La Banque de la République du Burundi, en collaboration avec le ministère en charge des finances, a organisé une conférence-débat à Bujumbura pour discuter des réformes économiques visant à stabiliser les finances publiques. Les experts ont insisté sur la nécessité de repenser le financement du déficit budgétaire afin d’éviter l’inflation et de favoriser le développement du marché des capitaux.

L’économiste professeur émérite Léonce Ndikumana souligne que la création monétaire « ex nihilo » est dangereuses, car elle génère de l’inflation.
La Banque de la République du Burundi (BRB), en collaboration avec le ministère des Finances, du Budget et de l’Économie Numérique, a organisé une conférence-débat portant sur les réformes économiques visant à renforcer la stabilité financière du pays. L’événement a réuni à Bujumbura le 14 août 2025 des experts et des responsables gouvernementaux autour de la question du financement du déficit budgétaire, de la gestion de la dette publique, etc.
Lors de cette rencontre, le professeur émérite Léonce Ndikumana a insisté sur la nécessité d’un changement de paradigme dans le financement du déficit budgétaire. Selon lui, il est crucial d’éviter la tentation du « free money » ou argent gratuit qui consiste à recourir à la création monétaire pour financer le déficit budgétaire sans accroître la dette publique. Une telle pratique, a-t-il expliqué, entraîne des pressions inflationnistes et freine le développement du marché des obligations de l’Etat ainsi que celui des marchés de capitaux en général.
La création monétaire à partir de rien est très dangereuse
Le professeur Ndikumana a souligné que l’utilisation des avances de la BRB pour financer le déficit budgétaire revient à introduire de l’argent dans l’économie sans contrepartie réelle. Cette création monétaire « ex nihilo » génère de l’inflation et retarde le développement des instruments financiers essentiels, notamment les titres du trésor et les obligations de l’Etat. A titre d’exemple, il a comparé la situation burundaise à celle des Etats-Unis où le déficit budgétaire est élevé, mais financé par le secteur privé via le marché des titres, limitant ainsi les effets inflationnistes.
Il a également salué les efforts du gouvernement pour développer le marché des capitaux, qui offrirait de nouvelles options de financement du déficit budgétaire tout en permettant aux acteurs privés d’investir. Cependant, il a relevé que ces instruments financiers sont encore sous-utilisés. A plusieurs reprises, le gouvernement a refusé certaines souscriptions aux titres de l’Etat, préférant recourir à « l’argent facile » auprès de la BRB, pratique qu’il qualifie de « leaving the money on the table ».
Une autre approche problématique, selon lui, est le recours à l’endettement intérieur auprès des banques commerciales. Bien que cela puisse sembler moins risqué que l’endettement extérieur, cette pratique est également insoutenable, car elle met l’Etat en concurrence avec les investisseurs privés pour les mêmes ressources financières.
L’Etat reconnait que l’économie burundaise est essoufflée
De son côté, le ministre des Finances, du Budget et de l’Économie Numérique, Alain Ndikumana, a reconnu que le Burundi fait face à des déséquilibres macroéconomiques persistants. Il a indiqué que le déficit budgétaire s’élevait à 8,3 % du PIB pour l’exercice 2023-2024, tandis que la dette publique totale atteignait 53,3 % du PIB à mi-2024, en légère amélioration grâce à la réduction de l’endettement intérieur.
Le ministre en charge des finances a précisé que la conférence-débat intervient à un moment crucial pour l’économie burundaise, confrontée à des défis à la fois structurels et conjoncturels. Malgré ces turbulences, le pays affiche une certaine résilience. Le PIB réel a progressé de 3,9 % en 2024, contre 3,3 % en 2023, traduisant le début d’un redressement. Toutefois, cette dynamique reste fragile, car le déficit budgétaire demeure élevé et les réserves officielles de change restent limitées, couvrant à peine 1,4 mois d’importation fin mars 2025.




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