Beaucoup des pays africains se sont développés grâce à l’industrie. Au Burundi, l’industrie est toujours au stade embryonnaire. Lors du panel qui a clôturé la 3ème édition du salon industriel, les participants ont évoqué la problématique de l’industrie et les solutions pour la faire progresser. Ils ont proposé la tenue des états généraux de l’industrie pour passer en revue les besoins en matière d’industrialisation

Selon les panélistes, l’organisation des états généraux de l’industrie est une nécessité pour voir comment rentabiliser le secteur.
Le Burundi regorge de potentialités pour développer son industrie et, partant, relever son économie. Cela ressort du 3ème panel qui a clôturé le salon industriel.
Hon. Olivier Suguru, président de l’Association des Industriels du Burundi (AIB) se réfère à la révolution industrielle du 14ème siècle.
« Notre économie est fondée sur l’agriculture. Elle peut donc passer à une économie reposant sur la production mécanisée des biens manufacturés comme cela s’est passé au 14ème siècle», explique-t-il avant de signaler que le développement industriel est le premier atout pour la création de l’emploi.
Christian Nibasumba, représentant pays de TradeMark East Africa au Burundi rassure que le pays a des potentialités pour développer l’industrie.
« D’abord, le pays dispose d’une population jeune en âge de travailler. Ensuite, il a une bonne pluviométrie, soit 8 à 9 mois de pluie sur les 12 mois qui forment l’année. Ce qui permet de produire sur toute l’année », indique M.Nibasumba avant de signaler que la position géographique du Burundi est, par ailleurs, stratégique.
Selon lui, le Burundi est connecté directement à trois communautés régionales, à savoir : la Communauté Est Africaine (EAC), le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA) et le Marché Commun de l’Afrique Australe (SADC). Ce qui constitue un grand marché pour le pays.
La liaison à ces communautés, continue-t-il, favorise la libre circulation des biens, des services et des capitaux. « Dans cette logique, on a plus à gagner qu’à perdre », témoigne M.Nibasumba.
Chrysologue Mutwa, directeur général du commerce au ministère du Commerce, des Transports, de l’Industrie et du Tourisme affirme que sans l’industrialisation, le développement n’est pas possible. Cependant, tranquillise-t-il, son développement est possible pour notre gouvernement qui encourage l’évolution industrielle.
« Maintenant, le gouvernement a déjà mis en place la politique nationale d’industrialisation et la stratégie nationale d’industrialisation », annonce-t-il.
Une industrie qui fait face à des défis
Selon Denis Nshimirimana, secrétaire général de la Chambre Fédérale de Commerce et d’Industrie du Burundi (CFCIB), la balance commerciale du Burundi est déficitaire. Les importations priment sur les exportations. Nous devons investir dans les exportations pour générer les devises et faire face à leur rareté. « Nous vivons dans un pays où plus de 90% de la population sont des agri-éleveurs. Par ailleurs, depuis 1960, nous nous sommes focalisés sur l’exportation des matières premières brutes », explique M.Nshimirimana.
Or, explique-t-il, si on compare l’apport en devises d’une quantité de matière brute exportée et de la même quantité de cette matière exportée après transformation, ledit apport peut être multiplié par quatre.
D’après le rapport de la Banque de la République du Burundi (BRB) du premier trimestre sur la politique monétaire, le déficit de la balance commerciale des biens s’est aggravé au premier trimestre 2020 par rapport au même trimestre de 2019, s’établissant à -385.663,4 contre -328.318,8 MBIF, en liaison avec l’augmentation des importations CIF (433.016,8 contre 397.107,9 MBIF), associée à la diminution des exportations CIF (47.353,4 contre 68.789,1 MBIF). Le taux de couverture des importations par les exportations s’est établi à 10,9 contre 17,3%.
Evidemment, reconnait Hon.Suguru, les défis en matière d’industrialisation ne manquent pas. Ce sont notamment le manque de vision des entreprises (difficile pour les entreprises de partager les visions et les expériences), le manque de mains d’œuvre qualifiée. Il témoigne que la plupart des politiques africaines n’accompagnent pas le secteur privé et sont souvent dans des crises politiques à répétition. Ce qui n’avantage pas l’implémentation des industries. Le manque de financements est aussi un grand défi pour l’industrialisation, estime le président de l’AIB. Il rappelle que les banques sont réticentes à financer le secteur agro-alimentaire ; bref à octroyer des crédits sur le long terme.
Hon.Suguru déplore l’insuffisance des infrastructures de base comme l’électricité et l’eau sans oublier la non viabilisation des nouvelles zones industrielles.
M.Nshimirimana revient sur la problématique de ne pas se regrouper dans des associations de 5 à 8 personnes pour élaborer des projets colossaux allant des millions aux milliards d’USD. Pourtant, certifie-t-il, on ne pourra pas être compétitif avec une entreprise qui produit plus de 500 mille articles par jour, alors qu’on produit 20 articles par jour.
«Par ailleurs, l’environnement légal et réglementaire n’est pas assaini. Un crédit à un taux d’intérêt de 15 à 18% ne peut pas donner un bon produit», déplore le secrétaire général de la CFCIB. Le gouvernement devrait, estime-t-il, octroyer des prêts préférentiels, soit 5% sur l’impôt sur le revenu aux entreprises ayant par exemple 500 employés, réduire pour les entreprises qui produisent plus la facture de l’électricité.
On ne peut pas passer outre le développement du Bureau Burundais de Normalisation (BBN) qui certifie les produits à exporter. Actuellement, certifie-t-il, cette institution souffre du manque de ressources humaines et d’équipements.
« Sans oublier la mise en place d’un fonds de stabilisation », martèle-t-il.
Chrysologue Mutwa, directeur général du commerce reconnait les taux d’intérêts élevés sur les crédits. Il invoque également le problème des infrastructures sous-développées ou en état de vieillesse et l’enseignement de base qui fait toujours défaut (insuffisance de techniciens qualifiés).
Stany Ngendakumana, directeur de la communication et des services aux contribuables à l’Office Burundais des Recettes (OBR) regrette que les jeunes entrepreneurs aient peur de promouvoir leurs produits croyant pouvoir exposer leurs technologies. « C’est aussi de cette façon qu’ils estiment pouvoir contourner le fisc. Pourtant, on ne peut en aucun cas émerger si on ne se conforme pas à la fiscalité », apprend-t-on de lui.
Désiré Musharitse, directeur de l’Agence de Promotion des Investissements (API) s’inquiète que les unités industrielles qui naissent peuvent ne pas tenir compte de la compétitivité au sein de la sous-région. Ce qui peut causer leur décès à la naissance.
Du secteur primaire au secteur industriel
Les 90% d’agriculteurs burundais doivent être intégrés dans le secteur industriel. « Un nombre important d’associations et de coopératives agricoles est encadré par les industriels », fait remarquer Hon.Suguru, président de l’AIB. Cet opérateur économique invite les industriels à rentabiliser la chaîne de valeur, surtout que les agriculteurs constituent une main d’œuvre moins chère et presque gratuite.

