L’Office Burundais des Recettes (OBR) s’inquiète du nouveau mode opératoire adopté par les fraudeurs et les contrebandiers ces derniers jours. Celui-ci consiste à utiliser les enfants dans le transport des marchandises fraudées. Ils sont également utilisés dans le commerce informel. Pourtant, ces enfants sont protégés par la loi
« L’utilisation des enfants comme moyen de transport devient fréquente dans la fraude douanière, dans la fraude fiscale et dans la contrebande. Cela surtout sur les frontières et durant la période des vacances. Par ailleurs, ce phénomène se généralise également dans le commerce informel (commerce ambulant) au niveau des centres commerciaux. Pourtant, le code du travail fixe l’âge minimum de travail à 16 ans », déplore Stany Ngendakumana, directeur de la communication et des services aux contribuables et porte-parole de l’Office Burundais des Recettes (OBR).
Cela a été dit lors de la rencontre entre l’OBR et les intervenants dans le domaine de la protection des enfants à Bujumbura, le 17 août 2021. L’objectif étant de sensibiliser les intervenants dans le domaine de la protection des enfants à la lutte contre le travail des enfants dans le commerce informel, la fraude et la contrebande.

L’utilisation des enfants comme moyen de transport devient fréquente dans la fraude douanière, dans la fraude fiscale et dans la contrebande (photo prise à Kobero / source : OBR).
Le porte-parole de l’OBR n’a toutefois pas précisé le nombre d’enfants attrapés. « Comme la loi n’autorise pas l’emprisonnement des mineurs, une fois attrapés, ils sont directement relaxés. Par contre, ils n’osent même pas dénoncer les incitateurs », indique M.Ngendakumana avant de signaler que parmi les conséquences de la fraude et de la contrebande figurent la baisse des recettes, l’insuffisance des financements pour les projets de développement, la concurrence déloyale, la faillite des commerçants, la non compétitivité des entreprises, le pays qui s’appauvrit…
Au lieu de s’exposer à ces conséquences, fait-il remarquer, l’OBR sera contraint de forcer la loi. Cela en remettant ces enfants aux associations de défense des droits humains. Celles-ci vont pouvoir aider à amener les enfants à dénoncer les incitateurs pour qu’ils paient non seulement des amendes ajoutées aux droits de douanes dus, mais aussi qu’ils soient jugés pour abus des enfants.
Tenir compte de la racine du mal
«Les spécialistes en contrebande exposent les enfants aux risques et les poussent à devenir irréductibles», explique OPC1 Godefroid Barampanze de la Police Nationale du Burundi (PNB). Ce qui constitue une bombe à retardement pour le pays.
Pour OPC1 Térence Bahufise, commandant de la police des mineurs et protection des mœurs, les enfants utilisés dans la fraude et la contrebande ne sont pas mûrs pour consentir. « Ils sont en train de subir une forme d’exploitation pouvant même être qualifié de victime de traite. Si l’enfant est exploité, la circonstance devient aggravante pour l’auteur », informe-t-il.
Denise Bantegeyeko, chargée des projets à l’Association de Prise en Charge des Orphelins du Sida (APECOS) estime que la situation socio-économique des ménages favoriserait la flexibilité des enfants à être utilisés dans de mauvaises pratiques. Cet avis est partagé par Félix Sindayigaya, coordinateur national de l’Observatoire Ineza des Droits de l’Enfant au Burundi (OIDEB).
« Dans les communautés, il y a beaucoup de spéculations. Il est facile d’utiliser les enfants en situation de rue en les payant 500 FBu ou 2 000 FBu pour transporter une marchandise d’une valeur de 2 millions de FBu », avise-t-il.
Le porte-parole de l’OBR avoue que ce phénomène ne concerne pas les enfants de la rue seulement, surtout qu’il rapporte. Il le qualifie de problème national de société pouvant causer les abandons scolaires.
La fraude et la contrebande sont souvent causées par le faible niveau de civisme fiscal, le fait d’éviter de payer les droits et taxes de douanes, les peines qui ne sont pas appliquées à la rigueur, les surtaxes et les taxes additionnelles, la rareté de certains produits sur le marché, les barrières non tarifaires, l’importation des produits sensibles…




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