lui seul pour attirer et garder les investisseurs, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Améliorer la promotion des investissements

L’Ambassadeur Mpfumukeko trouve qu’on ne peut espérer promouvoir les investissements qu’à travers des rencontres ponctuelles et souligne que les pays qui ont les plus grands flux d’investissement déploient des moyens commerciaux à la hauteur. « Les gens qui ont de l’argent ne viennent pas dans ces réunions institutionnelles. Mais si vous faites de la publicité dans le Wall Street Journal, The Economist, etc., tous les grands riches des États-Unis et du monde entier regardent cela », explique-t-il.

Pour lui, il est impératif que le Burundi investisse dans une communication à la hauteur, car les investissements se vendent. « Il faut vraiment qu’on réfléchisse aux moyens appropriés de communication et d’information pour que notre diaspora sache exactement ce qui se passe au Burundi et en Afrique. Nous sommes en compétition et cela, il faut le savoir », conclut-il.

Un autre problème est qu’on tient souvent des discours contradictoires. « Nous disons que nous voulons instaurer un bon climat des affaires. Mais nous traînons les pieds lorsqu’il faut mettre en place les réformes qui vont dans ce sens », dit-il.

Il donne l’exemple du guichet unique qui a été mis en place en 2011-2012 à l’Agence de Développement du Burundi (ADB). L’ADB avait l’ambition de mettre en place d’autres guichets uniques pour imiter les meilleures pratiques des autres pays qui le faisaient à l’époque. Cela permettrait de faire en sorte que l’investisseur qui arrive au Burundi trouve tous les services en un seul endroit. S’il veut acheter un terrain par exemple, qu’il trouve sur place un guichet pour les titres fonciers. Il regrette cependant que cela fasse 15 ans que les plans du cadastre pour les zones économiques spéciales sont disponibles, mais que leur mise en place traîne.

Trop d’impôt tue l’investissement

Pour gagner ce pari, le Burundi doit aussi offrir des conditions susceptibles d’attirer les investisseurs. Dans ces assises, il a été montré que les pays européens ayant le pouvoir d’achat le plus élevé sont des pays dont la fiscalité est la plus avantageuse et qui attirent les plus grandes entreprises du monde.

Alors que dans les pays développés, ce sont les entreprises du secteur privé et l’activité commerciale qui génèrent la recette fiscale, au niveau de l’Afrique, il se remarque un manque de cohérence. Parfois, on annonce des mesures d’incitations fiscales à l’endroit des investisseurs, mais qui sont supprimées le lendemain selon les besoins du Trésor public. Les investisseurs en Afrique font face aussi à des taux d’intérêts bancaires élevés qui les découragent. Ce qui n’est pas toujours cohérent avec les objectifs de nos pays en matière d’investissement.

« Nous disons à tous nos partenaires et à nos citoyens que nous voulons réformer le climat des affaires. Mais le résultat, très souvent, n’est pas là. Je crois qu’il y a des choses internes à réviser, une motivation à créer, une détermination vraiment à avoir pour opérer des changements », trouve l’Ambassadeur Mpfumukeko.

« Sinon, il y a d’autres concurrents sur d’autres continents qui vont beaucoup plus vite, qui sont plus résolus dans ce qu’ils font. Et dans 15 ou 20 ans, on sera toujours là à vouloir des investisseurs qui ne viennent pas », conclut-il.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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