Plus de 80% des femmes rurales œuvrent dans le secteur agricole. Cependant, la majorité d’entre elles s’adaptent tant bien que mal aux produits financiers offerts par les institutions financières, en l’occurrence les microfinances. C’est pourquoi le Réseau des Institutions de Microfinance (RIM) et ses partenaires ont coorganisé une journée de réflexion pour tenter de trouver des pistes de solutions aux difficultés financières auxquelles font face les femmes agriculteurs
A la veille de la célébration de la Journée Internationale de la Femme, le Réseau des Institutions des Microfinance (RIM) a organisé une journée de réflexion sur l’accès au financement. C’était une occasion de faire un coup de projecteur sur la situation de la femme burundaise, particulièrement la femme rurale. Cette dernière constitue plus de 80% de la main d’œuvre agricole. Cependant, la majorité des femmes s’adaptent mal aux produits financiers offerts par le système financier burundais, a précisé Mme Marie Louise Kamikazi, directeur exécutif du RIM.
Le droit à la succession : deux poids deux mesures
L’héritage se réfère plutôt aux coutumes et mœurs. La femme n’hérite pas des terres de son père au même titre que l’homme. Elle exploite celles de son conjoint. Néanmoins, l’épouse peine même à hériter de son mari quand elle n’a pas eu des garçons. Cette situation renforce le statut socio-économique de l’homme au grand dam des femmes.
D’après Mme Kamikazi, la femme rurale-principale actrice du secteur agricole-n ’a pas accès aux services financiers à un niveau mérité, l’une des raisons étant le manque de garantie renforcé par le système patriarcal qui prévaut. Le pouvoir de décision revient surtout à l’homme en sa qualité de chef de ménage. Les participantes ont témoigné que dans certaines régions les hommes s’improvisent et vendent toute la récolte pour satisfaire leurs besoins.
L’entrepreneuriat féminin, une alternative
La femme rurale commence à connaître l’existence et le rôle des IMF, mais quand même à un niveau qui n’est pas satisfaisant. L’accès des femmes aux services financiers formels va au-delà de l’inclusion financière. Il est désormais évident qu’on ne pourra pas obtenir des avancées significatives sur la réduction de la pauvreté en laissant pour compte les femmes, soit 52 % de la population burundaise. De surcroît, le marché féminin est un gisement de productivité et de croissance économique, insiste le directeur exécutif du RIM.
Le secteur entrepreneurial est une voie certaine de la création des finances pour les femmes et pourra les aider d’entrer en contact avec les institutions financières. C’est à travers l’entrepreneuriat que la femme burundaise pourra démontrer qu’elle peut faire mieux et même faire plus d’innovations. Une idée soutenue par l’Agence des Etats-Unis pour le Développement (USAID) : «Pour qu’une société puisse vraiment prospérer, les filles et les femmes doivent être éduquées et avoir les compétences nécessaires pour être des membres productifs de la société, aux côtés des hommes»
Les enjeux restent énormes
La plupart des femmes rurales ignorent l’existence des cadres de financements pour leurs microprojets. Elles ne se contentent que de l’agriculture de subsistance et ne veulent pas avancer pour produire davantage ou migrer vers d’autres secteurs d’activité.
Le défi de taille demeure le manque de culture de l’épargne. Or, l’accès au crédit est conditionné d’au moins par la détention d’un compte opérationnel. Le secteur agricole reste vulnérable face aux aléas climatiques et en l’absence d’assurance agricole. Quand bien même les cultures résistent aux catastrophes naturelles, les hangars de stockage ne sont pas à l’abri de l’incendie. Les agriculteurs fustigent également les longues procédures d’octroi de crédits.
Le système financier devrait être réformé
Les agricultrices ont sollicité des séances de formation sur le fonctionnement du système financier et surtout l’octroi et la gestion du crédit. Cela leur permettant de contracter des crédits à bon escient. En outre, la période de remboursement du crédit étant relativement courte. Les producteurs agricoles éprouvent d’énormes difficultés à respecter les échéances. De plus, les taux d’intérêts restent élevés comparés aux facteurs de production engagés (intrants agricoles, la main d’œuvre…).
L’autre solution pour les producteurs agricoles est l’utilisation des services financiers numériques (mobile banking) qui offrent des services similaires à ceux des banques classiques. Le mobile banking offre aux clients la possibilité de suivre à distance les mouvements de leurs comptes.
Une lueur d’espoir pour les producteurs agricoles
La Banque centrale prévoit le plafonnement des taux d’intérêts des banques commerciales. Des innovations sont également prévues en matière d’accès au crédit agricole. Les producteurs agricoles bénéficieront de conditions de remboursement spécifiques.
Pour Mme Rebecca Inamahoro, de la commune Muhuta, la meilleure façon de faire est de constituer des groupes de caution pour contourner les problèmes de garanties ci-haut évoqués. Les crédits solidaires et collectifs sont les mieux adaptés pour les membres des associations et coopératives. Ce système permet aux associés de bénéficier des financements avec moins de tracasseries. Le crédit warrantage-qui consiste à hypothéquer les stocks de récolte (maïs, riz, haricots, etc)-semble adapté pour les producteurs agricoles. Bien qu’elles soient prisées ces derniers temps, les tontines communautaires connaissent aussi des limites : le montant épargné n’est pas du tout en sécurité. Les dépôts se font de façon informelle dans des caisses en bois hermétiquement fermées. Les fonds peuvent faire objet de détournement. Cette lacune peut être comblée par la souscription des associés auprès des institutions financières.
Le thème choisi était : « Forum femme et finances- innover pour le changement ». Les organisations comme AgriProFocus, ICCO Coopération, l’Ong allemande (SBFIC), l’association des femmes entrepreneurs du Burundi AFAB et Help a Child ainsi que les femmes entrepreneurs avaient pris part aux échanges.




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