Le Burundi a des ressources naturelles dont l’exploitation pourrait contribuer au développement de notre pays. Néanmoins, c’est très risquant de faire reposer une économie du pays sur ses ressources naturelles, car elles sont imprévisibles. Dr Janvier Désiré Nkurunziza suggère le développement d’autres secteurs susceptibles de financer l’économie nationale entre autres le tourisme, les exportations et les Investissements Directs Etrangers (IDE)
« Même si les ressources naturelles contribuent énormément au développement de notre pays, le Burundi ne doit pas trop compter sur les ressources naturelles pour se développer », explique Dr Janvier Désiré Nkurunziza. Les principales ressources naturelles dont dispose le Burundi sont d’ordre agricole, minier et énergétique. Malheureusement, elles ne constituent que des potentiels, car elles ne sont pas exploitées. Par conséquent, le Burundi n’en profite pas.
Le Burundi dispose d’une terre fertile, mais trop petite (0.5%/ha par ménage) et la production agricole ne couvre que 65% des besoins alimentaires, le reste étant importé. Pour augmenter sa production, Dr Nkurunziza a suggéré entre autres l’irrigation des champs, l’utilisation des engrais et des semences sélectionnées. Le Burundi peut également se servir du secteur minier pour booster les exportations. Le sous-sol burundais est riche en minerais. Ces derniers sont présents un peu partout sur le territoire burundais. Malheureusement, le pays n’en profite pas, car juste quelques minerais sont exploités. «Avoir un potentiel ne signifie rien quand on ne peut pas en profiter. Il faut passer du potentiel à l’exploitation», explique-t-il. Selon cet expert, même si les ressources naturelles peuvent contribuer au développement de notre pays, le Burundi ne doit pas bâtir son économie sur ces dernières. Le financement du développement du pays doit provenir de plusieurs sources.

Dr Janvier Désiré Nkurunziza, expert économiste : « Il ne faut pas trop dépendre ou bâtir le développement du pays sur les ressources naturelles ».
Pourquoi ne pas trop dépendre des ressources naturelles ?
« Il ne faut pas trop dépendre ou bâtir le développement du pays sur les ressources naturelles », explique-t-il. Car nos pays ne contrôlent pas les prix des ressources naturelles sur le marché. Les prix des ressources naturelles sont fixés au niveau international. Cela fait que s’il arrive qu’un problème frappe ce produit, alors que c’est sur ce produit qu’est construit l’économie d’un pays, celle-ci en souffre. De même, les pays qui dépendent des ressources naturelles ont du mal à planifier leur développement. « Si on dépend d’un produit dont on ne contrôle pas le prix, et si vos ressources dépendent de ce produit, c’est difficile de planifier », explique-t-il.
Malheureusement, beaucoup de pays y compris le Burundi ont des ressources naturelles qui représentent plus de 80% du total de leurs exportations. Cela les met de plus en plus sous la dépendance vis-à-vis des ressources naturelles. Selon les données de la BRB, les exportations du Burundi au cours de l’année 2020 ne portent que sur trois principales ressources naturelles. L’or qui représente 50.97 % des exportations, le café 24.71%, le thé 11.97 %. Les exportations du Burundi sont très concentrées sur un seul produit (l’or) qui représente plus de la moitié de toutes les exportations. Le Nigeria exportait en 1965 neuf produits. Mais en 2020 il n’exportait que 2 produits dont le pétrole brut en grande partie. Il est ainsi passé de l’économie diversifiée à une économie concentrée sur un seul produit. Quand le prix du pétrole chute sur le marché international c’est l’économie du Nigeria qui chute également. Pour pallier à ces défis, cet expert suggère la diversification des produits à exporter.
Les exportations, une source des devises
La capacité du Burundi à financer les importations par les exportations ne cesse de se dégrader au fur du temps. Pourtant, les exportations devraient être la source principale des devises dans n’importe quel pays. Pour booster les exportations, cet expert propose la diversification de l’économie, car les exportations proviennent de l’économie. Ce long chemin vers le développement ne laisse pas de côté le développement du secteur industriel. Ce secteur exige la mise en place des infrastructures de base comme l’électricité. Un exportateur doit également bénéficier d’un taux de change qui est stable. Il faut qu’il ait accès aux devises à un prix (taux de change) prévisible pour importer les matières premières sans problèmes.
La création des institutions chargées de promouvoir les exportations est une nécessité. Ces institutions pourraient aider à connaître les marchés, à identifier les besoins, à assister les gens de l’intérieur du pays dans l’interaction avec les marchés d’exportations et leur fournir des ressources nécessaires pour faire leur travail. Ces institutions aident également les exportateurs potentiels à identifier les bonnes opportunités.
Le développement du tourisme
Le Burundi dispose des atouts dans le secteur touristique. Sa culture (tambour, danses, etc) et son relief (paysage, montagne, lacs, etc) sont susceptibles d’attirer les touristes et de développer ainsi l’économie du pays. Le Burundi est situé dans une région hautement touristique. Son alignement sur la région pourrait lui servir d’atout pour profiter des touristes qui viennent visiter d’autres pays de la région. Malheureusement, le Burundi profite peu de ce secteur.

