Développement

Croissance démographique : L’ISTEEBU tire la sonnette d’alarme

Le Burundi fait partie des pays qui font face à une explosion démographique non maîtrisée. Si rien n’est fait dans les meilleurs délais, l’ISTEEBU fait savoir qu’on va se retrouver avec une population estimée entre 18 millions et 22 millions d’habitants d’ici 2050. On peut s’attendre à des conséquences dramatiques si rien n’est fait dans l’immédiat pour inverser la tendance. Les chercheurs Aloys Kamuragiye et Déogratias Buzingo tirent aussi la sonnette d’alarme

Dans un atelier organisé par l’ISTEEBU mardi le 30 juin 2020, cet institut alerte sur la démographie galopante au Burundi.  Le taux de fécondité est de 5,5 enfants par femme. Ce qui fait que chaque année, la population augmente de 300 mille personnes, soit 2,5% de plus.  Par conséquent, Nicolas Ndayishimiye, Directeur Général de l’ISTEEBU fait remarquer que la population du Burundi pourra être estimée entre 18 et 22 millions d’habitants d’ici 2050 si le taux de fécondité reste a 5,5.  Selon toujours lui, cette surpopulation constitue un frein au développement. Elle se répercute sur les conditions de vie de la population en matière d’alimentation, d’éducation, de santé, etc.  Il invite donc le gouvernement à prendre certaines mesures pour inverser la tendance. A titre d’exemple, la mise en place des structures sanitaires et des écoles en suffisance pour offrir à la population des conditions de vie décentes s’avère une nécessité.  De plus, il demande le renforcement de la politique de planification familiale, car la croissance démographique provoque l’augmentation des besoins humains (énergie, nourriture, services, etc.) dont la satisfaction engendre des problèmes environnementaux et sociaux.

Nicolas Ndayishimiye, Directeur Général de l’ISTEEBU : « La population du Burundi pourra être estimée entre 18 et 22 millions d’habitants d’ici 2050 si le taux de fécondité reste à 5,5 enfants par femme ».

A quoi ressemblerait le Burundi avec 22 millions d’habitants ?

Suite à cette allure inquiétante, pas mal de gens se demandent à quoi ressemblerait le Burundi avec 22 millions d’habitants sur une superficie de seulement 27834 km2. Dans le livre intitulé « Maîtriser la croissance de la population pour profiter du dividende démographique en Afrique subsaharienne. Le cas du Burundi », les deux chercheurs Aloys Kamuragiye et Déogratias Buzingo tirent la sonnette d’alarme. Chaque année, la population continuerait à croître d’environ 280 mille personnes par an, soit à un rythme de 2,6% contre 3,4% en 2010. Par conséquent, la densité ne fait qu’augmenter depuis l’époque coloniale. Elle était estimée à 71 habitants au km2 (hab/km2) en 1956, 124 hab/km2 en 1965, 155,5 hab/km2 au recensement de 1979 et 310,3 hab/km2 à celui de 2008. Selon les projections de l’ISTEEBU de 2016 rapportées par les deux chercheurs, la densité actuelle du Burundi est de 403 habitants au km2, soit la 3ème densité la plus élevée d’Afrique après celles du Rwanda et de l’île Maurice.  Plus inquiétant encore, elle attendrait plus de 750 habitants au km2 en 2050, lit-on dans le livre que les deux chercheurs viennent de publier. Si rien n’est fait dans l’immédiat, le Burundi sera invivable en 2100, car la population burundaise s’élèvera jusqu’à plus de 75 millions d’habitants et, par conséquent, chaque ménage occupera 0,09 ares.

Pourquoi cette explosion de la démographie ?

D’après toujours les deux chercheurs, la mortalité en hausse et la fécondité en hausse seraient responsables de cette augmentation démographique. L’Enquête Démographique et de Santé du Burundi (EDSB) réalisée en 1987 que l’ouvrage cite indique que l’indice synthétique de fécondité (ISF), c’est-à-dire le nombre d’enfants par femme était de 6,9 au cours de cette année. Celui de 2010 était de 6,4 alors que celui de 2017 était à 5,5.  L’une des explications de cette fécondité élevée est que les comportements des Burundais en matière de sexualité, de mariage et de procréation ont été et sont encore déterminés par les normes et les valeurs traditionnelles. Tout cela dans un contexte de faible prévalence contraceptive.  En même temps, la mortalité a fortement baissé. L’EDSB de 2010 que les deux auteurs citent indique que la mortalité infantile et juvénile a été réduite de moitié par rapport à son niveau de 2005.

La population sera estimée à plus de 20 millions d’habitants en 2050

Les deux chercheurs prédisent qu’en cas de statu quo, selon les projections basées sur des données actualisées en 2016 et 2018, la population du Burundi estimée à 11 millions d’habitants en 2017 pourrait se situer entre 20 et 25 millions d’habitants en 2050 selon que l’IFS baissera d’environ 5,5 enfants en moyenne par femme en 2017 à 2,6 ou 3,6 enfants par femme en 2050. Plus préoccupant, ces hypothèses supposent l’augmentation annuelle de l’utilisation de la contraception d’environ 1 à 1,5% par an dans les 30 prochaines années.  Or, l’augmentation de l’utilisation de la contraception moderne au cours des 20 dernières années a été inférieure ou égale à 0,5%, lit-on dans le livre. Cela n’est pas de bon augure, à moins que les pouvoirs publics y mettent le paquet et renversent la tendance. Néanmoins, il existe un autre scénario réaliste qui situe la population burundaise à 23,6 millions d’habitants en 2050 et 43,8 millions d’habitants en 2100

Si un pays parvient à maîtriser la croissance de sa population, il est possible qu’il en tire profit. En agissant sur certains indices comme la fécondité et la mortalité, on peut faire des économies en matière de santé et d’éducation tout en améliorant la qualité de vie de la population. Mais cela ne suffit pas pour bénéficier du dividende démographique. Il faut absolument que le pays investisse coûte que coûte dans certains secteurs, notamment dans le développement humain. A ce propos, Dr Kamuragiye a indiqué qu’une femme instruite fait moins d’enfants et contribue plus à l’économie du ménage et à celle du pays. Il a aussi souligné qu’il faut d’abord une stabilité politique et une bonne gouvernance sans oublier bien sûr l’amélioration des infrastructures de base. L’autre astuce pour tirer profit du dividende démographique est la création des emplois dans les secteurs nécessitant une main-d’œuvre abondante. C’est à ce prix que le pays pourra tirer profit du dividende démographique dans les années à venir tout en évitant aux générations futures d’hériter d’une situation catastrophique. Pour cela, ces chercheurs précisent qu’il faut agir à toute bride.

A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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Un commentaire
  • Niyimpumuriza dit :

    avec cette tendance le gouvernement devrait prendre des mesures y relatif aussi tôt que possible, sinon ça va tourner mal!

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