Les ministères ayant l’éducation dans leurs attributions en collaboration avec l’UNESCO ont procédé à la validation technique de la politique enseignante au Burundi mardi le 5 novembre 2019. Cette politique vient pour promouvoir la profession enseignante à travers l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant. Le syndicat CONAPES s’en réjouit. Néanmoins, des doutes planent sur sa mise en œuvre
Le gouvernement du Burundi en collaboration avec l’UNESCO a validé techniquement la politique enseignante ce mardi le 5 novembre 2019. Selon Frédéric Bangirinama, secrétaire permanent au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, les membres de l’équipe technique nationale ont d’abord effectué un diagnostic au niveau national. Plusieurs personnalités ont été consultées pour dresser l’état des lieux de la profession enseignante.

Frédéric Bangirinama, secrétaire permanent au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique : « Le secteur de l’éducation est confronté à pas mal de défis »
Plusieurs défis ont été signalés
Sur terrain, Bangirinama indique qu’on a constaté que le système éducatif burundais souffre d’un manque de curriculum holistique articulé depuis l’enseignement de base jusqu’à l’université. Selon Bangirinama, on devrait bâtir les programmes comme une maison en étages où il faut maîtriser la fondation construite et combien d’étages on va ériger au -dessus. Bangirinama fait remarquer que cela demande une bonne planification.
L’autre défi est le manque d’un cadre légal bien élaboré dans un contexte financier contraignant. Les finances sont quelquefois limitées. Ce qui fait que cela pose un problème dans le recrutement de nouveaux enseignants.
Il y a aussi l’exercice du métier d’enseignant confronté à de multiples défis. Au niveau social et économique, l’enseignant a perdu sa dignité suite à ses conditions de vie qui se sont détériorées. A titre d’exemple, on dit que l’enseignant consomme de la bière de banane (Urwarimu). Selon lui, la liste des défis dans ce secteur est longue. Il y a les infrastructures qui ne sont pas suffisantes. Leur qualité aussi laisse à désirer. La plupart des écoles n’ont ni portes ni fenêtres. Les bancs pupitres ne sont pas suffisants suite à la massification des élèves.
Depuis 2005, Bangirinama indique qu’on avait mis tant d’efforts dans la construction des écoles dans tout le pays. Mais, jusqu’à maintenant, il y a des classes qui contiennent plus de 70 élèves. Avec un tel effectif, il est difficile d’avoir un bon rendement. De surcroît, on a constaté que les accompagnateurs ne sont pas bien formés. Leurs cahiers de charge sont diffus. Les inspecteurs, les directeurs et les préfets ne savent pas leurs tâches et leurs fonctions sont quelquefois confondues.
Selon toujours Bangirinama, la carrière enseignante souffre d’un manque de plan de développement évolutif. Si on enseigne en 7ème année, on n’a pas l’espoir de devenir un directeur ou de bénéficier des mêmes avantages que les siens.
Trois axes stratégiques pour la mise en œuvre de cette politique
«Eu égard à ces défis, nous avons proposé trois axes stratégiques qui permettront d’orienter les actions de mise en œuvre de cette politique», indique Bangirinama. Le 1er axe est le renforcement des formations continues et initiales des enseignants afin d’améliorer les compétences et les résultats d’apprentissage. On a besoin que l’Ecole Normale Supérieure (ENS), l’Institut de Pédagogie Appliquée (IPA) et les facultés qui forment les enseignants puissent améliorer leurs offres de formation pour que demain les lauréats de ces facultés soient bien imprégnés de ce qui est enseigné à l’école. Nous voulons qu’il y ait un organe de coordination, de suivi et de planification des formations continues des enseignants au niveau national.
Le 2ème axe est la rationalisation de la gestion des enseignants pour améliorer la productivité, la discipline, le déploiement et la carrière des enseignants. Pour y arriver, il faut agir sur la considération de l’enseignant au niveau social, économique et professionnel. Lui donner les moyens qui lui permettent de s’épanouir et de se développer dans sa carrière pour que, d’ici 10 ans, il puisse bénéficier des acquis de l’expérience.

