L’Ecole fondamentale introduite au Burundi en 2012 a complètement changé le système éducatif burundais. Elle a initié de nouveaux programmes etdes filières techniques et professionnelles. Actuellement, cette réforme présente des résultats mitigés.Le spécialiste en matière de l’éducationJoseph Ndayisabalivre son analyse sur les différentes réformes opérées au niveau du système éducatif jusqu’aujourd’hui
Le Burundi n’est pas un cas isolé en matière de gestion du système éducatif. Il fonctionne dans le cadre d’un certain nombre d’ententes internationales et régionales dont le pays est signataire. L’école fondamentale s’inscrit dans la gestion du système éducatif sur base d’entente et de convention au niveau de l’Afrique, indique Joseph Ndayisaba, professeur à l’Université du Burundi dans la faculté de Psychologie et Sciences de l’Education. Elle a été vulgarisée en Afrique dans le cadre du Programme pour l’Education de Base en Afrique (BEAP), relate le professeur Ndayisaba. Le principe étant de prolonger l’enseignement de base de 6 à 9 ans. En prolongeant la durée de l’enseignement de base, on voulait que l’enfant quitte l’école avec l’âge légal de travailler, soit 16 ans. L’autre objectif poursuivi était de doter de l’enfant d’un bagage qui lui permet de se débrouiller dans la vie.
L’expérience réussie du Mali devrait être une référence
L’idéal veut qu’au cours du cursus de formation, l’apprenant ait appris un métier ou d’autres compétences qui lui permettent de créer son propre emploi. Cela implique l’apprentissage des métiers, le développement des écoles professionnelles, etc. Malheureusement, le problème se pose au niveau de la mise en œuvre de cette politique. Le cours d’entrepreneuriat ne suffit pas pour préparer l’enfant à affronter la vie professionnelle, regrette le professeur Ndayisaba. Pour lui, on aurait dû prendre suffisamment de temps avant l’introduction de l’école fondamentale.

Joseph Ndayisaba, professeur à l’Université du Burundi dans la faculté de Psychologie et Sciences de l’Education : « C’est une décision sage qu’on aurait dû prendre depuis longtemps. Parce que la confusion des langues avait été constatée dès la mise en œuvre de la politique »
On devrait essayer le couplage de l’école fondamentale avec le développement des écoles des métiers et des écoles professionnelles. L’expérience réussie du Mali pourrait nous inspirer, fait-il savoir. L’enseignement des métiers et l’enseignement professionnel ont été couplés avec la réforme. Les écoles des métiers et les écoles professionnelles sont accolées pratiquement aux écoles fondamentales. « C’est cela qui manque pour l’école fondamentale », confie-t-il
L’échelonnement de l’introduction des langues, une décision salutaire
En ce qui concerne l’enseignement des langues, l’expert en éducation fait la part des choses. La décision d’enseigner le Kiswahili et l’Anglais ne relève pas de l’Ecole Fondamentale. C’est plutôt une décision prise par le gouvernement dans le cadre de l’intégration du pays au niveau de l’EAC. Cependant, déplore-t-il, cette décision a posé des problèmes pédagogiques. Les enfants avaient tendance à confondre les langues, car les quatre langues (Français, Kirundi, Kiswahili et Anglais) étaient enseignées à la fois. En principe, les apprentissages de base que sont les rudiments de lecture, d’écriture, des opérations mathématiques sont mieux assimilés par les enfants lorsqu’ils sont enseignés en langue maternelle. Il s’est avéré que des interférences avec les autres langues ont posé des problèmes aux enfants.
Le gouvernement via le ministère de l’Eduction s’est rendu compte qu’il y a un problème avec cette accumulation des langues apprises en première année, estime professeur Ndayisaba. Il salue la décision de décaler l’apprentissage de ces langues. « C’est une décision sage qu’on aurait dû prendre depuis longtemps. Parce que la confusion des langues avait été constatée dès la mise en œuvre de la politique », précise-t-il. De cette manière, les autres langues serontapprises lorsque ces rudiments de lecture, de calcul et d’écriture seront maîtrisées.
Mauvais résultats scolaires, un échec pour l’ECOFO ?
Il serait imprudent d’affirmer que les mauvais résultats au concours de fin de cycle sont le corollaire des réformes qu’a connues le système éducatif. Il faut mener des études préalables pour déterminer les vraies causes, suggère le professeur Ndayisaba. Néanmoins, il regrette la régression du rendement scolaire. Ce qui est évident c’est que les résultats au concours national ont été catastrophiques au cours des deux dernières années. Le taux de réussite de 14% est extrêmement faible. C’est même quelque part un échec de cette réforme vu globalement, révèle-t-il.
Une analyse poussée fait ressortir plusieurs facteurs qui seraient à l’origine des mauvais résultats. Depuis la fin des années 1980, confie notre interlocuteur, les pouvoirs qui se sont succédés ont pris la décision de scolariser tous les enfants en âge de scolarisation. « Face à l’afflux massif d’enfants dans les écoles primaires, le gouvernement a été obligé de rabaisser le niveau de formation des enseignants. Les écoles primaires qui étaient enseignées par des D7, soit quatre ans de formation après le tronc commun ont été confiées aux D4», détaille le professeur Ndayisaba. Le développement des collèges communaux à partir de 1991enfonça le clou. Pour former le maximum d’enseignants en très peu de temps, on a dû créer des Ecoles de Formation des Instituteurs (EFI), une année après le collège et des Lycées Pédagogiques (deux ans après le collège). Ces jeunes lauréats n’étaientpas suffisamment outillés pour devenir de véritables enseignants de l’Ecole Primaire.
Le sous financement affecte le secteur de l’éducation
L’autre défi est lié à la démocratisation de l’enseignement. Cette politique de massification éclipse la qualité de l’enseignement.En outre, les financements du secteur l’éducation sur le volet de l’amélioration de la qualité ont chuté drastiquement. Le Fonds Commun de l’Education (FCE) qui finançait l’achat des manuels, la multiplication des manuels, la formation continue des enseignants s’est désistée.




Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur.
La rédaction se réserve le droit de ne pas publier les commentaires enfreignant ces règles et les règles de bonne conduite.