La Banque République du Burundi (BRB) a présenté, le 26 février 2026, son rapport de politique monétaire du quatrième trimestre 2025. Exposé par Georges Ntangorane, directeur des études économiques, des statistiques et de la coopération, ce document dresse un tableau contrasté de l’économie burundaise : une inflation en net recul mais encore élevée, une croissance en légère amélioration, un déficit commercial persistant et un secteur bancaire globalement solide, quoique confronté à certains signaux de vulnérabilité. Dans ce contexte, la BRB a décidé d’assouplir sa politique monétaire en abaissant son taux directeur, une mesure destinée à soutenir l’activité économique.

Selon Georges Ntangorane, directeur des études économiques, des statistiques et de la coopération à la Banque centrale, la production de café vert a fortement chuté au quatrième trimestre 2025, s’établissant à 2 132,3 tonnes contre 5 860,9 tonnes au trimestre précédent.
Le Burundi, bien que toujours confronté à une inflation élevée, a connu une décrue significative. Le taux est passé de 34,2 % au troisième trimestre à 21,7 % au quatrième trimestre 2025. Cette baisse marque une inflexion importante après plusieurs mois de forte volatilité des prix.
L’inflation alimentaire est passée de 33,7 % à 18,4 %, tandis que l’inflation non alimentaire a reculé de 38,6 % à 26,6 %. L’inflation sous-jacente a également diminué, passant de 40,3 % à 29,3 %. Pour le premier trimestre 2026, les perspectives indiquent un ralentissement plus marqué encore. L’inflation globale est attendue à 11,3 %. L’inflation alimentaire pourrait descendre à 5,9 %, l’inflation sous-jacente à 16,4 % et l’inflation énergétique à 15,3 %. Selon la Banque centrale, cette évolution favorable s’explique par le resserrement monétaire opéré précédemment ainsi que par une atténuation des pressions sur le marché des changes.
Au niveau régional, les pays membres de l’East African Community (EAC) ont connu un recul généralisé des pressions inflationnistes au quatrième trimestre 2025. Les taux d’inflation sont restés globalement en dessous de l’objectif communautaire fixé à 8 %. Au Rwanda, l’inflation est passée de 6,6 % au trimestre précédent à 4,8 %. En Ouganda, elle s’est établie à 3,2 %, contre 3,9 % auparavant. Le Kenya a enregistré un taux de 4,5 %, quasiment stable par rapport aux 4,4 % du trimestre précédent, tandis que la Tanzanie a affiché 3,5 %, contre 3,4 % précédemment.
Dans ce contexte de désinflation régionale, la plupart des banques centrales de l’EAC ont maintenu leurs taux directeurs inchangés. Le Rwanda a conservé son taux à 6,75 %, l’Ouganda à 9,75 % et la Tanzanie à 5,75 %. Au Kenya, en revanche, la Banque centrale a abaissé son taux directeur de 9,50 % à 9,00 %, soit une réduction de 50 points de base, afin de stimuler le crédit et soutenir l’activité économique.
Le Burundi a adopté une posture similaire. A partir du 26 février 2026, la BRB a réduit son taux directeur de 12 % à 10 %. Cette décision traduit la volonté de l’autorité monétaire d’accompagner la reprise économique tout en tenant compte de la décélération de l’inflation.
Une conjoncture nationale contrastée
Sur le plan interne, les indicateurs de production révèlent des dynamiques sectorielles divergentes. La production de café vert a fortement chuté au quatrième trimestre 2025, s’établissant à 2 132,3 tonnes contre 5 860,9 tonnes au trimestre précédent. Cette baisse s’explique principalement par la cyclicité naturelle de la filière caféière, caractérisée par des alternances de bonnes et de faibles récoltes.
En revanche, la production de thé sec est restée stable, atteignant 1 731,2 tonnes, un niveau proche de celui enregistré au quatrième trimestre 2024. L’indice de la production industrielle a reculé de 2,7 % en raison notamment d’une forte baisse des industries chimiques (-30,9 %), particulièrement dans la fabrication des savons de ménage. Ce recul industriel contraste avec les perspectives macroéconomiques globalement positives.
Selon les prévisions du cadrage macroéconomique de novembre 2025, la croissance économique du Burundi est estimée à 4,6 % pour l’année 2025 contre 4,1 % en 2024. Cette amélioration serait principalement soutenue par une accélération notable du secteur secondaire, dont la croissance atteindrait 8,7 % contre seulement 1,7 % l’année précédente.
En revanche, les secteurs primaire et tertiaire ont connu un léger ralentissement. Le secteur primaire devrait enregistrer une croissance de 2,1 %, contre 2,6 % en 2024, tandis que le secteur tertiaire progresserait de 5,2 %, en retrait par rapport aux 6,3 % de l’année précédente.
Pour 2026, la croissance est projetée à 4,8 %. Elle serait portée principalement par un redressement du secteur primaire (3,7 % contre 3,1 % en 2024) et une amélioration du secteur secondaire (3,8 %). Le secteur tertiaire, en revanche, connaîtrait une légère décélération à 5,2 %.
Un déficit commercial structurel
Malgré une progression des exportations, la balance commerciale demeure marquée par un déséquilibre structurel important. Au quatrième trimestre 2025, le taux de couverture des importations par les exportations s’est établi à 28,5 %, traduisant un écart persistant entre les flux d’exportations et d’importations. Les exportations totales ont augmenté de 18,9 % en glissement annuel et de 16,7 % en glissement trimestriel. Cette performance s’explique principalement par la hausse des exportations de café, qui ont généré environ 45 milliards de francs burundais.
Les importations ont également progressé, de 14 % en glissement annuel. Cette hausse est surtout attribuée à l’augmentation des importations de produits pétroliers (+72,9 %) et de biens de consommation alimentaire (+24,1 %). En revanche, les importations d’intrants agricoles ont chuté de manière significative (-60,3 %). Ce qui pourrait avoir des implications sur la production agricole future.

