20 programmes d’enseignement des métiers ont été validés le 7 novembre 2018 par le ministère de tutelle en collaboration avec Enabel-Burundi. Beaucoup de défis qui gangrènent le secteur de l’enseignement des métiers ont été évoqués. Des actions à mener pour la revalorisation de ce secteur ont été aussi proposées

Janvière Ndirahira, ministre de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle : «Le centre d’enseignement des métiers n’est pas bien défini»
Le ministère de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle en collaboration avec Enabel- Burundi a organisé mercredi le 7 novembre 2018 un atelier de validation des manuels de formation de 20 programmes d’enseignement des métiers et d’échange sur l’enseignement technique et la formation professionnelle. Ces programmes sont entre autres la boulangerie-pâtisserie, la boucherie-charcuterie, la transformation des fruits et légumes, la transformation des produits laitiers, l’agri-élevage, l’agriculture, la myciculture et la pisciculture. Et d’ajouter la mécanique vélo-moto et auto, la maçonnerie, la plomberie, la soudure, l’électricité, la menuiserie, la couture, le commis de cuisine, le serveur et le service en bureautique. Selon Janvière Ndirahira, ministre de l’Education, de la Formation Technique et Professionnelle, ce processus de conception des manuels va se poursuivre pour les filières innovantes et dans l’élaboration des modules de spécialisation, par exemple en soudure, en broderie, en approche commerciale, etc.
Les défis
Malgré ces initiatives que le gouvernement et ses partenaires sont en train de réaliser pour revaloriser le secteur de l’enseignement des métiers, Ndirahisha indique que ce secteur est émaillé de beaucoup d’embûches. Les élèves apprennent la théorie. Mais, ils savent très peu de choses quant à la pratique. Cela pour plusieurs raisons. Selon elle, les infrastructures sont disponibles, mais, il n’y a pas d’équipements (matériel didactique). Encore pire, il y a le manque d’enseignants qualifiés. Ceux qui dispensent les cours dans ce secteur ont été formés dans les écoles ménagères. Alors, que voulez-vous qu’ils fassent ?, s’interroge M. Dieudonné Gahama, directeur du département de l’enseignement des métiers, de la formation technique et professionnelle. Ils ne donnent que ce qu’ils ont, s’inquiète-t-il. Selon Gahama, il faut d’abord doter les enseignants des centres d’enseignement des métiers d’un bagage intellectuel suffisant.
Selon Ndirahisha, l’apprentissage massé des modules est aussi un défi. « Les modules devraient être enseignés l’un après l’autre » : apprentissage espacé. De plus, le centre d’enseignement des métiers n’est pas bien défini. Les lauréats peuvent passer 4 ans à l’école sans savoir ce qu’ils deviendront en termes de grade après la formation. Lorsqu’ils réclament la passation d’un examen d’Etat, on ne leur accorde pas ce droit. D’après Ndirahisha, ces lauréats ont raison. Ndirahisha fait savoir qu’il y a encore un flou dans ce secteur qu’il faut lever pour avoir un enseignement des métiers bien structuré et de qualité.
Les mentalités posent problème
De plus, les problèmes psychologiques font que les élèves dans les CEM n’évoluent pas en termes de bagage intellectuel, indique Gahama. Ils ont dans leur mémoire qu’ils ne vont pas exercer le métier qu’ils ont appris à l’école. Par contre, ils veulent occuper les postes administratifs. Lorsqu’ils réclament l’autorisation de passer l’examen d’Etat, ce n’est pas parce qu’ils veulent renforcer leurs connaissances dans les métiers appris. Ils veulent plutôt continuer leurs études pour occuper des postes administratifs après leurs études. Ce n’est que ça, martèle Gahama. Il faut qu’il change ces mentalités. Selon Gahama, la sensibilisation des élèves est nécessaire pour leur permettre de s’orienter dans les CEM et d’en être fier. Dans ce cas, le rôle des parents et des pouvoirs publics est crucial.
De surcroît, l’enseignement des métiers ne motive pas les élèves, fait remarquer Gahama. Il fait savoir que 80 000 élèves de la 10ème année et 143 000 élèves de la 9ème année ont passé le concours national qui donne accès à l’école post-fondamentale en 2016. La capacité d’absorption dans l’enseignement secondaire général pédagogique était de 83 000 élèves et plus de 40 000 élèves dans l’enseignement technique. Il s’inquiète du fait que seuls 10 530 élèves se sont fait inscrire dans les centres d’enseignement des métiers publics et 3135 dans les centres d’enseignement des métiers privés. Actuellement, l’effectif des élèves dans les centres d’enseignement des métiers publics est de 8700 et 6300 dans les CEM privés. Selon Gahama, ces chiffres ne sont pas satisfaisants.
L’autre défi qui s’observe est la mauvaise allocation des ressources existantes dans certains CEM, indique Enabel-Burundi. Ils ont un surplus d’équipements alors que d’autres CEM n’en dispose pas. Selon Joël Leroy, coordinateur du projet d’appui complémentaire à l’enseignement technique et la formation professionnelle d’Enabel- Burundi, les centres d’enseignement des métiers ont une importance capitale. Dans les pays où ils sont bien gérés, les lauréats ont de meilleures conditions de vie et contribuent beaucoup plus au développement de leur pays. Il demande au ministère de tutelle de faire un suivi direct des activités des directeurs des centres d’enseignement des métiers afin de leur permettre de faire un bon management.
Des actions à mener pour revaloriser le secteur
Joseph Nshimirimana, directeur général de l’enseignement des métiers, de la formation technique et professionnelle a précisé les actions à mener pour revaloriser ce secteur. Ce sont entre autres le fait de garantir une employabilité et une auto-employabilité des jeunes et des adultes par une formation de qualité, de renforcer le système de gestion des centres de formation technique et professionnelle. Il ajoute la mise en place d’un cadre de certification des compétences acquises dans les centres de formation technique et professionnelle et en milieu de travail, la mise en place d’un dispositif de formation efficace et efficiente, la mobilisation des financements nécessaires dans ce secteur, l’accroissement du taux d’insertion des lauréats et la protection et l’encouragement de la créativité dans ce secteur.
Selon Nshimirimana, l’objectif du gouvernement d’avoir un CEM par commune a été atteint. Toutes les 128 communes du pays disposent actuellement d’un CEM. De plus, trois Centres de Formation Professionnelle et de Perfectionnement et 10 centres de formation professionnelle sont installés dans 7 provinces du pays.




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