Même si l’eau c’est la vie, 30% de la population n’a pas encore accès à ce bien insubstituable malgré l’important potentiel hydrographique dont dispose le Burundi.
L’eau c’est la vie, indique Emmanuel Ndorimana, directeur général des ressources en eau au ministère de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme (MEEATU) dans un café de presse organisé par ce ministère dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l’eau le 22 mars 2018. Elle est aussi source de développement lorsqu’elle est bien gérée, car elle est utilisée dans la production de l’énergie, dans l’arrosage des cultures…, souligne- t-il. Selon Ndorimana, 60% de la population avaient accès à l’eau potable à l’intérieur du pays en 2012. Dans les villes, plus de 80% en disposaient.

Désiré Nsengiyumva, directeur de l’eau à la Regideso: «Le degré de turbidité (degré de la saleté de l’eau) atteint plus de 25 alors que le degré normal devrait être inférieur à 5».
Faustin Ndikumana, secrétaire exécutif de Parole et Action pour le Réveil des Consciences et l’Evolution des Mentalités(PARCEM) fait savoir qu’actuellement 30% des Burundais sont sous le choc du manque d’eau potable.
Pas mal de ressources en eau disponibles
Cela s’observe au moment où le Burundi dispose de pas mal de ressources en eau. Dans l’ensemble, Balthazar Barutwanayo, conseiller au MEEATU informe qu’on enregistre de nombreuses sources avec un débit d’environ 6 600 litres d’eau par seconde et dont la majorité s’adapte facilement aux aménagements hydrauliques et aux adductions d’eau potable.
Selon lui, les collines du pays (la crête Congo-Nil et les plateaux centraux de Mugamba, de Bututsi, de Kirimiro, de Buyenzi et de Bweru) sont bien pourvues en eaux de sources avec des débits spécifiques supérieurs à 0,3 litres/s/km2. Il se lamente que ce potentiel hydrographique est peu utilisé dans le développement socio-économique du pays. Par contre, les régions naturelles de Bugesera, de l’Imbo et de Kumoso disposent de sources à très faibles débits.
Deux principaux bassins versants au Burundi
Barutwanayo fait savoir que l’unité naturelle pour l’évaluation et la planification des ressources en eaux superficielles et souterraines est le bassin versant. Le Burundi compte deux principaux bassins : le Bassin du Congo et celui du Nil.
A l’intérieur de ces bassins, il indique qu’on distingue quatre sous-bassins importants : le sous-bassin du Lac Tanganyika, celui de la Maragarazi, celui de la Ruvubu et celui de l’Akagera. Les trois grands lacs du Burundi sont tous situés aux frontières du pays. Le sous-bassin du lac Tanganyika couvre au Burundi une superficie de 6555 km2 dont 2684 km2 pour le sous-bassin de la Rusizi. Il représente environ 24% de la superficie totale du pays.
Le sous-bassin de la Maragarazi couvre une superficie de 5262 km2, soit environ 19% de la superficie totale du pays. La rivière Maragarazi est la frontière naturelle entre le Burundi et la Tanzanie. Le sous-bassin versant de la Ruvubu collecte 92% des eaux du Burundi qui se jettent dans le Nil. Il s’étend sur 10458 km2, soit 38% de la superficie totale du pays.
Le sous-bassin de l’Akagera comprend lui-même deux sous-bassins: le sous-bassin de la Kanyaru et celui de l’Akagera. Il occupe une superficie d’environ 3 200 km2.
Les lacs
En plus des rivières dont dispose le pays, il y a aussi des lacs. C’est entre autres le lac Tanganyika qui est l’un des grands lacs d’Afrique, deuxième lac africain par sa surface après le lac Victoria, le troisième au monde par son volume après la mer Caspienne et le lac Baïkal, et le plus long lac d’eau douce du monde (677km). Avec un volume d’environ 20.000 km³, il constitue un réservoir immense d’eau par rapport au débit de ses affluents et de son exutoire. Et d’ajouter les lacs du Nord (Cohoha, Rweru, Kanzigiri, Rwihinda) caractérisés par des profondeurs faibles. Le lac Rweru est en communication hydraulique avec le fleuve Kagera.

Emmanuel Ndorimana, directeur général des ressources en eau au ministère de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme (MEEATU) : «L’eau c’est la vie»
Des ressources en eau non protégées
Malheureusement, ces ressources ne sont pas bien protégées. Elles sont confrontées aux problèmes de pollution, d’inondations, et de diminution de la nappe phréatique. A titre d’exemple, plus de 80% d’eaux de ruissellement se déversent dans le lac Tanganyika.
Peu de données sont disponibles sur la qualité des eaux, d’autant plus que les eaux des rivières, celles des lacs et celles souterraines ne font pas l’objet d’analyses de qualité.
D’une façon générale, ces eaux sont caractérisées par une pollution bactériologique. De ce fait, elles ne sont pas potables sans traitement préalable. Néanmoins, les paramètres physico-chimiques de ces eaux, comparés aux normes de l’OMS se situent dans des seuils acceptables de potabilité. La pollution organique est concentrée sur les tronçons de rivières situés en aval des usines et des agglomérations où la capacité d’auto- épuration peut être dépassée momentanément
La qualité de l’eau se dégrade
Les eaux du Lac Tanganyika sont bien appropriées à tous les usages, y compris la consommation humaine, mais leur qualité tend à se dégrader suite à la pression démographique le long des côtes. Pour ce qui est des eaux souterraines, des indices de pollution d’origine anthropique se manifestent à travers tout le pays.
Les conséquences se font sentir
Désiré Nsengiyumva, directeur de l’eau à la Regideso fait remarquer que le degré de turbidité (degré de la saleté de l’eau) atteint plus de 25 alors que le degré normal devrait être inférieur à 5. Avec huit filtres à sable dont dispose la Regideso pour traiter l’eau brute captée dans le lac, Nsengiyumva précise que ce n’est pas chose facile de procéder à son traitement, car elle est très polluée. Et de marteler que le pire arrive quand il pleut, car l’eau contient beaucoup d’impuretés. Les filtres à sable deviennent colmatés. Et Nsengiyumva de souligner que c’est la raison pour laquelle il s’observe quelquefois des coupures d’eau dans les quartiers de la ville de Bujumbura.
Le point de captage de l’eau brute se trouve actuellement à 3500 m sur une profondeur de 25 m par rapport au littoral du lac Tanganyika alors qu’il était à 1800 m ces dernières années. Si rien n’est fait, l’eau brute dont la Regideso a besoin pour approvisionner la ville de Bujumbura sera captée dans les eaux de la République Démocratique du Congo. En conséquence, le coût sera énorme pour s’approvisionner en eau potable. Il demande à la population de bien protéger ces ressources en eau.
Signalons que l’eau occupe 7,8% de la superficie du pays.




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