Dans l’émission « TUYAGE TUNOGANZE » de ce samedi 28 septembre 2019 diffusée depuis Rumonge, les panélistes ont analysé les menaces qui pèsent sur la biodiversité du lac Tanganyika. Ce sont notamment la pollution, la pêche illicite, les cas de vol des engins de pêche, les techniques de pêche archaïques, pour ne citer que celles-là. D’où l’implication de toutes les parties prenantes est recommandée pour redynamiser le secteur de la pêche

La pêche dans le lac Tanganyika est dominée par deux espèces se taillent la part du lion dans les captures : le Ndagala qui représente 65% des prises, suivi du Mukeke (30%) et le restant (environ 5%)
Le lac Tanganyika est un réservoir d’eau douce et un milieu de vie pour des milliers d’espèces aquatiques qu’il faut à tout prix protéger. C’est une source de vie et de revenus pour les populations riveraines. On dénombre 18 sites de débarquement sur une distance de 150 km de Kajaga (Bujumbura mairie) à Mvugo en commune Nyaza-lac. En 2016, la fédération des pêcheurs comptait dans ses rangs plus de 15 000 membres regroupés dans 18 comités de pêche. Deux espèces domine très nettement les captures : le Ndagala qui représente 65% des prises, suivi du Mukeke (30%) et le restant (environ 5%). Les matériels utilisés sont notamment des filets carrelets, des lampes Anchor et standards, des cordes, les rails, des poulies, des moteurs, etc., fixés sur des pirogues jumelées, mais ne disposant pas de containers isothermes pour conserver et garder la qualité du poisson par le froid. Mis à part les pirogues fabriquées localement, la quasi-totalité de ces équipements est importé.
En plus de la pêche proprement dite, le secteur a créé des milliers d’emplois (la construction des pirogues, la transformation et la conservation du poisson, le transport et la commercialisation du poisson etc).
C’est la raison pour laquelle, il faut une gestion durale et responsable des ressources halieutiques pour les générations présentes et futures. « Un bon pêcheur c’est celui qui respecte les règles du métier. Il doit veiller à la protection de la biodiversité en pratiquant une pêche raisonnée qui cible les poissons matures », a précisé Gabriel Butoyi, président de la Fédération des Pêcheurs et Fournisseurs du Poisson au Burundi (FPFPB).
Lac Tanganyika, un trésor à protéger
Les menaces qui pèsent sur la biodiversité du lac sont de plusieurs ordres. Ce sont notamment la pollution sous toutes ses formes, la pêche illicite qui entraine la disparition de certaines espèces de poissons. La pêche dans les zones de frayère et la pêche illicite qui utilise les filets maillants, les filets moustiquaires et d’autres équipements non autorisés constituent une menace pour le secteur de la pêche. Ces pratiques contribuent à l’appauvrissement de la richesse halieutique. Les activités de pêche se déroulent suivant un calendrier pré-établi. Chaque mois les pêcheurs observent au moins une semaine de chômage pour faciliter la croissance des poissons.
Le secrétaire exécutif de l’Autorité du Lac Tanganyika, Jean Marie Nibirantije révèle que les substances polluantes qui se déversent dans le lac via ses affluents détruisent son écosystème. Elles pèsent sur le biotope des poissons. Nibirantije donne pour exemple la pollution qui perturbe l’appareil génital des poissons. Il incrimine les habitants des villes côtières qui ne se soucient pas de la protection du lac dans la gestion des déchets solides et liquides. Pour lui, la protection du lac est une affaire de tout le monde. Ce n’est pas seulement la tâche des responsables administratifs uniquement.
Les pêcheurs craignent pour leur sécurité. Ils dénoncent les cas de vol perpétrés sur leurs équipages. Des moteurs, des lampes, des batteries et d’autres engins de pêche ont été pillés par des pirates.
Comment pratique-t-on la pêche ?
Deux types de pêche dominent le secteur, à savoir : la pêche artisanale et la pêche coutumière. La pêche artisanale motorisée ou non est la plus pratiquée. Elle consiste en une pêche avec une unité comprenant deux pirogues équipées de lampes. Elle se pratique exclusivement la nuit dans les eaux profondes loin des plages et procure 80% des prises, apprend-on de l’étude réalisée sur la filière pêche. Par contre, la pêche coutumière se pratique aussi bien le jour que la nuit à moins de 5 km des côtes. Elle occupe une place marginale dans la production totale. Elle consiste en une pêche pratiquée au moyen d’une pirogue avec un équipage composé d’une à deux personnes.
D’après Augustin Nahayo, spécialiste en analyse et développement des chaînes de valeur, auteur de l’étude sur l’analyse de la filière pêche, les méthodes prohibées, en l’occurrence l’amakira et l’umutimbo se pratiquent souvent dans la pêche coutumière. La technique d’umutimbo consiste à battre l’eau à l’aide de morceaux de bois provoquant ainsi des vibrations dans l’eau qui font fuir les poissons tout en détruisant les œufs se trouvant au fond des vases. L’amakira, quant à elle, est une pratique de pêche coutumière qui utilise des filets dormants raflent tout. Ces techniques ont été décriées par les environnementalistes et tendent peu à peu à disparaître.

