Dans le pays, l’inflation est liée à des causes profondes telles que la mauvaise gouvernance, l’endettement, le manque de leadership et la crise des valeurs selon certains intervenants lors d’un café de presse organisé par l’OLUCOME le 7 octobre 2025. D’autres intervenants évoquent le manque de volonté politique. Pour y faire face, les citoyens sont appelés à réduire les dépenses de luxe et à accroître la production locale.

« La situation inflationniste actuelle s’est aggravée à partir de 2015 suite à l’arrêt de l’appui budgétaire international ».
Pour Gabriel Rufyiri, président de l’OLUCOME, le taux d’inflation devrait se situer en dessous de 10 %, idéalement entre 4 et 8 %. Pourtant, en mai 2025, l’inflation est estimée à plus de 30 % en moyenne annuelle, selon les institutions nationales et les organisations internationales.
M.Rufyiri rappelle que dans les années 2014, avec la mise en œuvre du Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté-Deuxième Génération (CSLP II), puis du CSLP III, le taux de croissance atteignait 4,7 %. Aujourd’hui, il est tombé à 3 % alors que la pression démographique est de 3,1 %, soit une moyenne de cinq enfants par femme.
Il déplore que la question de l’inflation souvent liée, selon lui, à une crise des valeurs, à des nominations par favoritisme et à un manque de leadership ne soit pas réellement débattue dans l’espace public.
Léonce Ngendakumana, ancien parlementaire, estime que l’inflation est avant tout causée par la mauvaise gouvernance, soulignant que depuis 1993, le pays adopte un budget de fonctionnement annuel sans vision pluriannuelle.
Fidèle Niyonkuru reconnait que l’inflation a des retombées importantes sur les citoyens, mais regrette que ce soient surtout les fonctionnaires qui en subissent les conséquences. Il cite en exemple le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) qui reste très bas.
Manque de volonté politique
Francis Rohero, l’un des invités, a souligné qu’il existe des pays sans régime démocratique, mais qui enregistrent néanmoins des performances économiques positives. Selon lui, le problème du Burundi ne relève pas du leadership, mais plutôt d’un manque de volonté politique. Il rappelle que de nombreux forums économiques ont été organisés, que les recommandations existent toujours, mais qu’elles n’ont pas été mises en œuvre.
Diomède Ninteretse, expert en économie explique qu’il existe quatre principaux agents économiques, à savoir : les ménages, les entreprises, l’Etat et le reste du monde. Pour lui, l’inflation est une hausse généralisée et durable des prix, observée sur au moins une année. Ce qui entraîne une perte du pouvoir d’achat. Il estime que l’endettement excessif d’un pays, notamment lorsque les taux d’intérêt dépassent 10 %, est un facteur important d’inflation.
Il rappelle que la Communauté Est-Africaine (CEA) recommande un taux d’inflation situé entre 3 % et 7 %. « En 2008, le Burundi avait été classé parmi les pays pauvres très endettés (PPTE). Ce qui avait conduit à l’annulation de sa dette », martèle-t-il avant de signaler que cette situation avait permis d’orienter les ressources vers les projets de développement. Toutefois, il note que la situation inflationniste actuelle s’est aggravée à partir de 2015 suite à l’arrêt de l’appui budgétaire international.
Il propose de réformer le régime de change pour réduire l’écart entre le taux officiel et le taux du marché parallèle, d’augmenter la production nationale, car l’inflation est aussi influencée par la loi de l’offre et de la demande, d’investir dans des actifs réels comme l’achat des parcelles, plutôt que de laisser l’argent dormir sur des comptes bancaires.
Le gouvernement est aussi invité à se rapprocher des bailleurs internationaux pour contracter des crédits à long terme avec des taux d’intérêt faibles (entre 2 et 3 %) au lieu de s’endetter sur le marché intérieur avec des taux très élevés, atteignant jusqu’à 18 %. La population est appelée à réduire les dépenses de luxe, notamment en limitant les fêtes et les cérémonies non essentielles.




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