Société

Encadrement des enfants déficients visuels : Mission difficile pour le Centre « Rumuri »

Entre la hausse continue des prix des denrées alimentaires, le coût élevé des soins médicaux et du matériel scolaire spécialisé, et l’origine sociale fragile des pensionnaires, le Centre pour Jeunes Aveugles « Rumuri » (ou « Sainte Lucie ») de Gitega fait face à d’énormes défis. L’appel à la solidarité reste constant.

Sœur Aline Karerwa, directrice du Centre « Rumuri » : « Nous avons besoin d’une assistance financière pour améliorer le rendement de l’élevage et de l’agriculture ».

« Fais-moi une passe ! », crient des enfants malvoyants lors du passage de Burundi Eco à la mi-juin au Centre « Rumuri » alors qu’ils jouaient au football. D’autres étaient occupés à séparer les haricots de leurs écorces ou à faire la lessive. A voir leur aisance dans leur environnement, il était difficile de les distinguer des enfants ordinaires. Déplacements, jeux, tâches ménagères… tout semblait normal dans ce centre qui s’occupe des enfants déficients visuels.

« Tous les enfants que vous voyez ici sont soit malvoyants, soit aveugles. Pour l’année scolaire 2024-2025, nous avons accueilli 60 élèves, soit 32 filles et 28 garçons, venant de toutes les régions du pays. Nous offrons une éducation allant de la 3ème maternelle à la 6ème année de l’école fondamentale », explique Sœur Aline Karerwa, directrice du centre « Rumuri » (Lumière).

Une prise en charge de plus en plus difficile

Depuis 2012, le centre fait face à d’importantes difficultés financières, notamment pour assurer la restauration des enfants internes. Sœur Karerwa déplore également le coût très élevé des soins médicaux (opérations ophtalmologiques, traitements divers) pour ces enfants, y compris pour les 35 jeunes suivis dans une école inclusive, le Lycée Notre Dame de la Sagesse. Plusieurs souffrent de maladies neurologiques, comme l’épilepsie, ou de troubles visuels graves. Des cas de diabète ont également été dépistés.

L’autre défi de taille est le coût du matériel didactique spécialisé, souvent importé d’Europe. « Une machine embosseuse ou imprimante braille coûte au moins 5 500 USD, parfois plus selon la marque. Elle peut être achetée en Suède, au Kenya ou en Ouganda. A cela s’ajoute un logiciel et la valeur de la machine oscille entre 7 200 et 8 900 USD. Les Perkins Braillers, machines braille manuelles, coûtent également extrêmement cher », explique-t-elle.

Le paiement des salaires du personnel et la couverture des besoins sociaux des enfants internes représentent un fardeau constant. La majorité des enfants viennent des familles vulnérables, souvent elles-mêmes touchées par le handicap. « Certaines familles sont brisées à cause de la naissance d’un enfant aveugle. Ce qui engendre la détresse psychologique et de grandes souffrances », témoigne la directrice.

Des solutions limitées, mais actives

Pour faire face à ces difficultés, le centre mène quelques activités génératrices de revenus telles que l’agriculture et l’élevage. Cependant, celles-ci nécessitent des investissements conséquents. « Nous avons besoin d’un soutien financier pour améliorer le rendement de ces activités », martèle Sœur Karerwa.

Elle insiste aussi sur la nécessité de s’équiper en matériel d’animation et d’organisation de fêtes. Ce matériel pourrait être loué ou utilisé par les enfants, dans un double objectif de générer des fonds et de sensibiliser aux droits des personnes vivant avec un handicap.

Une prise en charge quasi gratuite

L’inscription au centre est gratuite. Le minerval trimestriel est fixé à 20000 FBu. Pourtant, sur les 60 enfants, seuls 20 à 23 parviennent à le payer ; le reste est pris en charge par le centre. Les frais de transport, notamment lors des rentrées scolaires, varient selon la situation de l’enfant et la distance à parcourir.

Le centre dépend financièrement de l’Organisation pour le Développement de l’Archidiocèse de Gitega (ODAG-Caritas Gitega). Sur les plans administratif et pédagogique, il relève du Bureau Diocésain de l’Education (BDE). Son représentant légal est Monseigneur l’Archevêque de Gitega.

Avec les récentes réformes éducatives, le centre est devenu une école fondamentale. Toutefois, l’intégration des enfants non handicapés reste limitée. « Nous espérons que cette possibilité sera efficace en 7ème année, lorsque nos élèves auront atteint un bon niveau d’autonomie. Pour le moment, l’enseignement reste individuel et il est difficile d’utiliser les manuels scolaires actuels, souvent illustrés par des images non accessibles à nos enfants », explique Sœur Karerwa.

Une administration inclusive

Le centre compte six enseignants pour les classes de la 1ère à la 6ème année, dont deux sont aveugles. Deux malvoyants enseignent les métiers, trois assurent l’encadrement et un autre enseigne la 1ère maternelle.

Pierre Nsekambabaye, quinquagénaire et père de six enfants, enseigne en 5ème année. Devenu aveugle, il a été accueilli et formé par le centre, où il enseigne depuis plusieurs années. « Grâce à mon salaire, j’ai pu me marier, acheter un terrain et construire une maison. Mes enfants étudient, l’un a déjà terminé l’université, un autre est en stage, et un autre entame sa première année », confie-t-il, tout en soulignant qu’il approche l’âge de la retraite et qu’il souhaiterait continuer à s’impliquer autrement.

Le Centre « Rumuri » a été inauguré le 22 juillet 1995. Il accueille chaque année entre 10 et 15 nouveaux enfants déficients visuels et a déjà formé plus de 280 élèves depuis sa création.

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A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

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