Les matériels utilisés dans la pêche sont notamment des filets carrelets, des lampes Anchor et standards, des cordes, des rails, des poulies, des moteurs, etc., fixés sur des pirogues jumelées
Une pêche qui atteint ses limites
Pour le président de la FPFPB, les deux techniques de pêche ne donnent pas assez de rendement. Elles ne produisent pas des quantités consistantes, car il est impossible d’atteindre les gros poissons comme les Capitaines, les Sangala qui vivent dans les eaux profondes. Les filets les plus utilisés ne dépassent pas 200 m de profondeur. De plus, les embarcations sont très petites pour transporter de grosses quantités de poissons. Dans le temps, il y avait des compagnies grecques qui pratiquaient la pêche industrielle.
Face à la diminution des produits halieutiques, le président de la FPFB ne préfère pas parler de diminution des prises de poissons, mais plutôt de l’augmentation de la demande. « Il n’y a pas eu diminution de poissons, mais plutôt une augmentation exponentielle des consommateurs », justifie-t-il. Il argue que le poisson jadis consommé principalement dans la plaine de l’Imbo et les grandes villes est actuellement consommé dans toutes les régions du pays. De plus, l’engouement des pêcheurs pour cette activité exerce la pression sur les ressources halieutiques.
Une modernisation souhaitée de tous les vœux
La technologie utilisée pour capturer les gros poissons est jugée trop onéreuse. Elle exige l’achat des navires de pêche industrielle. Ces bateaux sophistiqués sont dotés d’équipements appropriés pour remonter et plonger les filets jusqu’à 800 m de profondeur. Selon Butoyi, les revenus des pêcheurs ne suffisent pas pour acquérir ce genre d’équipement. Un seul bateau de pêche industrielle coûte plus de 800 000 USD. Ce n’est pas un luxe que peut se permettre tout pêcheur burundais.
Les associations des pêcheurs devraient s’investir pour moderniser le secteur de la pêche. Cela permettra de booster la production des poissons et dégager un surplus pour l’exportation.
Que dit la loi en matière de pêche ? La loi n°1/17 du 30 novembre 2016 portant organisation de la pêche et de l’aquaculture au Burundi définit la zone de frayère comme des endroits où s'assemblent les poissons des deux sexes pendant de la période de reproduction. L’article 38 stipule qu’il est interdit à toute personne de : 1° Frapper l'eau par quelque moyen que ce soit à des fins de pousser le poisson à entrer dans l'engin de pêche ; 2° Utiliser pour tuer, assommer ou faire peur au poisson des substances chimiques ou naturelles nocives ou tout autre moyen pour le capturer facilement ; 3° Superposer ou combiner des filets maillants qui, en tout, dépassent 1000 m au maximum les dimensions d'un filet autorisé s'il était utilisé seul ; 4° Utiliser un engin de dragage qui détruit le lit du lac ou un autre environnement aquatique ; 5° Utiliser un groupe électrogène sur les pirogues en vue de générer une lumière qui attire le poisson ; 6° Utiliser des lumières sous-marines pour attirer le poisson ; 7° Utiliser un matériel qui assomme ou électrocuter le poisson ; 8° Utiliser des explosifs.




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