Environnement

Bujumbura face au phénomène de ravinement

Le phénomène de ravinement menace les infrastructures dans les quartiers situés en amont de la ville de Bujumbura. Les habitants de ces quartiers lancent un cri d’alarme. Au moment où  la plupart des infrastructures ont été érigées sur base des crédits contractés dans les banques, ils disent que c’est une perte énorme

Lors d’une descente effectuée par Burundi Eco vendredi le 28 août 2020, il a été constaté qu’en amont de la municipalité de Bujumbura, certains quartiers sont assiégés par les ravins. Ils se creusent du jour au jour consécutivement aux eaux charriées par les caniveaux.  Les exemples sont légion.  Le ravin qui sépare les quartiers Kinanira II et Kamesa est effroyable. Sa profondeur dépasse 15 mètres. Les berges de ce ravin ne cessent de s’écrouler. Par conséquent, le lit s’élargit et pas mal d’infrastructures se sont déjà affaissées. D’autres sont au bord du précipice. Le même calvaire s’observe à Musaga.  Le ravin qui sépare les quartiers Gitaramuka et Gikoto est épouvantable. Suite aux eaux de pluie, le lit de ce ravin s’est terriblement élargi. Il va au-delà de 100 m.  A chaque fois que ses berges s’écroulent, ce sont les infrastructures tant publiques que privées qui sont endommagées. Le phénomène de ravinement menace aussi les quartiers de Kanyari et Rweza. A ces endroits, certaines maisons sont au bord du gouffre. Cette catastrophe liée au phénomène de ravinement traumatise aussi les habitants du quartier Gikungu rural et ses environs.

Les quartiers Gikoto et Gitaramuka situés dans la zone Musaga mis à mal par les ravins.

Les habitants de kamesa et kinanira II lancent un cri d’alarme

Les habitants de ces quartiers lancent un cri d’alarme. Jeannine Nihorimbere, habitant le quartier Kamesa indique qu’une partie de sa maison s’est déjà détruite suite à l’élargissement sans cesse du lit du ravin situé à cet  endroit.  Cette maman de quatre enfants fait savoir qu’elle n’a pas où aller.  «Je suis obligée de rester dans cette maison, car je n’ai pas d’argent pour aller m’installer ailleurs. Je n’ai pas d’autres choix», révèle-t-elle. Au moment où la saison des pluies s’annonce, Nihorimbere craint que ses enfants ne puissent tomber dans ce ravin.  Lors de notre visite, on a rencontré des enfants issus d’une famille qui habite à côté de ce gouffre. Les parents de ces innocents étaient au service. Ces gamins nous ont révélé qu’ils n’ont pas où aller.  Sinon, ils craignent qu’un jour ils vont être emportés par les eaux de pluie qui empruntent ce ravin.

Gitaramuka et Gikoto mis à mal

C’est le même désarroi pour les habitants des quartiers Gikoto et Gitaramuka de la zone Musaga, commune Muha. Selon Claudine Nyandwi, habitant le quartier Gikoto, le phénomène de ravinement constitue une menace pour les habitants. Les maisons s’affaissent chaque fois qu’il pleut. D’autres présentent de monstrueuses fissures.  Nyandwi s’inquiète du fait que la plupart des habitants de ces quartiers ont contracté des crédits pour construire ces maisons menacées d’effondrement. Pierre Ciza, un sexagénaire habitant le quartier Gikoto fait remarquer que ces ravins découlent des caniveaux qui se sont transformés petit à petit en ravins suite à la forte pression des eaux de pluie. Il indique que vers les années 1960, on lui a appris que le ravin qui sépare les quartiers Gikoto et Gitaramuka était un simple caniveau que même un enfant de 5 ans pouvait traverser facilement.  Néanmoins, avec les effets du changement climatique, la situation s’est ternie. Au moment où il commence à pleuvoir, ces quartiers s’attendent au pire et lancent un cri d’alarme. Ils ne voient pas à quel saint se vouer.

OPC1 Anicet Nibaruta, directeur général adjoint de la protection civile et secrétaire exécutif de la plateforme nationale pour la prévention et la gestion des risques de catastrophes affirme que le phénomène de ravinement est une réalité au Burundi. Il évoque le cas de la province Muyinga. Il fait remarquer que cette province est confrontée aux ravins qui s’agrandissent en profondeur et latéralement. Huit ménages victimes de ce phénomène à Muyinga seront délocalisés sous l’appui du projet d’appui à la réduction des risques de catastrophes et  la résilience communautaire mis en place par le Pnud.

Ce phénomène découle du changement climatique

Nibaruta fait savoir que ces problèmes de ravinement découlent du changement climatique. «Nous devons développer une résilience communautaire afin de nous y adapter», précise-t-il. Il lance un vibrant appel aux services chargés de l’aménagement du territoire afin qu’ils accompagnent les gens qui veulent construire leurs maisons.  Pour s’installer dans une zone quelconque, Nibaruta indique qu’on ne le fait pas pêle-mêle. Il faut d’abord qu’elle soit viabilisée. Malheureusement, les gens s’installent dans des zones à très haut risque. De plus, ils ne respectent même pas les codes de l’eau et de l’environnement. Nous devons les appliquer dans  leur intégralité. Sinon, il a fait savoir qu’on va continuer à vivre le même calvaire.     

Notons que suite à sa position géographique et à sa géomorphologie,  Louis Nahimana, géologue et professeur à l’Université du Burundi indique que la ville de Bujumbura et ses environs sont prédisposés à être victimes des reliefs escarpés qui surplombent cette région. Située en aval des fortes pentes des Mirwa fortement arrosées, cette région est logiquement confrontée au risque de subir des dommages causés par les torrents qui se déversent de ces hauteurs. La composition du sol n’est pas de nature à arranger les choses.   Les matériaux qui constituent la terre sur laquelle Bujumbura est bâtie ne sont pas assez compacts pour résister à la forte pression des eaux de pluie. La plupart sont des terres sédimentaires ou argileuses susceptibles de crouler à la moindre calamité. Devant cette prédisposition naturelle qui fait de la capitale économique une ville vulnérable aux intempéries, l’action anthropique joue les catalyseurs dans les dommages qui sont observés. La pression démographique pousse les gens à occuper anarchiquement le moindre mètre carré libre faute de planification adéquate.

A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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