Société

Le charbon, un produit indispensable devenu hors de prix

Le charbon de bois, indispensable pour la cuisson, surtout en milieu urbain est aujourd’hui devenu un véritable produit de luxe. Entre raréfaction des forêts, pénurie de carburant et absence de stratégie claire, sa flambée complique davantage la vie des ménages déjà éprouvés par l’augmentation généralisée des prix des produits de première nécessité. Face à cette situation, les solutions alternatives peinent à s’imposer malgré leurs avantages économiques et environnementaux.

Le charbon de bois, indispensable pour la cuisson, surtout en milieu urbain est aujourd’hui devenu un véritable produit de luxe.

 

« Aujourd’hui, avoir de quoi préparer ne suffit plus, un autre stress t’attend: l’achat du charbon de bois. C’est étonnant. Son prix tend à dépasser celui des aliments », témoigne Jeanne Munezero, résidant à Kanyosha. Elle explique qu’il lui faut désormais dépenser entre 8.000 et 10.000 FBu par jour pour s’en procurer. Un montant qu’elle juge exorbitant au regard des autres charges quotidiennes.

Comme elle le raconte, il n’y a pas si longtemps, elle achetait un sac de charbon à 60.000 FBu qu’elle pouvait gérer pendant un mois et quelques jours. Aujourd’hui, ce même sac se négocie entre 150.000 et 180.000 FBu. Un demi sac de charbon qui était à 30.000 FBu, il y a de cela 2 ans s’achètent aujourd’hui entre 80.000 FBu et 90.000 FBu.  Des prix qu’elle ne peut plus assumer compte tenu de la cherté des autres besoins essentiels. Elle a donc décidé d’acheter le charbon chaque jour. Une alternative qui n’est pas confortable non plus.

Cette flambée ne concerne pas uniquement la ville de Bujumbura. Ceux qui voyagent vers l’intérieur du pays le constatent aisément. Le long des routes nationales reliant la capitale économique aux provinces, les points de vente du charbon de bois, autrefois bien fournis, sont désormais presque vides. Et même lorsqu’on en trouve, les prix sont si élevés qu’il n’est plus nécessaire de se donner la peine de transporter des sacs vers Bujumbura : les tarifs sont quasiment identiques à ceux pratiqués en ville.

Plusieurs facteurs expliquent cette hausse

La déforestation est parmi les principales causes de cette cherté du charbon de bois. Les forêts burundaises s’épuisent dans de nombreuses régions. Avec raison, car le bois n’est pas seulement utilisé pour le charbon ou le chauffage. Il est également sollicité dans la menuiserie, l’agriculture, la construction et bien d’autres secteurs. Avec une pression démographique croissante, la demande explose alors que les périmètres forestiers se réduisent jour après jour.

A cela s’ajoute la pénurie du carburant. La majorité du charbon de bois provient de l’intérieur du pays et doit être transporté par des camions qui consomment du mazout en grande quantité. Or, en cette période de pénurie du carburant, les coûts du transport augmentent considérablement et se répercutent directement sur le prix final payé par le consommateur.

Quelles alternatives possibles ?

Le bilan énergétique du Burundi montre que le bois contribue à 95 % aux besoins en énergie de la population. Depuis longtemps, les environnementalistes alertent sur les dangers de cette dépendance excessive. Des alternatives ont pourtant été proposées. Des projets de fabrication de différentes sortes de briquettes ont été lancés. Celles-ci ont été présentées comme une solution innovante, avec des avantages tant pour l’économie des ménages que pour l’environnement. On aurait pu croire à une adoption massive, mais ces initiatives restent marginales. De même, plusieurs modèles de brasiers économiques et écologiques ont été introduits, mais leur utilisation demeure limitée.

Le gouvernement du Burundi, de son côté, a introduit depuis la loi budgétaire 2019-2020 une mesure exonérant le gaz des droits et taxes de douane dans l’espoir de stimuler son usage. Pourtant, dix-sept ans plus tard, rares sont les ménages qui utilisent le gaz pour la cuisson. Aucune politique stricte n’a été mise en place pour en promouvoir l’utilisation. Ceux qui l’ont adopté témoignent pourtant que son coût est largement inférieur à celui du charbon de bois.

Dans une analyse publiée en avril dernier, Faustin Ndikumana de PARCEM a dénoncé un manque criant de vision stratégique dans le secteur de l’énergie. Selon lui, il n’existe aucune stratégie nationale permettant d’anticiper les besoins énergétiques. Selon toujours lui, cette lacune compromet sérieusement les ambitions de développement économique du pays.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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