Pas mal d’intervenants dans le secteur des finances ont été invités pour suivre différents exposés en rapport avec la politique monétaire.
Amélioration relative des réserves en devises et une dette publique en hausse
Les avoirs en devises des banques commerciales se sont établis à 124,1 millions de dollars américains à fin décembre 2025, en hausse de 6,8 % sur le trimestre, mais en baisse de 14,6 % sur un an. Les réserves officielles de la BRB ont atteint 216,1 millions de dollars, enregistrant une progression de 34,3 % sur le trimestre et de 13 % sur un an. La couverture des importations de biens et services par ces réserves s’est améliorée, passant de 1,6 mois à fin décembre 2024 à 2,06 mois à fin décembre 2025. Bien que cette évolution soit positive, le niveau reste relativement modeste au regard des standards internationaux.
La dette publique totale a progressé de 12,9 % sur un an pour atteindre 8 083 milliards de francs burundais à fin décembre 2025. Elle représente 45,5 % du produit intérieur brut. La dette intérieure constitue 76,2 % de l’encours total, soit 6 163,3 milliards de francs burundais, en hausse de 16,5 %. Près de la moitié de cette dette intérieure est composée d’avances de la Banque centrale. La dette extérieure, quant à elle, s’est établie à 1 920,5 milliards de francs burundais, en augmentation de 2,5 % sur un an.
Taux d’intérêt et dynamique bancaire
Le taux moyen interbancaire a poursuivi sa tendance haussière au quatrième trimestre 2025, atteignant 7,99 % contre 6,87 % au trimestre précédent. Le taux d’intérêt moyen débiteur s’est établi à 14,39 %, en hausse par rapport aux 13,70 % enregistrés un an plus tôt. À l’inverse, le taux moyen créditeur a reculé pour s’établir à 7,15 % à fin décembre 2025.
Le secteur bancaire affiche une expansion notable de son bilan. Les dépôts de la clientèle ont augmenté de 25,9 % sur un an pour atteindre 6 574,9 milliards de francs burundais. Les crédits à la clientèle ont progressé de 25,4 %, atteignant 5 799,2 milliards de BIF. Les investissements en bons et obligations ont également augmenté de 23,1 %. Cependant, les prêts non performants ont enregistré une hausse préoccupante : +14,3 % sur un an et +39,8 % sur le trimestre, atteignant 239,4 milliards de francs burundais. Le taux de détérioration du portefeuille s’élève désormais à 4,1 %, contre 3,7 % un an auparavant.
Le ratio de solvabilité du secteur bancaire a légèrement diminué, passant de 18,7 % à fin décembre 2024 à 17,9 % à fin décembre 2025 tout en restant au-dessus du minimum réglementaire fixé à 14,5 %.
Le rapport du quatrième trimestre 2025 met en lumière une économie burundaise en transition. Si les déséquilibres structurels persistent, notamment au niveau commercial et budgétaire, plusieurs indicateurs témoignent d’une amélioration progressive : ralentissement de l’inflation, croissance modérée mais stable, renforcement relatif des réserves en devises et expansion du crédit bancaire. Différent observateurs estiment que la décision de la BRB d’abaisser son taux directeur traduit une volonté d’accompagner cette dynamique sans compromettre la stabilité macroéconomique. Les prochains mois seront déterminants pour confirmer si cette inflexion marque le début d’une phase de stabilisation durable ou simplement une accalmie dans un environnement encore fragile.




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