Les villes sont des endroits féconds pour les gens qui exercent de petits métiers. Comme dans d’autres villes du Burundi, on en trouve à gogo à Bujumbura, la capitale économique du pays. Dénigrés par la grande opinion et parfois dévalorisés par les artisans eux-mêmes, les petits métiers constituent plutôt une source d’autonomie financière. Rencontre avec un cordonnier exerçant dans le quartier Nyakabiga III
Certaines des personnes exerçant les petits métiers dans les villes parviennent à assurer leur autonomie financière. Ils accueillent, à longueurs de journées, des personnes qui ont besoin de leurs services. Malheureusement, la plupart de ces travailleurs exercent dans des conditions très précaires et surtout dans le secteur informel. Souvent postés au bord de la route ou tout simplement travaillant en mode ambulatoire, ils combattent chaque jour pour gagner un montant x à la sueur de leur front. P.B, connu sous le sobriquet de Rasta, cordonnier exerçant au quartier Nyakabiga III depuis plusieurs années nous a parlé du métier qui lui aura permis de vivre dans la ville de Bujumbura.

Contrairement à ce que croient la plupart des gens, la réparation des chaussures est un des métiers les plus rentables.
Itinéraire d’un homme à la recherche d’une autonomie financière
Aujourd’hui quadragénaire, Rasta est natif de Mubimbi, une des communes de la province Bujumbura. Né dans une famille à faibles revenus et n’ayant pas pu terminer l’école primaire, il prendra le chemin de la ville dès son bas âge dans l’espoir de forcer son destin. Comme tout le monde, Rasta voulait réussir sa vie à tout prix. Le chemin pour ce jeune alors âgé de moins de vingt ans ne sera pas court. Tour à tour, il sera serveur de restaurant, cuisinier, vendeur ambulant avant de tenter la maçonnerie pour quelque temps. « J’ai aussi travaillé un peu en tant que maçon », indique-t-il. Comme s’il était condamné à continuer ses aventures, cet infatigable à la recherche d’un emploi finira par embrasser la mécanique. « J’ai travaillé pendant quelques années dans un garage à Buyenzi et j’ai décidé de claquer la porte parce que je n’y trouvais aucun intérêt », indique-t-il. Selon lui, son employeur gagnait beaucoup d’argent alors que lui, travailleur, était sous payé et ne pouvait pas faire des économies.
En 2009, Rasta tournera le dos à d’autres métiers pour reprendre ses crochets et porter le tablier de cordonnier. Désormais, il constatait que cet art qui l’attirait depuis son bas âge pouvait lui assurer une autonomie financière. Dès lors, il tentera d’apprendre davantage ce métier. Il décidera donc de se confier à d’autres cordonniers. Parmi ses maîtres de métier, un aventurier sénégalais qui lui apprendra l’ornement des sandales. Il apprendra également d’autres techniques telles que le colmatage des trous, le talonnage des chaussures ou le recollage d’une semelle, le designing des sandales et l’utilisation des machines à poncer…
Un métier plutôt rentable
Contrairement à ce que croient la plupart des gens, la réparation des chaussures est un des métiers les plus rentables. Ce réparateur de chaussures rassure : « Même si la plupart des gens ne le croient pas, la cordonnerie est un métier rentable », indique-t-il. Pascal regrette avoir vécu de mauvaises aventures. « Quelqu’un m’a prêté une somme de 300 000 FBu pour pouvoir me lancer », confie-t-il, un montant que j’ai pu rembourser sur une période de trois mois seulement ». Profitant d’une collaboration avec un partenaire qui commandait des sandales chez lui pour les revendre dans un pays limitrophe du Burundi, il aura parvenu à encaisser plus de 10 millions de FBu de 2011 à 2014. Malheureusement, il sera obligé de repartir à zéro après avoir été victime d’un vol.
Pour bien faire comprendre la grandeur de son métier, cet homme qui se dit heureux de vivre de ses propres revenus utilise des chiffres. Selon lui, une bonne paire de sandales se vend à environ 20 000 FBu. Ce qui fait 2 millions de FBu pour seulement 100 paires alors qu’il affirme qu’il peut en fabriquer jusqu’à 20 par jour.
Rasta se réjouit de l’ouverture de la frontière entre le Burundi et la RDC. Il nourrit l’espoir de vendre ses produits en RDC. « Si j’ai la chance d’avoir un autre endroit où je puisse exercer mon métier, je relancerai aussitôt mes activités de cordonnerie», indique-t-il tout en regrettant d’avoir perdu sa petite cabane où il exerçait lors des opérations de démolition des kiosques érigés dans des espaces interdits par la loi.
Alors qu’il déplore les mésaventures qui l’ont toujours empêché d’aller de l’avant, cet aventurier de Mubimbi n’entend pas blâmer son métier. « Non, je ne trouve rien de mauvais dans mon métier sauf les mauvaises aventures qui m’ont toujours empêché de progresser », indique-t-il avant d’affirmer que ce métier lui a permis de construire une maison sur sa colline natale. Rasta est toujours optimiste quant à l’avenir. Malgré tout, il pense qu’il fera de grands progrès.




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