Gouvernance

Fuite des cerveaux : Comment maîtriser ce fléau ?

L’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO) déplore le fait que beaucoup de fonctionnaires sont en train d’abandonner leur métier. Le pire est que cette situation crée un grand vide dans pas mal de services publics.  Freiner cette hémorragie est une urgence. Jérôme Habonimana, enseignant-chercheur de niveau Master en Sciences Économiques et de Gestion propose des pistes de solution pour endiguer ce fléau   

Pierre Nduwayo, président de l’ABUCO ꓽ «Il est ressorti que le phénomène de fuite de cerveaux est très préoccupant au Burundi».

 

Dans un entretien avec Pierre Nduwayo, président de l’Association Burundaise des Consommateurs (ABUCO), il est ressorti que le phénomène de fuite de cerveaux est très préoccupant au Burundi pour plusieurs raisons.

Beaucoup de domaines d’une importance capitale se vident au quotidien de leurs cadres les plus qualifiés : les prestataires de soins de santé, les meilleurs ingénieurs dans des domaines variés, les enseignants à tous les niveaux, etc.  L’ABUCO déplore que ce vide n’est pas facile à combler.

Nduwayo explique que la raison principale de ce fléau est liée aux conditions salariales. Aujourd’hui, le salaire perçu est dérisoire et ne peut plus couvrir les besoins vitaux tels que le logement, l’alimentation, les soins de santé, la scolarité des enfants, etc.

Des mesures d’urgence, une nécessité

Nduwayo demande à l’Etat de prendre des mesures urgentes pour freiner cette hémorragie car les conséquences sont fâcheuses.  Le pays perd des cadres dont il a fortement besoin pour se développer. Il précise que sans des domaines éducatifs, sanitaires et juridiques forts, le développement du pays n’est pas possible.

Pourquoi la fuite des cerveaux ?

Jérôme Habonimana, enseignant-chercheur de niveau Master en Sciences Economiques et de Gestion explique les causes de cette situation.

Selon lui, les salaires perçus par les fonctionnaires sont dérisoires et non compétitifs au regard du coût de la vie et des efforts fournis par rapport aux autres fonctionnaires de la sous-région. Cette disparité salariale est l’une des causes principales du départ des fonctionnaires vers des pays de la sous‑région ou même l’Europe.

Il laisse entendre que la majorité des fonctionnaires tels que les enseignants, les prestataires de soins, etc ont des salaires jugés trop faibles pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ils ne peuvent pas couvrir toutes les charges telles que le loyer, la nourriture, le transport, les soins de santé, la scolarité des enfants, le social …,etc.

Jérôme Habonimana, enseignant-chercheur de niveau Master en Sciences Economiques et de Gestion ꓽ « Les raisons de la fuite des cerveaux sont diversifiées ».

 

Les prix des biens de première nécessité augmentent de temps en temps. Ce qui provoque une forte inflation monétaire. Le pouvoir d’achat s’effrite de plus en plus.

Selon lui, les fonctionnaires abandonnent alors leurs métiers pour des offres plus rémunératrices à l’étranger, car à l’impossible nul n’est tenu.

De plus, il y a très peu d’opportunités qui permettent aux fonctionnaires d’évoluer dans leur carrière (promotions, spécialisations, formations continues). Il s’observe peu d’initiatives mises en place par l’Etat pour inciter les fonctionnaires à rester dans le secteur public.

La fuite des fonctionnaires (départs vers l’étranger) s’explique aussi par un arsenal de facteurs microéconomiques, macroéconomiques et institutionnels, précise Habonimana.

Il s’observe une différence significative de rémunération au niveau des salaires entre les secteurs public et privé. Selon lui, ceux qui prestent dans le secteur privé sont mieux payés par rapport à ceux du secteur public. Et d’ajouter à cela la faible indexation de la rémunération au taux d’inflation et l’absence de rémunération liée à la performance.

La fuite des cerveaux et ses conséquences

Habonimana fait remarquer que la fuite des fonctionnaires génère des effets à court, moyen et long terme sur les finances publiques et la performance économique. Le pays perd l’investissement en capital humain.

Il explique que l’Etat finance la formation initiale et continue des fonctionnaires. Il engage des fonds pour le recrutement, la formation et le temps d’adaptation. Pour cela,
le départ des fonctionnaires représente une perte sèche de l’investissement public pour le pays. La perte de l’expertise augmente et les retards dans la mise en œuvre des projets s’intensifient.

Quid des pistes de solution ?

Selon Habonimana, voici quelques pistes de solution pour freiner cette hémorragie. Il s’agit entre autres d’améliorer les conditions économiques des fonctionnaires à travers la revalorisation salariale progressive, l’ajustement des salaires en fonction du coût de la vie, l’introduction des primes de performance et d’ancienneté et la mise en place d’un mécanisme d’indexation des salaires au taux d’inflation.

Accorder des avantages sociaux concrets, une assurance santé efficace et une retraite sécurisée et crédible aux fonctionnaires est une nécessité.

De surcroît, Habonimana confie que le fait de fournir des outils et équipements nécessaires aux fonctionnaires (notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation), la réduction de la surcharge au travail, le fait de garantir un environnement professionnel respectueux et stable s’avèrent nécessaire pour inverser la tendance.

Et d’ajouter la mise en place des programmes de formation continue et les possibilités d’évolution professionnelle claires en faveur des fonctionnaires. Selon lui, une personne est motivée à rester dans son pays, lorsqu’elle entrevoit un avenir professionnel possible dans son pays.

De plus, la création d’une stabilité macro-économique est l’une des autres pistes de solution à la fuite des cerveaux, éclaire-t-il.  Sans stabilité monétaire, aucune autre mesure isolée ne tiendra.

Notons qu’une collaboration avec des partenaires comme la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale, etc peut aider à financer des réformes structurelles dans l’objectif de freiner la fuite des cerveaux.

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A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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Un commentaire
  • Gary dit :

    C’est un constat amer mais très réaliste que dresse M. Habonimana sur la fuite des cerveaux au Burundi. En tant que cadre cherchant à comprendre les options de mobilité internationale pour valoriser mes compétences, je me demande si l’État envisage aussi de simplifier les démarches administratives pour ceux qui souhaitent revenir après une expérience réussie. D’ailleurs, pour ceux qui envisagent une transition vers l’Europe, est-ce que des ressources comme https://e-residence.com/it/nie-spain-online/marbella/ sont considérées comme des étapes fiables pour entamer une installation légale et structurée, ou devrions-nous privilégier uniquement les canaux diplomatiques classiques pour éviter les pertes de temps ?

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