Santé

La dépigmentation artificielle, un véritable danger sanitaire

Le recours à la dépigmentation artificielle de la peau connait une allure inquiétante. Ces derniers jours, les femmes comme les hommes font recours à cette pratique à des fins essentiellement esthétiques. Ils ignorent carrément les dangers liés à l’utilisation des produits dépigmentants. Pourtant, les autorités sanitaires préviennent les effets dévastateurs de cette pratique

La dépigmentation artificielle de la peau consiste à appliquer sur la peau des crèmes et d’autres produits éclaircissants. Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard. L’éclaircissement ou le blanchissement de la peau remonte à la période coloniale. « Le valet cherchait à s’identifier à son patron (le blanc) », précise Dr Elie Mupera, dermatologue.

Les crèmes souvent utilisées pour éclaircir la peau provoquent des dégâts épidermiques énormes.

D’après Dr Mupera, le fait d’avoir un teint apparait comme une force de séduction.  D’autres analystes estiment que c’est la beauté physique qui est recherchée. « Les femmes font recours à la dépigmentation à des fins esthétiques. La peau claire en Afrique reste un critère de beauté majeur. Les femmes avouent s’éclaircir la peau pour être belle, pour plaire », disent les analystes. Par ailleurs, la communauté scientifique alerte sur les dangers liés à l’utilisation des produits éclaircissants. Paradoxalement les usagers et les vendeurs de ces produits ne semblent pas lâcher cette affaire qui devient de plus en plus rentable.

Comment ces produits affectent l’organisme ?

Le dermatologue Mupera explique le mécanisme d’action des produits éclaircissants. La plupart de ces produits sont appliqués directement au contact de la peau, mais aussi il y a d’autres qui sont ingérés sous forme de comprimés ou par voie intraveineuse. Dans ce cas, les effets se produisent de manière intensive.

Les crèmes éclaircissantes attaquent le mélanocyte. La couche de la peau qui loge les cellules mélanocytaires. Ces dernières produisent le pigment responsable de la coloration noirâtre : la mélanine. Les produits éclaircissants détruisent donc les cellules mélanocytaires. Ce qui inhibe la production de la mélanine.

Pour élucider ce phénomène, Dr Mupera fait référence aux albinos. Ils présentent une pathologie héréditaire due à un déficit mélanocytaire. D’où l’absence de la mélanine responsable de la pigmentation de la peau. La mélanine est non seulement responsable de la pigmentation de la peau mais elle nous protège contre les ultraviolets contenus dans le soleil, prévient Dr Mupera. On comprendra pourquoi les albinos sont souvent victimes des coups de soleil qui sont à l’origine des cancers de la peau et de la cécité. Ils utilisent quotidiennement des crèmes écran solaire ou portent des vêtements qui couvrent leur corps pour réduire l’exposition aux rayons solaires.

Les dégâts sont énormes

Au début, les utilisateurs apprécient souvent les premiers effets éclaircissants et « brillants » de la crème sur leur peau. Mais pour faire perdurer ce résultat, ils doivent continuer à appliquer le produit, sans quoi la peau retrouve ses pigments. En conséquence, avec le temps la peau s’irrite, s’affine et devient « marbrée ». Des plaques peuvent également apparaître : « Il y a des rougeurs et on peut facilement voir les veines vertes ».

La dépigmentation artificielle est à l’origine de la diminution voire une disparition de la production de la mélanine. Ce qui conduit dans les cas extrêmes à des cancers, déplore Dr Mupera. Plusieurs études ont démontré que les produits chimiques utilisés en composition des produits dépigmentants sont nocifs et cancérigènes. Chez les peaux noires, 38% des cancers de la peau ont été favorisés par la dépigmentation artificielle. Cette dernière ayant occasionné une destruction des défenses immunitaires expose doublement la peau aux attaques climatiques et au développement des cellules cancéreuses.

Les bactéries uniflores dites normales développent des résistances aux produits. Le sujet dégage de mauvaises odeurs corporelles dues à des mutations génétiques. L’individu se stigmatise et s’en veut à lui-même. Sur le plan psychologique, l’individu adopte un comportement de refus de soi. Il est à noter que les peaux dépigmentées sont sujettes à plusieurs maladies épidermiques et leur cicatrisation reste encore difficile. Chez certaines personnes, la cicatrisation est très lente et compliquée.

Les usagers doivent consulter un médecin

Il n’y a pas de solution miracle pour inverser la tendance. Il faut carrément arrêter.  Dans la mesure du possible, Dr Mupera conseille aux usagers des produits éclaircissants de visiter un cabinet de dermatologue. Celui-ci jugera-en fonction du niveau d’altération du degré de dysfonctionnement de la peau-du remède à appliquer pour rétablir la situation.

Dr Mupera, pense qu’il est temps que les autorités sanitaires se réveillent pour informer la population sur les dangers de ces produits et, dans le cas échéant arrêter leur commercialisation.  Certains pays africains commencent à réglementer le commerce des produits éclaircissants. En 2015, la Côte d’Ivoire a interdit les produits de dépigmentation contenant le mercure, les corticoïdes, la vitamine A ou plus de 2% d’hydroquinone. En Ouganda, la police traque les commerçants des produits de beauté utilisés pour éclaircir la peau. Et selon les médias locaux, plus de 30 tonnes de cosmétiques ont été retirées du marché.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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