Le Burundi regorge de potentialités pour développer son industrie et, partant, relever son économie : la production agricole, le sol riche en minerais…
Raisonnant dans ce sens, M.Nshimirimana, explique qu’il faut connecter les agriculteurs avec les institutions de recherche agricole pour mettre à disposition des semences sélectionnées. Et de renchérir : « Nous devons travailler dans une logique qui nous montre la quantité de production des coopératives qui approvisionne chaque jour telle ou telle autre industrie ».
Ce cadre de la CFCIB soutient la politique d’irrigation. Cela parce que le pays est riche en eau.
L’environnement doit être protégé
Hon.Suguru encourage les industriels à mettre en place des systèmes de gestion des déchets pour les générations futures.
« Imaginez-vous si vous polluez le lac Tanganyika ! Ce sont tant de richesses que vous mettez en danger. Environ 350 espèces qui vivent dans ce lac, une potentialité pour le tourisme même. Les différentes sortes de poissons peuvent être protégées et exportées. Ce qui peut générer des devises au pays», déclare Hon. Dr. Peter Mutuku Mathuki, directeur exécutif d’East African Business Council (EABC).
Un climat défavorable aux Investissements Directs Etrangers (IDEs)
Dans un article publié par Burundi Eco au mois d’octobre dernier intitulé « Pourquoi le Burundi peine-t-il à attirer les investisseurs étrangers », des efforts considérables pour assainir le climat des affaires s’avèrent une nécessité.
Ainsi, depuis la crise socio-politique de 2015, les investissements directs étrangers sont passés de 47 millions USD en 2014 à 7 millions USD en 2015.
L’article stipule que la dépréciation de la monnaie burundaise par rapport aux devises étrangères réduit la confiance des investisseurs.
La régression de la croissance économique (- 3,9 %) suite à la crise de 2015 a découragé les investisseurs qui ont peur d’investir dans le pays. Le système fiscal burundais avec un taux d’imposition particulièrement élevé, très défavorable aux entreprises privées est pointé du doigt parmi les causes bloquant les Investissements Directs Etrangers (IDEs).
De plus, la diminution des réserves en devises est récurrente (les réserves officielles s’établissent à 59,3 contre 73,6 millions USD. Elles ont diminué de 19,4% par rapport au trimestre précédent, cfr le rapport du premier trimestre sur la politique monétaire de la Banque centrale) et le taux d’inflation continue à augmenter.
Ce n’est pas aussi rassurant de rapatrier les capitaux pour les investisseurs étrangers. Ceux-ci doivent convertir la monnaie locale en devises étrangères.
Pour attirer les IDEs, les experts recommandent à la consolidation de la paix, la stabilité politique, l’amélioration de la compétitivité et de l’exploitation des potentialités dans les secteurs des services, touristique, minier, agricole et manufacturier.
Tous les panélistes ( le président de l’AIB, le représentant du ministère du Commerce, du Transport, de l’Industrie et du Tourisme, le secrétaire général de la CFCIB, le CEO de l’AEBC et le représentant pays de TradeMark East Africa au Burundi) ont conclu sur la nécessité d’organiser les états généraux de l’industrie afin de voir comment rentabiliser le secteur.




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