Dans la province de Burunga, les préjugés autour de la sorcellerie font rage. Les accusés de la sorcellerie sont stigmatisés et parfois victimes de violences meurtrières. Des témoignages dénoncent ces croyances qui alimentent la haine et l’insécurité. Face au silence de la justice, la population appelle à mettre fin à ces accusations dangereuses.

Sylvère Karegeya, habitant de Musongati : « Accuser quelqu’un de sorcellerie sans preuves est extrêmement dangereux ».
« Il faut faire attention et prends soin de toi, abanyagiharo bararoga », lance un motard rencontré à Giharo. Etonnée par cette affirmation gratuite, il me fixe encore et insiste « Oui c’est ça, Ici, c’est pour nous les habitués », dit-il. Ces propositions, répétées sans fondement, gênent profondément les habitants de cette localité située dans la commune de Musongati de la province de Burunga.
Pour Dorothée Mpfubusa, résidente de Giharo, ce n’est pas la première fois qu’elle entend de telles accusations. Avant même de s’installer dans cette région, elle en avait déjà entendu parler. Originaire de la province de Gitega, elle raconte : « Lorsque mon mari m’a proposé de migrer vers Giharo, je m’y suis opposée catégoriquement en avançant que nous ne pouvions pas aller dans un endroit réputé pour la sorcellerie », raconte-t-elle. Finalement convaincue que ce n’étaient que des préjugés, elle a accepté de s’y installer. Depuis son arrivée à Giharo, elle affirme n’avoir jamais constaté de tels faits. Pour elle, ces accusations sont des messages de haine injustes et lourdes de conséquences, qui ne devraient plus avoir leur place dans la société.
Des croyances qui mènent tout droit à la violence
Ces préjugés ne se limitent pas aux paroles. Ils se traduisent souvent par des actes violents. Sylvère Karegeya, habitant de Musongati témoigne : « La fois passée, lorsque la pluie a tardé à tomber, trois personnes ont été accusées d’être abavurati. Elles ont été frappées à mort, accusées de retenir la pluie. Le fait que la pluie soit tombée juste après a malheureusement fait croire à certains qu’effectivement c’était lié à la sorcellerie », dit-il.
Cet exemple illustre la gravité de ces accusations. Dans un contexte où les phénomènes naturels sont interprétés à travers des croyances, des vies humaines sont sacrifiées. Pour Karegeya, accuser quelqu’un de sorcellerie sans preuves est extrêmement dangereux. Il regrette cependant que les accusations de sorcellerie ne soient pas traitées par la justice, laissant les populations livrées à elles-mêmes. Ce vide institutionnel pousse certaines personnes à utiliser la violence.
Cette situation entretient un climat de peur et d’insécurité. Les habitants de Giharo se sentent stigmatisés et menacés, non pas pour des actes réels, mais pour des croyances transmises et amplifiées par des rumeurs. Fatiguée de porter le poids des préjugés injustes, Dorothée Mpfubusa insiste: « Il est injuste d’accuser toute une localité d’une telle chose si lourde. »




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