La mesure du ministre de l’Intérieur qui veut rappeler à l’ordre les confessions religieuses en situation d’irrégularité inquiète les concernés. Les représentants de ces organisations se disent inquiets et affirment que cette mesure est difficile à mettre en application. Au gouvernement, ils demandent plus de diligence et d’écoute
Dans une circulaire adressée aux gouverneurs de province le 7 mars 2022, le ministre ayant la sécurité publique dans ses attributions accuse certaines confessions religieuses d’enfreindre la loi. « Un état des lieux sur le fonctionnement des confessions religieuses a été établi et le rapport montre que beaucoup d’entre elles sont en situation d’irrégularité au regard de la réglementation les régissant », relate le 1er paragraphe de la circulaire du ministre.
Le ministère dresse un tableau sombre de la situation. Dans certains lieux où s’exerce le culte, Gervais Ndirakobuca pointe du doigt le manque d’hygiène. D’autres confessions sont accusées de faire des tapages nocturnes, au-delà des heures acceptables par la loi. Celles qui ne disposent pas de leurs propres locaux ou qui n’ont pas été agrées ne seront pas tolérées.
La mesure sera un peu dure avec certaines catégories d’églises. Pour les églises qui n’ont pas respecté pas la distanciation réglementaire, la dernière à s’être installée devra déménager dans l’immédiat. Celles qui sont méconnues par le ministère de tutelle ou qui n’exercent pas dans des lieux connus seront condamnées à la fermeture.

Les confessions religieuses en situation d’irrégularité encourent de lourdes sanctions.
Les responsables des églises inquiets
« Personne ne dirait qu’il se réjouit de la décision du ministre à l’encontre de certaines confessions religieuses », affirme Pasteur Sylvestre Bizimana, secrétaire général du Conseil National des Eglises du Burundi (CNEB). Pour ce responsable, cette mesure risque de causer des difficultés au niveau de l’organisation des églises. « Cette image des églises voulue par le ministre n’est pas facile à obtenir et la liberté de culte ne serait pas garantie », fait-il observer. Selon Bizimana, l’hygiène fait aussi partie des préoccupations des responsables des églises. Cependant, il affirme que les amendes dont fait mention la circulaire du ministre ne figure pas dans la loi réglementant les églises au Burundi. Selon lui, la qualité des locaux des églises reflète toujours la vie des adeptes. « Cela dépend des conditions socio-économiques de la communauté où est implantée une église, car ce sont les croyants qui construisent leur lieux de culte », explique-t-il.
Il affirme que les représentants des églises ont eu différentes réunions avec les autorités sur la question liée à l’organisation des églises. Il indique qu’actuellement l’heure est à la mise ensemble des idées et à la rédaction d’un rapport pour donner leur contribution en tant que représentants des églises.
Quid de la prolifération des églises au Burundi ?
Dans deux décennies passées, le paysage religieux du Burundi a connu un foisonnement d’églises. Les confessions religieuses passeront de 11 seulement en 1993 à plus de 650 aujourd’hui. Cela dans un pays qui ne compte qu’environ 12 millions d’habitants. Selon un des sages qui explique la prolifération des églises sur cette ligne de temps, la crise aurait joué un grand rôle dans cette situation.
Si les églises se sont multipliées à grande vitesse à travers le pays, la ville de Bujumbura en concentre la majeure partie. Dans certains quartiers, surtout ceux qui abritent une population moins nantie, il n’est pas rare de trouver des églises érigées entre les ménages. Les zones telles que Musaga, Bwiza, Kanyosha et Kamenge sont les plus touchées par la prolifération des églises. Certaines églises ne sont séparées que par quelques mètres seulement. Parfois, le culte se fait dans des espaces peu favorables à cette activité. D’autres se contentent de pratiquer les activités liées à leur religion dans des salles de classe. En 2014, le gouvernement affirmait déjà que la gestion des confessions religieuses était devenue un casse-tête.
Ce n’est pas nouveau que la gestion des confessions religieuses préoccupe le gouvernement. « Il est devenu très difficile, de nos jours, pour les responsables administratifs de suivre le mouvement de prolifération des organisations religieuses », lit-on sur le site de l’Assemblée Nationale du Burundi qui reprend les paroles d’Edouard Nduwimana alors ministre de l’Intérieur. Il l’a dit lors de son exposé sur le projet de loi portant cadre organique des confessions religieuses en juin 2014.
Besoin de réorganiser le secteur quand même
Réagissant à la question de savoir s’il n’y a pas eu une certaine négligence au niveau du suivi des activités des églises, le secrétaire général du CNEB n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, la loi régissant les confessions religieuses a besoin d’être révisée pour l’adapter aux réalités du moment.
Bizimana demande aux décideurs de donner un temps aux responsables religieux dans la gestion de ce dossier. Il rappelle que les confessions religieuses contribuent au développement du pays et invite les croyants de toutes les églises à faire preuve de patience et à prier beaucoup pour que leur vœu soit exaucé.




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