Société

Gateri, terre de survie pour les déplacés de Gatumba et Mubimbi

Depuis novembre 2024, plus de 1 000 familles déplacées vivent à Gateri, après avoir fui les inondations de Gatumba et les intempéries à Mubimbi. Une aide insuffisante, pas de logements décents, pas de structures sanitaires adéquates, ces déplacés y mènent une vie précaire. En plus de cette précarité qui est commune à tous les déplacés, les natifs de Mubimbi dénoncent une discrimination dans la distribution des aides.

1026 familles habitent dans un site de déplacés érigé à Gateri, colline Ruhagarika, commune Buganda, province Cibitoke depuis fin novembre 2024.

 

1026 familles habitent dans un site de déplacés érigé à Gateri, colline Ruhagarika, commune Buganda, province Cibitoke depuis novembre 2024. Ces déplacés ont en commun la provenance : le site de Mubimbi. Pourtant, ils sont de deux catégories : il y a d’abord ceux qui ont été victimes des inondations de Gatumba, qui ont été délocalisés dans le site de Mubimbi au mois de mai 2024. C’est le cas de Sandrine Mugisha, 32 ans. « A Gatumba, nous avons fait face à des inondations extrêmes et l’Etat nous a déplacés dans un site à Mubimbi », précise-t-elle.

Dans ce site, ils y ont trouvé 53 autres ménages de déplacés constitués par les natifs de Mubimbi qui ont été délocalisés suite aux différents phénomènes naturels qui ont frappé cette localité. Depuis le mois de mai 2024, ils vivaient ensemble dans ce site. Ils partageaient l’histoire, les assistances disponibles aussi. Du coup, d’autres phénomènes naturels ont surgi. « A Mubimbi, nous avons été touchés par des vents violents, des éclairs, des pluies torrentielles, dus à un changement climatique extrême », explique Mme Mugisha. Cela a été une preuve que ce milieu est aussi invivable comme leurs milieux de provenance. Il fallait les délocaliser encore une fois. C’est ainsi qu’ils ont été tous déplacés vers le site de Gateri.

Gateri, un site pour les oubliés

Selon Mugisha, dès leur arrivée dans ce site, ils ont rencontré de sérieux problèmes. Depuis leur arrivée sur les lieux, le seul donneur permanent dont ils disposent est le PAM (Programme Alimentaire Mondial). « Le PAM nous donne de l’argent une fois par mois, chaque 20 du mois. Au départ, c’était 235 000 FBu, puis réduit à 212 000 FBu par ménage.  Parfois, cette somme nous parvient après avoir contracté des dettes et ne nous sert qu’à les rembourser », dit-elle. A part le PAM, depuis janvier 2025, le Ministère de la Solidarité est venu distribuer 10 kg de riz par ménage et autant au mois de février et puis rien. Depuis, seules certaines églises locales ont continué à assister ces déplacés mais, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. « A Mubimbi, on nous donnait des seaux, des serviettes hygiéniques, des pagnes et des crèmes hydratantes. Ici, rien depuis notre arrivée. La situation est difficile, mais nous l’endurons », regrette-t-elle.

La vie dans les bunkers

Ces déplacés ont aussi un problème de logement. En les délocalisant de Mubimbi vers le site de Gateri, la priorité a été donnée aux personnes âgées et à ceux vivant avec un handicap. En tout cas, les plus vulnérables. Ceux-ci ont été hébergés dans des hangars de tentes avec une toiture en tôles ondulées. Un deuxième groupe a été délocalisé après. Pour eux, il n’y avait pas de hangars préfabriqués, mais des terrains pour ériger un bunker fait de trois tentes. « Comme vous pouvez le voir, c’est impossible de vivre dans un tel bunker avec sa famille. Je reste ici seul et je cherche des voisins qui peuvent loger ma femme et mes enfants. Moi-même je n’y entre que le soir à cause de la chaleur », déplore Joseph Hicuburundi, 67 ans et père de trois enfants.

