Les générations futures seront appelées à supporter le poids de la dette publique à travers les impôts et taxes. C’est ce qui a été souligné au début de ce mois de juillet 2026, lors d’une table ronde organisée à Bujumbura par l’Initiative Citoyenne pour l’Environnement et le Développement Durable (ICD) et le Forum et Réseau Africain sur la Dette et le Développement (AFRODAD).

L’endettement actuel est dominé par le financement intérieur et sera supporté par les générations futures à travers les impôts et les taxes.
« Le poids de la dette est mesuré par la capacité de remboursement. Si le gouvernement peut s’endetter, le Parlement peut l’arrêter. On rembourse la dette lorsque le gouvernement augmente les impôts et les taxes… », indique Gilbert Niyongabo, professeur d’université et consultant, lors de la table ronde.
Selon lui, en 2025, la situation économique du pays s’est améliorée avec une croissance de 4,2 % portée par la hausse des exportations du café, de l’or et du coltan. M. Niyongabo souligne également que l’inflation a fortement reculé, passant de 45 % en avril 2025 à 8,6 % en avril 2026 (FMI, 2026). Toutefois, il reconnait que le déficit extérieur demeure important. Les réserves de change couvrent seulement 1,6 mois d’importations.
Le consultant informe qu’en 2026, un plan de stabilisation macroéconomique a été adopté. Celui-ci prévoit l’assainissement des finances publiques, le resserrement de la politique monétaire et la mise en œuvre des réformes du marché des changes et des réformes structurelles dans des secteurs clés.
La politique monétaire a été restrictive avec le gel du financement de l’Etat par la Banque centrale et la réduction de l’excès de liquidités. La politique budgétaire a également été restrictive, reposant sur la maîtrise des dépenses publiques et le renforcement du recouvrement des impôts.
La dette publique est passée de 53 % du PIB en 2024 à 42 % du PIB en 2025. M. Niyongabo avertit que même si la dette est jugée viable, le pays reste exposé à un risque élevé de surendettement extérieur et global en raison de ses vulnérabilités persistantes.
Des perspectives positives
Le consultant fait remarquer que la croissance est prévue à 3,9 % en 2026 puis à 4,3 % en moyenne sur la période 2027-2031. Cette dynamique serait soutenue par l’électrification, l’agriculture, l’exploitation minière, les investissements et les mutations structurelles du marché du travail.
Parmi les perspectives, l’inflation devrait atteindre 14,5 % en 2026 avant de fléchir à 11,5 % en 2031. Le solde extérieur devrait s’améliorer grâce à la bonne tenue des exportations agricoles et minières, tandis que les Investissements Directs Etrangers (IDE) liés à l’électrification soutiendront le compte financier, portant les réserves à 2,8 mois d’importations d’ici à 2031.
Une orientation plus restrictive de la politique budgétaire devrait permettre de ramener la dette publique à 32 % du PIB d’ici à 2031. « Les risques sont orientés vers la baisse à court terme du fait de possibles dérapages budgétaires à l’approche des élections de 2027 et de chocs extérieurs liés aux prix des produits d’exportation ou à la hausse du coût des carburants et des engrais », martèle M. Niyongabo.
Un solde prévisionnel déficitaire du Budget général de l’Etat
Le professeur d’université rappelle qu’en 2016 le solde budgétaire prévisionnel était de -404 milliards de FBu. En 2025, il s’établissait à -560,8 milliards de FBu.
« L’endettement actuel est dominé par un financement intérieur en constante augmentation avec plus de 6 000 milliards de FBu, contre près de 2 000 milliards de FBu pour la dette extérieure qui demeure relativement stable », explique M. Niyongabo.
Selon lui, la principale cause de l’endettement est que les dépenses de l’Etat sont supérieures aux ressources disponibles. Ce qui engendre un déficit budgétaire.
Il précise que la durée moyenne de la dette est de 8,2 ans, soit 8,8 ans pour la dette extérieure et 7,8 ans pour la dette intérieure. La dette arrivant à échéance dans un délai d’un an représente 16,9 % du portefeuille total. Ce qui exerce des pressions sur les besoins de financement.
Par ailleurs, poursuit M. Niyongabo, le risque de taux d’intérêt provient du fait que la dette arrivant à échéance dans un an doit être refinancée à de nouveaux taux, exposant particulièrement le portefeuille de la dette intérieure à ce risque. Le taux d’intérêt du portefeuille devrait être révisé en moyenne après 8,2 ans (ATR) même si une partie de la dette arrive à échéance dans un délai d’un an.
Le risque de change demeure relativement faible puisque 67,5 % du portefeuille est constitué de dette intérieure libellée en BIF. M. Niyongabo souligne toutefois que l’appréciation du dollar américain et des autres devises par rapport au BIF peut entraîner une hausse substantielle du service de la dette extérieure exprimée en monnaie nationale.
D’après lui, lorsque la dette devient cumulative, il faut d’abord se demander comment la financer avant de chercher à déterminer qui endette le pays. Il indique que les principaux créanciers sont la Banque centrale, les banques commerciales, la Banque mondiale, l’Union européenne et les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
L’endettement actuel est dominé par le financement intérieur et sera supporté par les générations futures à travers les impôts et les taxes.
Le consultant précise que les stratégies de remboursement proposées par le gouvernement consistent notamment à maintenir la politique actuelle de financement, soit 10 % de financement extérieur et 90 % de financement intérieur ou à accroître la part du financement extérieur concessionnel tout en conservant la structure actuelle du financement intérieur.
Il propose également de négocier directement avec les bailleurs de fonds non traditionnels.




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