Développement

Le crédit warrantage à la rescousse des producteurs agricoles

Le gaspillage des récoltes, l’endettement usurier, l’insécurité alimentaire, … tels sont les défis auxquels pallie le crédit warrantage. Plus de 10 000 producteurs agricoles ont déjà profité du warrantage. Ce produit financier offre l’opportunité aux producteurs agricoles de mettre en garantie leurs stocks pour avoir accès au crédit à des taux faibles. Bref, le crédit warrantage sort de l’impasse les producteurs agricoles

Le crédit warrantage permet aux petits producteurs agricoles de différer la vente de leur récolte ou marchandise. Ce qui leur permet d’avoir de la liquidité pour une nouvelle saison.

Le secteur de microfinance innove en apportant des produits financiers de plus en plus adaptés aux petits producteurs agricoles. L’un de ces produits est le crédit warrantage. La semaine précédente, la rédaction de Burundi Eco est revenue sur les avantages du crédit solidaire. Dans les lignes qui suivent, votre hebdomadaire socio-économique vous amène à la découverte du crédit warrantage, son importance et surtout les conditions d’octroi de ce crédit si bénéfique pour organisations paysannes.

Pourquoi le crédit warrantage ? 

D’après les informations fournies par le bulletin ZAMUKA (bulletin d’analyse et d’information sur la microfinance), les producteurs agricoles ont tendance à gaspiller les récoltes. L’autre constat est que le secteur agricole est sous-financé par les banques commerciales et les institutions de microfinance à cause des risques que présentent le secteur agricole. Ce sont notamment les difficultés de stockage, les fluctuations des marchés, les aléas climatiques ainsi que l’absence d’une règlementation en matière de déclaration des sinistres dans le secteur agricole, énumère Zamuka.

En conséquence, les petits producteurs agricoles se retrouvent piégés dans le cercle vicieux de la pauvreté. Les moyens leur manquent pour financer les intrants (engrais, semences), la main d’œuvre, etc. au début de la campagne agricole. De surcroît, ils manquent cruellement des moyens pour faire face aux dépenses familiales courantes ou imprévues (frais de scolarisation, maladies, cérémonies etc.). Cela suppose des crédits informels octroyés à des conditions usurières et dont le remboursement se fait le plus souvent en nature. Dans ces conditions, il devient difficile voire impossible d’investir dans les activités génératrices de revenus (AGR) tels que le maraîchage et les activités de transformation, déplore Zamuka.

Parallèlement, l’insécurité alimentaire en zone rurale est aggravée pendant la période de soudure, en attendant la nouvelle récolte. Ainsi, le warrantage offre l’opportunité aux producteurs agricoles d’accéder au crédit pour financer leurs activités et différer la vente des produits récoltés au moment où les prix sont rémunérateurs, révèle ZAMUKA.

Conditions d’accès au warrantage

La réussite du système warrantage dépend de la fiabilité de l’entrepôt. C’est pourquoi l’entreposeur doit veiller au respect des bonnes conditions d’entreposage. La rédaction de Zamuka a approché une des coopératives des producteurs agricoles de la province Muyinga qui pratiquent le warrantage. Il s’agit de la coopérative « TUZIGANIRIZE KAZOZA » de la colline Karongwe en commune Buhinyuza en province de Muyinga qui est constituée de 960 membres. Le gros des produits en stock est constitué par le riz blanc.

Le déposant dispose d’un carnet en deux copies pour permettre une bonne identification du stock. Le carnet comporte l’identification du déposant, la date de dépôt, la nature du produit, la quantité stockée ou déstockée, la quantité restante ainsi que la signature du déposant, a révélé M. Crescent Mbonigaba, président de la coopérative « TUZIGANIRIZE KAZOZA ».

En plus de l’identification du stock, l’entreposeur doit veiller à la vérification régulière des conditions d’entreposage (protection contre les rongeurs, l’humidité, les champignons). La vente interviendra après une période de stockage de quatre mois. Les clients des coopératives sont principalement les organisations internationales dont le Programme Alimentaire Mondial (Pam) et les Organisations Non Gouvernementales (ONG) ainsi que les grossistes des produits alimentaires au niveau local.