Le Burundi est situé dans une région hautement touristique. Son alignement sur la région pourrait lui servir d’atout pour profiter des touristes qui viennent visiter d’autres pays de la région.
L’adoption du visa touristique unique par le Burundi pourrait également lui servir d’atout. Les autres pays de l’East African Community (EAC) ont adopté le visa touristique unique sauf la Tanzanie et le Burundi. Selon Dr Nkurunziza, le Burundi doit identifier ses propres intérêts. La Tanzanie n’a pas besoin des touristes au même titre que le Burundi, car il a ses propres touristes qui y vont chaque année. En adoptant le visa touristique unique, le Burundi aurait le privilège de profiter des touristes qui viennent visiter d’autres pays de l’EAC. Ceux-ci pourraient passer au Burundi et y laisser quelques devises. « Mais personne ne se donnera la peine de chercher un visa pour chaque pays. Encore moins un pays qui n’a rien d’attractif », fait-il savoir.
Les Investissements Directs Etrangers encore timide
Aucun pays ne peut se développer sans les Investissements Directs Etrangers (IDE), encore moins le Burundi. Les IDE présentent des atouts qui sont au-delà de l’argent que les investisseurs proposent. Ils viennent avec un savoir-faire dont le Burundi ne dispose pas, mais dont il a certainement besoin. Le Burundi pourrait en profiter pour acquérir des modes de gestion modernes dont il ne dispose pas encore, mais qui viennent avec les IDE.
Pour ce qui est des investissements, le Burundi est à la traine par rapport aux autres pays de la région. Les IDE sont presque nuls au Burundi. Son taux d’investissement est bas par rapport à ceux d’autres pays de l’EAC. Depuis 1990, la moyenne du taux d’investissement est de 11.7 pour le Burundi, 15 pour le Kenya, 16 pour le Rwanda, 28.3 pour la Tanzanie et 17.4 pour l’Ouganda. Cela veut dire que c’est un pays qui n’attire que peu d’investisseurs, se privant ainsi de cette importante source de financement.
Pour booster les IDE, le Burundi doit se doter d’infrastructures adéquates entre autres, l’électricité. Il faut que les investisseurs trouvent un champ favorable à leur investissement car, dit-il, les investisseurs ne viennent pas en aventuriers. Ils se renseignent avant d’aller investir dans un pays. Il faut également créer ou renforcer les institutions chargées des IDE et préparer des projets à soumettre aux investisseurs étrangers. Il faut qu’il y ait des institutions qui préparent des projets bancables qui vont faciliter la décision des investisseurs à venir ou à ne pas venir investir. Il faut également créer un cadre macroéconomique stable, encourager les liens entre investisseurs nationaux et investisseurs. Il faut qu’ils travaillent ensemble pour que ces investisseurs nationaux puissent bénéficier de l’expérience des investisseurs étrangers.
La coopération internationale est aussi l’une des sources majeures de financement pour les pays en développement et le Burundi en a besoin. Historiquement, la coopération internationale est la plus importante source des ressources extérieures. Le Burundi dépend beaucoup plus de l’aide au développement que la moyenne africaine. Le Burundi devrait adopter des stratégies pour profiter de l’Aide Publique au Développement au maximum. Et cela en alignant les préférences des donateurs à celles du pays et en améliorer la transparence dans la gestion.




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