L’ordonnance ministérielle conjointe des ministres en charge des Finances et de la Fonction Publique n°540/570/241 du 12/02/2016 portant octroi d’une indemnité d’ajustement des disparités salariales dans le secteur public est rétrograde, indique M. Tharcisse Gahungu, président de la COSYBU dans une interview qu’il a accordée à Burundi Eco.

Tharcisse Gahungu
Burundi Eco (B.E) : Comment estimez-vous l’ordonnance portant octroi d’une indemnité d’ajustement des disparités salariales ?
Tharcisse Gahungu (T.G), président de la Confédération des Syndicats du Burundi (COSYBU) :
La mesure supprime un acquis de droit parce que les annales sont reconnues par le code du travail. Les annales ont été négociées il y a très longtemps. Si on gèle les annales, on gèle la carrière de chaque employé. Et finalement que vous travailliez bien ou pas, vous êtes logé à la même enseigne. La mesure est unilatérale. On n’avait jamais discuté de cette mesure. Le gouvernement ayant négocié la mesure avec les enseignants a voulu prendre une partie du montant qu’il leur avait promis sur les annales des autres fonctionnaires de l’Etat. C’est incroyable que la mesure s’applique aux fonctionnaires qui ne sont pas parties prenantes à ces négociations. On dirait que c’est déshabiller un fonctionnaire pour habiller un autre. Elle est donc rétrograde car les institutions qui ont déjà octroyé les annales à leurs employés doivent les récupérer. Par ailleurs, elle revient sur les décisions appliquées antérieurement.
B.E : A qui profite l’ordonnance ?
T.G : L’ordonnance ne profite à personne. C’est vrai, il y a une certaine catégorie de travailleurs qui va bénéficier des indemnités d’ajustement. Ce qui est très grave il y a des travailleurs qui ont des salaires inférieurs à ceux des bénéficiaires de l’indemnité d’ajustement des disparités salariales mais qui n’ont pas été tenus en considération. Mais ce n’est pas cela la problématique. Cette dernière réside dans le fait qu’il n’y aura plus de revalorisation de la carrière de tous les travailleurs sur une période de quatre ans.
B.E : Vous demandez que l’ordonnance soit levée. Une fois la demande acceptée, est-ce que cela ne va pas créer une sorte de dislocation entre les personnes qui ont une même source de revenus ?
T.G : Nous ne sommes pas contre que les salaires des fonctionnaires soient augmentés. Plutôt nous ne voulons pas qu’on touche sur les acquis des autres travailleurs.
B.E : Quelles seraient les conséquences si l’ordonnance était gardée telle qu’elle est aujourd’hui ?
T.G : Cela risque de créer le mécontentement voire la paralysie du travail dans les secteurs où l’Etat détient des actions pour une personne qui travaille toute l’année et dont la carrière n’avance pas.
B.E : Quelles solutions proposeriez-vous alors ?
T.G : Si nous étions parties prenantes au lors des négociations qui ont eu lieu entre les syndicats des enseignants et le gouvernement, on aurait à proposer. Comme on n’y a pas participé, nous demandons d’abord la levée de l’ordonnance. Toutefois nous reconnaissons l’effort du gouvernement qui a déjà pris la question en main. Nous espérons que le travail de l’équipe interministérielle de réflexion et de proposition déjà mise en place par la Deuxième Vice-Présidence de la République apportera une issue favorable pour tout le monde.




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