Etudiante à l’Université du Burundi, épouse et mère de deux enfants, Joselyne Ndayizeye est l’une de ces rares braves femmes qui n’hésitent pas à se sacrifier afin de poursuivre leurs rêves jusqu’à leur réalisation. Elle nous raconte comment elle arrive à concilier les études et les responsabilités familiales. Une tâche difficile, mais qui vaut la peine selon elle
La plupart des femmes burundaises ne se donnent plus la peine de faire de longues études après le mariage et cela pour diverses raisons. Ce sont vraiment les plus ambitieuses qui se hasardent à continuer les études ou à commencer un nouveau cycle. La difficulté de concilier les études et les responsabilités familiales en tant qu’épouse et mère constitue pour la plupart des jeunes mariées une excuse.
Certaines se contentent du niveau secondaire, ou du niveau universitaire pour les plus persévérantes. Mais pourtant, il y en a d’autres qui ont choisi de s’engager dans ce combat qui vaut la peine malgré les conditions incommodes dans lesquelles il est mené. Joselyne Ndayizeye est l’une d’entre elles.

Mme Joselyne Ndayizeye, étudiante, épouse et mère de deux enfants: « Ce n’est pas facile du tout de concilier études et responsabilités familiales, mais fournir beaucoup d’efforts dans mes études est pour moi la meilleure façon de récompenser mon mari et mes deux enfants pour le sacrifice qu’ils ont fait pour moi. C’est dur, mais c’est possible ».
Mme Ndayizeye, la brave
Joselyne Ndayizeye a 28 ans. Elle est étudiante à l’Université du Burundi dans la faculté des Sciences, en deuxième année de Baccalauréat (Bac II) dans le département de Biologie. Elle est originaire de la colline Gisimbawaga, commune Mutumba, province de Karusi. Elle est mariée et mère de deux enfants dont une fillette de 7 ans et un garçon de 3 ans.
Après avoir décroché son certificat de fin des humanités générales au Lycée Saint Augustin de Gitaramuka dans la section Scientifique B, Mme Ndayizeye avait une envie ardente de continuer les études universitaires quel qu’en soit le prix.
La situation financière n’était pas aisée dans son ménage et ses enfants étaient encore jeunes. En la laissant partir pour les études, son mari s’engageait à subvenir seul à tous les besoins de la famille implantée à Karusi et à prendre en charge les besoins de son épouse en attendant qu’elle perçoive son prêt-bourse. Pour Mme Ndayizeye, tout était réuni pour l’empêcher de poursuivre ses études. Heureusement, avec le soutien de son mari, elle a pu réaliser ce qu’elle désirait le plus.
Le niveau secondaire lui paraissait bas
Le niveau secondaire lui paraissait bas par rapport à ses aspirations. Car, contrairement à la plupart des jeunes filles de même âge de sa colline, le mariage n’était pas le paroxysme de ses ambitions. « Mon mari a son cursus et ses ambitions propres à lui qui sont différents des miens. Donc je ne peux pas me contenter de ses ambitions, car demain ou après-demain il peut ne plus être là et je peux me trouver dans l’obligation de faire marcher la famille seule », fait savoir Mme Ndayizeye.
Apporter son soutien à sa famille en ayant un niveau intellectuel avancé est son objectif principal. Le mariage et les études constituent pour elle, deux carrières différentes où elle n’a pas droit à l’échec ni dans l’une, ni dans l’autre, quel que soit le prix.
Une conciliation difficile
La vie n’a jamais été facile pour les étudiantes jeunes mariées aussi bien à la maison qu’à l’université. En plus des problèmes de pauvreté et de logement qui sont communs à tous les étudiants de l’Université du Burundi, pour les étudiants mariés surtout les femmes, il s’ajoute les problèmes des responsabilités familiales.
« Bien sûr que ça m’inquiète beaucoup de penser à mes enfants et à leur père que j’ai laissés à la maison dans une pauvreté indescriptible. Parfois, on m’appelle pour me dire que tel enfant est malade ou m’annoncer un autre problème qui est survenu à la maison », affirme –t-elle. Parfois elle est obligée d’interrompre les études pour aller s’occuper de l’enfant malade ou pour régler le problème à distance. « Franchement parlant, ce n’est pas facile du tout de concilier les etudes et les responsabilités familiales, mais fournir beaucoup d’effort dans mes études est pour moi la meilleure façon de récompenser mon mari et mes deux enfants pour ce sacrifice qu’ils ont fait pour moi. C’est dur mais c’est possible », ajoute-t-elle.
Les valeurs sociales comme barrière
Dans la tradition burundaise, il est peu commun qu’une femme se sépare de ses enfants quel que soit la raison et encore moins pour continuer ses études. Dans le cas de Ndayizeye, les voisins ne l’ont jamais comprise. Certains ont même expliqué à son mari qu’il creuse sa propre tombe en laissant sa femme partir faire des études universitaires alors que lui n’a que le niveau secondaire. « Au fait, personne ne comprenait comment je peux quitter les enfants et mon mari pour des études ‘qui n’aboutiront à rien’ selon leurs dires. Heureusement, mon mari m’a soutenue jusqu’ici. C’est cela d’ailleurs qui me donne la force de continuer jusqu’à la réalisation de tous mes rêves », affirme-t-elle.
Elle invite les autres femmes à ne pas arrêter de poursuivre leurs rêves parce qu’elles sont mariées. Elles demandent aux femmes leaders d’organiser des ateliers pour motiver les filles et les femmes burundaise à ne plus se contenter seulement du mariage ou de la carrière de leurs époux, mais plutôt à aspirer plus à leur propre intérêt et à la fierté de leurs familles. Aux responsables des universités, elle demande d’assurer les conditions favorables pour motiver les femmes qui souhaitent continuer leurs études.




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