Société

Entre peur et silence : le quotidien d’une femme accusée de sorcellerie

A Ngozi, une femme sexagénaire affirme avoir été accusée de sorcellerie par sa belle-fille. Ce cas illustre les tensions que peuvent provoquer les croyances invisibles lorsqu’elles prennent plus d’importance que les faits réels. Ancrées dans des références religieuses ou culturelles, ces accusations fragilisent la cohésion sociale et la paix familiale.

L’effet de groupe, ou la contagion émotionnelle collective, peut conduire à des actes irréfléchis et violents.

« Je suis veuve. Ma belle-fille m’accuse de sorcellerie », confie une femme d’environ 60 ans, habitant la colline Kanyami dans la commune de Ngozi province Butanyerera. Elle parle la peur au ventre, redoutant pour sa sécurité. Et de s’interroge : « Comment peut-on savoir qu’une personne est une sorcière ? Et comment ces gens se protègent-ils ? »

Dans certaines communautés, des accusations de sorcellerie peuvent naître de simples conflits familiaux ou d’antipathies personnelles, avec des conséquences graves pour la victime, déclare Lambert Hakuziyaremye, sociologue, chercheur à l’Université de Gand (Belgique) et enseignant dans les universités du Burundi.

Une société en tension entre croyances et faits

Selon M. Hakuziyaremye, il n’existe pas d’analyse sociale absolue pour expliquer ces phénomènes. Cependant, il souligne que la société burundaise évolue sans encore atteindre le stade où l’on juge une personne uniquement sur des faits concrets et des preuves tangibles.

Il rappelle que, sur le plan culturel et religieux, de nombreuses personnes au Burundi continuent à accorder une grande importance à l’invisible, comme les rites de Kubandwa ou certaines pratiques spirituelles et religieuses.

« Il est facile de juger quelqu’un sur la base de croyances invisibles. Dans les familles, un comportement perçu comme étrange peut suffire à faire naître des soupçons de sorcellerie », explique le sociologue.

Une accusation lourde de conséquences

M.Hakuziyaremye souligne que la législation burundaise ne traite pas clairement des accusations de sorcellerie. Ce vide juridique, combiné à l’absence de preuves scientifiques, rend ces accusations impossibles à vérifier, mais pas moins destructrices.

« Etre étiqueté comme sorcier ou sorcière est extrêmement traumatisant. Cela peut entraîner l’exclusion sociale, des violences psychologiques ou physiques, voire la mort », prévient-il avant de signaler que ces accusations affectent également l’entourage.

M.Hakuziyaremye explique que vivre avec une personne soupçonnée de sorcellerie peut créer un malaise collectif, alimenter la méfiance, et dégénérer en violence communautaire. La cohésion sociale s’en trouve fragilisée, et les relations entre familles deviennent tendues, voire conflictuelles.

Pour lutter contre ces stéréotypes dangereux, les autorités locales ont un rôle clé à jouer, selon toujours lui. Elles doivent écouter les personnes concernées, conseiller, désamorcer les tensions, et avertir les autorités supérieures si nécessaire.

L’effet de groupe, ou la contagion émotionnelle collective, peut conduire à des actes irréfléchis et violents.

Pour ce, conclut-il, avant de juger quelqu’un, il faut prendre le temps de réfléchir, de vérifier les faits réels, et de ne pas se laisser emporter par les rumeurs ou les émotions collectives.

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A propos de l'auteur

Mélance Maniragaba.

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