Société

Le divorce, amplificateur des conflits liés à l’héritage

Le problème d’accès à l’héritage ne date pas d’hier dans la société burundaise. Suite aux textes juridiques régissant la succession qui ne sont pas clairs, ce processus est souvent caractérisé par des mésententes entre les descendants d’une même famille. Et de là, on se pose la question : Si c’est déjà compliqué dans les cas normaux, qu’en est-il lorsqu’ il s’agit d’une descendance d’une famille divorcée ou recomposée ? Pour certains cas, ça passe mais pour d’autres, ça casse

Cette situation a été vécue par pas mal de gens les uns en sortant vainqueurs, d’autres non. Jules Ndayishimiye est originaire de la province Bubanza. Ses parents se sont séparés lorsqu’il avait trois ans. Vu son bas âge, il a été décidé qu’il devait suivre sa maman qui, après une année de divorce, a décidé de se remarier dans une autre famille. Là aussi ça n’a pas marché et elle s’est remariée de nouveau. C’est dans cette troisième famille que j’ai finalement grandie depuis mes trois ans. Ce nouveau papa me gâtait tellement qu’il n’y avait aucune différence entre moi et ses propres enfants. Et d’ailleurs, ce n’est que tardivement que j’ai appris qu’il n’était pas mon véritable papa. Tout allait très bien dans sa nouvelle famille jusqu’au jour où Ndayishimiye devait se marier et réclamer sa part d’héritage. Le mari de sa maman lui a expliqué qu’il lui a tout donné, mais que cette fois-là il devait réclamer son héritage dans sa véritable famille paternelle. « Aller dans une famille que je n’ai jamais connue, vingt ans après me paraissait dur; mais est-ce que j’avais d’autres choix »? Même s’il y a eu des contestations, heureusement, la plupart des membres de sa vraie famille l’ont reconnu.

Suite à l’exiguïté des terres, les partages successoraux constituent actuellement l’une des principales sources de conflit et de violence opposant fréquemment des membres d’une même famille.

Pour certains ça passe pour d’autres sa casse

Mais dans certains cas, le dénouement des problèmes de succession et d’héritage n’est pas toujours aussi heureux que dans le cas précédent. Puisqu’ il n’y a pas de textes juridiques clairs régissant l’héritage, dans la plupart des cas cette question d’héritage se règle en famille. Pour les plus chanceux, le conseil familial parvient à trouver des solutions et ça passe bien. Mais que deviennent ceux qui ne sont pas reconnus par leur famille paternelle?  Parce que le Burundi est une société patriarcale : on hérite de son père. La question principale qui revient est reconnaissance de la paternité. Malheureusement, très souvent, ces enfants qui se sont baladés de famille en famille ne sont enregistrés nulle part dans la commune. De qui hériteront-ils?  Et c’est d’autant plus compliqué lorsqu’il s’agit d’une fille. Parce que, selon toujours la tradition, une fille n’hérite pas, enfant unique ou pas. Jeanine Niyonsenga est originaire de la province Cibitoke. Ses parents ont divorcé lorsqu’ elle était encore gamine. Sa maman s’est remariée à un autre homme qui n’a jamais supporté sa présence. C’est ainsi qu’elle a été élevée par sa grand-mère maternelle. Elle a tenté à maintes reprises de défendre ses droits successoraux. «Certaines personnes m’ont découragé en me disant que je n’allais y tirer que des ennuis.  Si au moins tu étais un garçon», m’expliquaient-ils. «Mais d’autres, au contraire, m’ont encouragée. J’ai persévéré, car je savais que j’avais raison. Après plusieurs réunions de famille, on m’a accordée une parcelle cultivable (igiseke). Mais sa marâtre et ses trois demi-frères ne l’entendaient pas de cette oreille, car son papa n’était plus. Elle a commencé à exploiter cette parcelle, mais ses demi-frères ont commencé à l’intimider. Elle savait qu’elle était dans ses droits mais, en mettant dans la balance l’héritage (droit) et la vie, elle a choisi de renoncer aux droits.

Les lois régissant les partages successoraux devraient être claires

Au Burundi, l’héritage est presque synonyme de biens fonciers. Suite à l’exiguïté des terres, les partages successoraux constituent actuellement l’une des principales sources de conflit et de violence opposant fréquemment des membres d’une même famille.

Comme mentionné dans une lettre de politique foncière au Burundi, les litiges fonciers représentent les affaires les plus nombreuses portées devant les tribunaux et contribuent à la saturation des juridictions et au dysfonctionnement de la justice. En outre, ces mêmes tribunaux manquent de moyens notamment de documentation juridique suffisante leur permettant de fonder leurs décisions.

Selon Maître Carine Niyukuri, il faut que les textes juridiques régissant la succession soient clairs. Sinon, il y aura toujours des violences dues aux conflits de succession.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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