La culture du coton au Burundi, jadis pilier de l’économie, est en déclin depuis plusieurs décennies. Le faible rendement, le manque d’intrants et un prix dérisoire ont découragé les producteurs. Malgré une légère reprise, les défis restent nombreux. Des mesures de relance sont proposées pour sauver cette filière stratégique.

Le coton qui a été pendant longtemps une deuxième culture d’exportation au Burundi, est aujourd’hui presque disparue.
Pour la campagne 2024-2025, la Compagnie de Gérance du Coton du Burundi (COGERCO) prévoit une production estimée à 1 800 tonnes de coton graine sur 3 000 hectares. C’est ce qu’a fièrement déclaré le directeur général de la compagnie lors d’une visite effectuée par le vice-président et la ministre en charge de l’agriculture. Cette annonce sonne comme un signal fort pour relancer cette culture qui a été pendant longtemps la deuxième culture d’exportation du pays, mais qui est aujourd’hui presque disparue.
L’importance autrefois accordée à la culture du coton se reflétait dans les mesures prises à l’époque pour revaloriser. Dès 1924, une loi obligeait chaque famille à cultiver entre 10 et 15 ares de coton. En 1935, cette obligation passa à 40 ares pour une personne mariée et à 20 ares pour un célibataire.
Une chute libre
Cette culture jouait un rôle majeur dans l’économie nationale, dans la création d’emplois et générait des revenus pour les ménages. Mais au fil du temps, la production n’a cessé de chuter tout comme le nombre de cotonculteurs et la superficie cultivée. De 9 800 hectares en 1993, on est passé à moins de 3 000 hectares aujourd’hui. Le nombre de producteurs, qui dépassait 27 000 en 1993 est tombé à moins de 10 000 en 2020.
Si la production prévue est aujourd’hui de 1 800 tonnes, elle n’était que de 1 010 tonnes sur 2 000 hectares lors de la campagne 2020-2021. En 2022-2023, une production de 1 800 tonnes sur 3 500 hectares était prévue, mais seuls 3 100 hectares ont été exploités, pour une récolte de 1 500 tonnes. Une légère amélioration, certes, mais bien loin des 8 813 tonnes enregistrées en 1993.
Comment en est-on arrivé là?
Selon l’ancien directeur général de la COGERCO, plusieurs facteurs expliquent cette régression, entre autres la chute du prix du coton face aux produits vivriers, les aléas climatiques (inondations, sécheresses), la pression démographique réduisant les terres cultivables et le manque d’intrants agricoles.
A Cibitoke, Ncamubansi, producteur depuis 1964, affirme ne plus trouver d’intérêt à cultiver le coton à cause de son prix dérisoire. Selon ses explications, en 1984, un kilo de coton graine se vendait à 30 FBu, atteignant 120 FBu en 1996 et seulement 1 000 FBu en 2024.Un prix insignifiant au regard des efforts requis pour produire le coton et de la cherté du coût de la vie.
Le manque d’intrants a également affecté la production du coton au Burundi. Ce producteur du coton explique que, contrairement aux cinq pulvérisations habituelles, une seule a été réalisée la saison dernière et trop tardivement pour être efficace. Il déplore que malgré la présence des encadreurs, les doléances des cultivateurs restent sans réponse. Ce qui les décourage.
Des pistes pour relancer le secteur
Pour redynamiser la filière, Mme Vestine Nyandwi, DG de la Cogerco, propose plusieurs mesures: réaffecter des terres à la culture du coton, refinancer la COGERCO pour l’achat d’intrants agricoles, équiper la société en matériel roulant pour améliorer le suivi des producteurs, plaider pour une exonération totale des impôts et taxes et mobiliser les partenaires au développement pour un appui durable.
Rappelons que le gouvernement du Burundi a adopté en octobre 2019 une Stratégie Nationale de redynamisation de la filière coton-textile habillement 2019-2027. L’objet de cette stratégie était de redresser la situation dans ce secteur en se dotant d’une filière cotonnière compétitive, produisant du coton, des produits et des sous-produits de bonne qualité, commercialisables au niveau régional et international.




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