Des milliers de familles vivant actuellement sur le site de Gateri, à Ruhagarika, dans l’ancienne province de Cibitoke, à l’Ouest du Burundi, tentent de reconstruire leur vie dans la précarité. Ces déplacés climatiques ont été victimes des inondations à Gatumba avant d’être transférés vers Mubimbi. D’autres, natifs de Mubimbi et ayant subi les effets dévastateurs des tempêtes et d’autres catastrophes naturelles, ont également été relocalisés à Gateri, près de la rivière Rusizi, à la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC).

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef adjoint.
Ces sinistrés font partie des grands oubliés de l’urgence climatique. Déplacés dans des conditions extrêmes, ils vivent aujourd’hui dans des abris de fortune, exposés aux intempéries et sans accès suffisant à l’eau potable, à l’hygiène ou aux soins de santé. Leur situation témoigne d’un manque criant de prise en charge digne et humaine.
Un problème particulièrement inquiétant sur ce site est la promiscuité extrême. Parfois, parents et enfants dorment dans un même espace sans aucune intimité. Ce qui expose les enfants à des traumatismes psychologiques, à des comportements inappropriés et même, à de graves risques sanitaires et sociaux : transmission des infections sexuellement transmissibles, grossesses précoces, voire incestes. Cette situation alarmante ne doit pas être passée sous silence. Il s’agit d’une atteinte à la dignité humaine et d’un danger pour la cohésion sociale future.
Mais ce n’est pas pour choquer certaines sensibilités que nous décrivons cette réalité. C’est pour alerter. Ce que vivent aujourd’hui les familles de Gateri, d’autres le vivront demain si nous ne changeons pas notre façon de répondre aux urgences climatiques. Le changement climatique s’accélère et notre capacité collective à y répondre, avec dignité, humanité et solidarité, peut et doit évoluer.
Il est urgent que les autorités nationales, avec l’appui des partenaires techniques et financiers, élaborent des stratégies de relocalisation durable, permettant aux familles victimes des changements climatiques de retrouver une vie digne. Cela pourrait passer par un retour sécurisé sur leurs collines d’origine ou leur intégration effective dans les localités d’accueil.
Au-delà du renforcement de la politique nationale de lutte contre le changement climatique, il faut aussi veiller à l’inclusion des déplacés dans les plans de développement locaux. Cela implique un accès à la terre pour l’agriculture, au financement pour l’entrepreneuriat, à l’éducation pour les enfants et à une protection sociale minimale.
Gateri ne doit pas être un camp oublié. C’est un miroir de ce que l’avenir nous réserve si nous continuons à négliger les plus vulnérables dans notre réponse aux urgences climatiques.



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