Le gouvernement du Burundi en collaboration avec l’UNESCO a validé techniquement la politique enseignante ce mardi le 5 novembre 2019
Le 3ème axe est la standardisation des pratiques des enseignants depuis l’école primaire jusqu’à l’université. Cela va passer par les normes de l’exercice de la profession enseignante et par la mise en œuvre d’une déontologie professionnelle qui créerait la responsabilité et la redevabilité pour l’enseignant. Et enfin améliorer la gouvernance en mettant en place des directeurs ou des responsables d’écoles capables d’assumer leur fonction. Il précise qu’il y a des enseignants qui prestent alors qu’ils n’ont pas de qualifications. Néanmoins, il y a un grand nombre de lauréats de l’ENS et de l’IPA qui sont au chômage.
Bangirinama révèle qu’on a proposé qu’il y ait une cartographie qui indique les enseignants dont on dispose chacun selon sa qualification au niveau national. Cette cartographie va dégager les besoins en termes de personnel enseignant province par province. Cela permettra de gérer de manière rationnelle le peu de personnel dont on dispose. Cette politique a pensé aussi à la mise en place des équipements nécessaires pour pouvoir dispenser les cours tel qu’il est recommandé. Ce sont ceux de la section scientifique comme la chimie et la physique pour pouvoir arriver au résultat escompté (on dispense des cours théoriques seulement).
CONAPES doute sur sa mise en oeuvre
Emmanuel Mashandari, président du CONAPES indique que la mise en place de la politique enseignante au Burundi témoigne la volonté du gouvernement de promouvoir la qualité de l’enseignement à travers l’amélioration des conditions de vie et de travail de l’enseignant. Cependant, ce syndicaliste doute de sa mise en œuvre. «Ce n’est pas la première fois qu’une politique pareille soit mise en place même si leurs orientations ne sont pas les mêmes. En 2002, nous avons élaboré et validé un document sur le plan de carrière des enseignants. Nous étions avec l’UNESCO. Malheureusement, ce document a été mis dans les tiroirs», fait savoir Mashandari. Pour cette raison, ses doutes sur la mise œuvre de cette politique planent encore.
CONAPES se réjouit de ce qui a été proposé
Selon Mashandari, on y a même mis des primes et des indemnités qui ne sont pas prévues dans le statut général des fonctionnaires. Ce sont les primes d’éloignement et de craie. «La poudre de la craie que nous utilisons peut être à l’origine de certaines maladies d’après les études faites par certains experts dans la santé. Raison pour laquelle on a pensé à nous accorder une prime de craie», éclaircit-il.
Selon Mashandari, toutes ces innovations montrent qu’on a la volonté d’améliorer les conditions de vie et de travail de l’enseignant pour enfin atteindre l’amélioration de la qualité de l’enseignement.

Emmanuel Mashanadari, président de CONAPES : «J’ai des doutes sur la mise en œuvre de la politique enseignante»
Rendre le métier de l’enseignant attrayant, l’objectif de la politique enseignante
Mashandari informe que la politique enseignante a pour objectif de rendre le métier de l’enseignant attrayant. Aujourd’hui, il indique que l’enseignant qui trouve de l’emploi ailleurs n’hésite pas de quitter le secteur éducatif. Cela montre que les enseignants ne sont pas à l’aise. Il est ravi du fait que dans cette politique on a pensé à la prise en charge des petits enfants des enseignantes. Il y en a celles qui se présentent au travail avec des enfants sur le dos. Selon lui, cette situation constitue un handicap pour leur performance au travail. Si l’enfant pleure, il dérange les élèves. Le pire est que la craie que cette enseignante utilise pour écrire au tableau constitue une menace à la santé de son enfant. Il éprouve un sentiment de satisfaction du fait qu’on a pensé à la mise en place des garderies spécifiques pour ces enfants afin de permettre à ces enseignantes de travailler en toute quiétude.
Les formations continues, une nécessité
De surcroît, la politique enseignante revient sur les formations continues des enseignants. Cela existe déjà dans les textes, note Mashandari. Cependant, ce n’est pas mis en application. Il s’inquiète du fait qu’un enseignant peut passer 30 ans sans toutefois participer à une seule séance de recyclage alors que le monde évolue avec le temps. Pour l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication, Mashandari s’en réjouit aussi. Nonobstant, le grand problème réside au niveau des équipements. Très peu d’écoles disposent d’ordinateurs, de l’internet et de l’électricité. De plus, les enseignants ne sont pas rôdés en la matière. Et de préciser qu’on ne donne que ce qu’on a. Tous ces facteurs montrent que l’objectif visé ne sera pas atteint.
Le secteur éducatif nécessite des primes et indemnités pour motiver le personnel, car il exige beaucoup d’efforts particuliers. Pendant la journée, l’enseignant se trouve entre les 4 murs en train de prester. Lorsqu’il rentre à la maison, il prépare les leçons et corrige les copies. Pour toutes ces raisons, Mashandari signale qu’on aurait du allonger la liste pour rendre le métier plus attrayant. Cela pour éviter que les meilleurs enseignants qui devraient continuer à prester dans le secteur éducatif ne puissent pas aller chercher du travail ailleurs.
Mashandari souligne aussi que la politique enseignante est en cours de validation au moment où le gouvernement a pris d’autres orientations, surtout en matière de calcul des salaires des fonctionnaires. Jusqu’aujourd’hui, il fait savoir qu’on est dans ce qu’on appelle la fonction publique de carrière. Désormais, on veut basculer vers la fonction publique de l’emploi. D’après les orientations des consultants en politique salariale, on ne va pas donner des primes et des indemnités aux fonctionnaires. Elles seront remplacées par le contexte et la complexité du travail. De ces deux politiques, Mashandari se demande laquelle on va appliquer. D’après lui, la politique enseignante va s’ajuster sur la nouvelle politique salariale .Avec toutes ces interrogations et ces défis, le chemin est encore long pour atteindre la qualité de l’enseignement dont on escompte.
La mise en œuvre de cette politique enseignante nécessite un budget de 3 milliards de FBu en 2020. Pour l’année 2021, on a besoin d’un montant de 35 milliards de FBu. Pour l’année 2022, le montant dont on a besoin est également de 35 milliards de FBu.




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