Gouvernance

Des opinions controversées sur la construction des bureaux zonaux

Le gouvernement burundais a investi 79 milliards de FBu pour construire 360 bureaux zonaux à travers le pays. Un coût unitaire de 220 millions de FBu par bureau a été annoncé, suscitant de vives interrogations. Les entrepreneurs dénoncent des conditions d’exécution de travaux difficiles, des pertes financières et une pression administrative.

La construction des bureaux zonaux s’inscrit dans le cadre du nouveau découpage administratif.

Le gouvernement du Burundi a investi une somme de 79 milliards de francs burundais dans la construction de 360 bureaux zonaux à travers le pays. Ce montant, annoncé par le ministre des Finances Alain Ndikumana lors de la séance plénière du 24 décembre 2025 à l’Assemblée Nationale, équivaut à un coût unitaire de 220 millions de FBu par bureau. Cette déclaration a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique. Certains estiment que les bâtiments construits ne justifient pas un tel investissement, tandis que d’autres soupçonnent des irrégularités dans l’exécution des travaux.

Des entrepreneurs en difficulté sur le terrain

Interrogé à ce sujet, I.N., responsable d’une entreprise de construction ayant obtenu un marché pour ériger un bureau zonal, nuance ces critiques. « On dit que les montants étaient élevés, mais cela dépendait de l’endroit où chacun avait travaillé », explique-t-il. Son entreprise avait signé un contrat de 211 millions de FBu, mais a finalement essuyé des pertes en raison de la complexité des travaux. « Nous avons failli demander la résiliation du contrat », confie-t-il.

Selon lui, les prévisions budgétaires faites lors de la soumission ne correspondaient plus à la réalité au moment de l’exécution. Les marchés ont été attribués à une période où les prix des matériaux de construction avaient fortement augmenté, notamment ceux des matériaux locaux. Cette flambée des prix s’explique en grande partie par le fait que de nombreuses entreprises construisaient simultanément des bureaux zonaux. Ce qui a entraîné une pénurie de briques sur le marché. Les pierres ont également vu leur prix grimper, les vendeurs fixant les tarifs à leur guise. La pénurie de carburant est venue aggraver la situation. « Par exemple, nous avions soumis le prix d’une brique à 50 FBu, mais sur le terrain, elle coûtait entre 160 et 200 FBu », précise-t-il.

Un plan unique pour des terrains inadaptés

Un autre problème majeur résidait dans l’imposition d’un plan type unique pour tous les bureaux zonaux sans tenir compte des spécificités des terrains. I.N. raconte qu’il a dû terrasser une colline et creuser jusqu’à deux mètres pour obtenir un sol plat. Ce qui a engendré des coûts supplémentaires avant même le début des travaux. Il estime que le gouvernement aurait dû réaliser des études de terrain préalables avant d’allouer les fonds à chaque projet.

Malgré ces difficultés, I.N. a pu achever les travaux dans les délais. Ce ne fut pas le cas pour d’autres entreprises, dont certaines ont échoué à terminer les chantiers. Des entrepreneurs ont même été emprisonnés pour n’avoir pas pu respecter les délais. « Aujourd’hui, même si on relançait de tels marchés, je ne soumissionnerais pas, et je ne suis pas le seul », affirme-t-il. Il évoque également un climat d’intimidation: « On disait que ceux qui ne termineraient pas seraient emprisonnés. Ce n’était pas facile. Beaucoup d’entrepreneurs n’ont toujours pas achevé les travaux. Certains ont même abandonné. Nous, nous avons lutté, nous avons persévéré et nous avons achevé les travaux dans les délais », dit-il.

Un projet né du nouveau découpage administratif

La construction des bureaux zonaux s’inscrit dans le cadre du nouveau découpage administratif, qui a porté le nombre de zones de 375 à 451. Parmi celles-ci, 67 sont d’anciennes communes disposant déjà de bureaux réutilisables. En revanche, 374 zones nouvellement créées ou insuffisamment équipées nécessitaient de nouvelles infrastructures. Le FONIC a été chargé de cette mission. Une première phase pilote a concerné 14 bureaux zonaux. Par la suite, un marché a été lancé pour la construction de 360 autres bureaux.

A la fin du mois de décembre 2025, le ministre des Finances a annoncé que 220 bureaux zonaux étaient achevés. Pour les 140 restants, un montant de 30 milliards de FBu devrait être disponible, mais seuls 7 milliards étaient disponibles sur les comptes à cette date.

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A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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