Seuls quelques ménages de cette dernière catégorie ont reçu des parcelles de 15 x 20 m. Ils ont été invités à les terrasser eux-mêmes en attendant qu’on leur construise des maisons un peu plus solides. Avec le temps, les tentes ont commencé à s’abîmer. Que ce soit pour ceux vivant dans les hangars ou ceux qui ont reçu des parcelles et qui attendent qu’elles soient construites. « Aujourd’hui, ceux qui vivent dans les hangars sont les plus vulnérables. Leurs tentes sont en ruine. S’il venait à pleuvoir, ils seront les premiers à souffrir.  Pire encore, ils n’ont pas reçu de parcelles. Nous demandons que chaque ménage déplacé reçoive une parcelle pour pouvoir construire selon ses moyens », demande-t-elle.

La santé avant tout

Manger, c’est un besoin primaire, le logement l’est autant. Mais à quoi sert tout cela sans une bonne santé ? Ce site connait aussi un problème de santé. « En arrivant, nous avons beaucoup souffert de différentes maladies, surtout le paludisme. La proximité de la rivière Rusizi fait que les moustiques y sont nombreux et nous n’avons toujours pas reçu de moustiquaires. Certaines personnes attrapent le paludisme jusqu’à trois fois par mois », regrette Mme Mugisha. Les autres maladies citées comme fréquentes dans ce site sont celles liées à la malnutrition et aux mains sales. Comme ils l’expliquent, en cas de pénurie d’eau potable dans ce site, la plupart de ces déplacés, surtout ceux dont les bunkers sont situés près de la rivière Rusizi, utilisent l’eau de cette rivière comme alternative.

« Ici, la mortalité est plus élevée qu’à Mubimbi. Là-bas, quatre personnes sont mortes en huit mois. Ici, neuf personnes sont déjà décédées en l’espace de six mois seulement. Cela est dû en grande partie aux conditions de vie précaire et au manque d’infrastructures de santé adéquates. Il n’y a pas de lit d’hospitalisation ici.  On nous prescrit juste des médicaments de premier secours, mais pour une maladie grave, il faut transporter les malades jusqu’à Gasenyi qui est à cinq kilomètres d’ici », ajoute Désiré, résidant dans ce site. Nous avons voulu apprendre beaucoup sur la santé dans ce site auprès de la structure sanitaire locale mais, malheureusement, nous avons appris que le personnel soignant qui était là n’a pas le droit de donner des informations aux journalistes sans l’autorisation de leurs chefs.

La proximité avec la rivière Rusizi fait que les moustiques y sont nombreux. Ce qui explique la fréquence du paludisme chez ces déplacés qui jusque-là n’ont pas encore reçu de moustiquaires.

 

Les déplacés originaires de Mubimbi, victimes doublement

Si la situation est dure pour les anciens occupants de Gatumba, elle l’est doublement pour les 53 familles constituées par les natifs de Mubimbi. Au pied d’une montagne, c’est là où sont construites leurs huttes. Entre leurs demeures et celles de ceux de Gatumba passe une route.

Joseph Hicuburundi, né en 1958, est marié et père de trois enfants. Il est originaire de Mubimbi. Il regrette que les natifs de Mubimbi subissent une discrimination dans l’octroi des assistances. « En arrivant ici, on nous a montré un terrain où construire ces tentes minables. Auparavant, même nos voisins venus de Gatumba avaient érigé des bunkers ici près de nous. Ensuite, on les a délocalisés un peu plus en bas. Nous sommes restés isolés ici. Une discrimination que nous n’avons pas comprise. Eux, ils ont reçu des parcelles, mais pas nous », déplore Hicuburundi.

Même son de cloche pour Jean Nahimana, 69 ans, natif de Mubimbi, marié et père de cinq enfants. Il regrette que cette discrimination se manifeste aussi lors des distributions de certaines assistances. « A Mubimbi, l’aide était distribuée équitablement pour tous les déplacés, peu importe leur provenance. Ici, nous, les natifs de Mubimbi, sommes oubliés. Les rares fois qu’une aide est distribuée dans ce site, souvent nous ne figurons pas sur les listes des bénéficiaires. Dernièrement, des kits ménagers ont été distribués, nous n’en avons pas bénéficiée. Parfois, nous nous demandons ce que nous avons fait pour mériter cela. Nous ne demandons qu’à être traités comme les autres », insiste-t-il.

Ils reconnaissent quand même que, par solidarité, s’il arrive qu’ils soient discriminés lors de la distribution des aides, leurs voisins de Gatumba partagent avec eux le peu qu’ils ont reçu. « Car ils savent qu’à Mubimbi, on partageait tout », explique-t-il.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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