Grâce au crédit agricole, les agriculteurs ont la possibilité de mécaniser l’agriculture

La mise en garantie des stocks

Les produits agricoles stockés par les membres de la coopérative « TUZIGANIRIZE KAZOZA » servent de garantie pour accéder au crédit octroyé par UCODE Microfinance. Cette coopérative a déjà bénéficié de quatre crédits de la part d’UCODE.  Le montant du crédit augmente de cycles en cycle. Le volume du premier crédit octroyé à la coopérative était de 5 000 000 de FBu, 10 000 000 de FBu pour le deuxième, 30 000 000 de FBu pour le troisième crédit et 64 000 000 de FBu pour le quatrième crédit. Le crédit est accordé à la coopérative « TUZIGANIRIZE KAZOZA » puis distribué aux membres de la coopérative en fonction des besoins de chacun et de la quantité des produits mis en gage. Mbonigaba précise que tous les crédits ont été remboursés sans difficultés. Le taux d’intérêt appliqué pour le crédit warrantage est de 1,5% par mois, lit-on dans Zamuka.

Six IMFs pratiquent le warrantage

D’après Zamuka, six institutions de microfinance Burundaises ont déjà intégré le warrantage dans leurs opérations avec l’appui de ICCO Coopération. Il s’agit de la Caisse Coopérative d’Epargne et de Crédit Mutuel (CECM), de Twitezimbere Microfinance, d’Ishaka Microfinance, UCODE Microfinance, Women’s Initiative for Self Empowerment (WISE) et de la Fédération Nationale des Coopératives d’Epargne et de Crédit du Burundi (FENACOBU).

En 2017, le portefeuille du crédit affecté au warrantage par ces six institutions (hormis la FENACOBU) est estimé à 2 538 708 076 de FBu, soit 1 020 500 000 de FBu pour l’UCODE Microfinance, 32 900 000 de FBu pour WISE, 1 406 126 061 de FBu pour la CECM, 18 630 000 de FBu pour Ishaka microfinance et 60 558 015 de FBu pour Twitezimbere Microfinance. A la même période, le total des stocks warrantés (maïs, haricot, riz, arachides, etc.) était estimé à 2 745 925 kg tandis que le nombre de bénéficiaires des crédits étaient estimé à 10 604, soit 5831 hommes et 4 773 femmes, lit-on dans les colonnes de Zamuka.

Le part du crédit warrantage reste faible

Selon les indicateurs en microfinance collectés par le RIM au sein des mêmes IMFs, au 31 décembre 2017, le total du crédit orientés vers les différents secteurs d’activité (agri-élevage, commerce artisanat, social, habitat et autres) était estimé à 71 978 653 076 FBu.  Ceci dit, pour ces IMFs, le crédit warrantage représente 2,7% de leurs opérations.

Par rapport au montant total des crédits octroyés par toutes les IMFs agréées par la Banque centrale au 31 décembre 2017 qui s’élève à 168 010 947 972 de FBu à la même période, le crédit warrantage représente 1,5%.  La place du crédit warrantage reste faible par rapport au nombre d’institutions de microfinance qui ont intégré ce produit dans leurs opérations et par rapport au volume du crédit que les institutions de microfinance y affectent. Par contre, une étude réalisée en 2012 citée par Zamuka révèle que le système du warrantage a connu une évolution de plus de 300%. Les crédits octroyés sous forme de warrantage ont atteint 661 millions de FBu à cette période, rapporte Zamuka.

Les dividendes du warrantage

Les crédits warrantage servent notamment à l’achat des intrants agricoles à la subvention aux divers besoins des ménages durant la période sépare la récolte et la vente des produits, précise Zamuka. Les témoignages des bénéficiaires du crédit warrantage affirment que le warrantage a permis de contourner la pratique de l’usure pour les petits producteurs agricoles. Grâce au warrantage, les agriculteurs ont pu diversifier leurs sources de revenus. Ce produit financier a permis de réduire la consommation immédiate de la production. Après la vente des produits stockés, les warrants ont réalisé des dépenses orientées essentiellement vers la scolarisation des enfants et l’achat des intrants. Il est à noter que le warrantage contribue à l’augmentation du niveau de l’inclusion financière, car les bénéficiaires sont connectés à une IMF par le biais de leurs coopératives.

A propos de l'auteur

Benjamin Kuriyo.

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