La décharge publique de Mubone reste encore fonctionnelle malgré les lamentations des habitants de cette localité. Ils tirent la sonnette d’alarme, leur santé est menacée. Ils demandent à la Mairie de Bujumbura d’aménager la nouvelle décharge de Muzinda. Sinon, le danger est imminent
Le reporter de Burundi Eco a effectué une visite à la décharge de Mubone mardi le 29 octobre 2019 pour en connaître l’état des lieux. A l’entrée, on est accueilli par une odeur suffocante suite aux déchets ménagers que différentes associations de la municipalité de Bujumbura ne cessent d’y déposer. Au moment où il y a des familles gâtées qui ont un excès de nourriture, n’oubliez pas qu’il y a d’autres qui ne vivent que la misère et qui sont sur le point de mourir de faim. A cet endroit, il y en a à un effectif non négligeable. On y trouve des hommes, des femmes et des jeunes en train de ramasser les reliquats de nourritures et du charbon de bois. S’ils y trouvent des habits, ils les conservent pour les revendre. Des sacs ou sachets en plastique à la main, ils se servent de petits morceaux de bois pour remuer ces déchets afin de vérifier s’il n’y aurait pas de restes de nourritures laissés par les ménages plus nantis pour les croquer.
En saison pluvieuse, ces amas d’immondices sont inondés par les eaux de la rivière Gasenyi et rendent la décharge difficilement accessible voire impraticable. Les mouches pullulent de partout. Les camions chargés de transporter ces déchets sont garés à cet endroit. Malgré cette situation, il y a tout autour de cette décharge des habitations, des écoles et des kiosques.
Quand les habitants de Mubone tirent la sonnette d’alarme
Les camions continuent à jeter des déchets à Mubone même si ce dernier avait été déclaré saturé. Pour y arriver, ils passent par le quartier Kinama précisément à Kanga et prennent la route non macadamisée qui va vers la fameuse décharge. Les habitants tirent la sonnette d’alarme. Ils disent que leur santé est menacée et demandent aux autorités concernées de transférer cette décharge ailleurs. « Il nous est difficile de supporter cette odeur suffocante. Nos enfants souffrent toujours des maladies liées à l’insalubrité», se lamente Claude Niyonizeye rencontré à cet endroit. Jérôme kwizera, habitant ce quartier, indique qu’ils ont été sacrifiés. «Nous vivons dans des conditions déplorables suite à ces déchets. Nous ne savons pas à quel saint nous vouer. Nous sommes exposés à des calamités tant naturelles que surnaturelles si rien n’est fait dans l’immédiat pour inverser la tendance », alertent-ils.

Des personnes démunies recupérant les restes des nourritures débarqués par un camion d’une des coopératives de collecte des déchets à la décharge publique de Mubone
Dans un point de presse sur la situation de la décharge de Buterere le 1er avril 2019, Freddy Mbonimpa, maire de la ville de Bujumbura ne nie pas la situation qui prévalait à Buterere. Il a indiqué que cette décharge était saturée et que la nappe phréatique était attaquée. Les déchets solides ménagers ont suivi le rythme de l’augmentation de la population. « Nous sommes devant un fait accompli à tel point que pendant la période pluvieuse, on ne peut plus avoir accès à cet endroit. Nous avons fourni beaucoup d’efforts en essayant de l’aménager et de le déboucher mais, devant une situation impossible, on ne peut même plus arriver à l’intérieur du site », a précisé M. Mbonimpa. Suite à cette impraticabilité du dépotoir de Buterere, il a souligné que certaines associations déversent les déchets à l’entrée du lieu et les autres essaient de les porter sur la tête. Le maire de la ville a précisé que la solution la plus rapide était de trouver une autre décharge organisée. «Nous avons demandé au ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage de nous octroyer un autre terrain pouvant servir de réceptacle provisoire qui pourra nous dépanner pendant les quelques mois de la période pluvieuse et pouvoir aménager solidement celui de Buterere au cours de la saison sèche. Nous devons aussi plaider qu’au moins cette décharge soit déplacée», a-t-il souligné.
L’aménagement de la décharge de Muzinda dans un futur incertain
Ainsi, le ministère sollicité a exaucé la demande de la Mairie et un terrain lui a été attribué dans la zone Muzinda de la commune Rugazi depuis belle lurette. Néanmoins, des informations émanant des services de la Mairie précisent que les activités d’aménagement de ce terrain n’ont pas encore commencé et que, par voie de conséquence, il n’est pas exploité. Le 6 mai de cette année, Freddy Mbonimpa a annoncé à la radio Isanganiro que le site de Buterere reste ouvert en attendant que la Mairie aménage le nouveau terrain.
La problématique de la gestion des déchets ménagers se présente au moment où un projet de collecte des déchets pour toute la ville de Bujumbura a été élaboré en 2015. Il prévoyait le triage, la valorisation et le recyclage jusqu’à la construction d’une décharge appropriée », a indiqué Gordien Ngendakumana, chef du département Audit, Planification et Etudes aux SETEMU. Selon lui, on avait prévu trois zones de transit (au Sud à côte de la prison centrale de Mpimba, au Centre à la rivière Ntahangwa et le Nord à Buterere). Un site de triage et de recyclage devrait se trouver à Buterere tout juste à côte de la station d’épuration. Les déchets ne devraient pas y rester longtemps.
Dans ce même projet, on avait prévu des camions qui devraient les transporter vers les sites de triage : Verres à part, plastiques à part, objets recyclables à part. Après le triage et la valorisation, tout ce qui restait devait être acheminé à Muzinda dans la décharge qu’on devrait y aménager. « Avec tous ces calculs, on avait pu déterminer le prix par ménage et le coût de tout le projet a été évalué à environ 11,8 millions d’euros », a-t-il précisé. Après les études, poursuit t-il, le projet devrait démarrer en 2016. Mais les fonds promis par les Pays-Bas n’ont pas été décaissés.
M. Ngendakumana informe que la décharge de 4 ha qu’on utilise aujourd’hui est trop petite pour une ville d’à peu près un million d’habitants. Il explique qu’avant l’envahissement du terrain par les particuliers, la population de la ville était estimée à 400 mille personnes. Or, la ville dépasse aujourd’hui 800 000 habitants. Il appelle le gouvernement à continuer à chercher les financements pour mettre en application les conclusions des études réalisées en 2015. Il signale qu’actuellement, la production des déchets à Bujumbura est estimée à 100.000 tonnes par an et la décharge qu’on prévoit mettre en place est d’à peu près 9 ha qu’on peut utiliser entre 30 et 50 ans.




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