Même si le café est l’une des cultures qui font vivre pas mal de ménages des collines Nyarurama et Musema de la commune Butanganzwa dans la province de Kayanza, les caféiculteurs font face à beaucoup de défis. Le premier qui est mis en exergue est la rémunération qui est très inférieure au coût de production au regard des conditions exigées pour récolter le café en quantité et en qualité suffisantes.

Mélance Nduwimana, habitant la colline Nyarurama en commune Butaganzwa : « La rémunération de 500 FBu par kg de café cerise est décourageante»
La production du café est un travail très exigeant en termes de temps et de main d’œuvre, plus particulièrement lors du paillage, du sarclage, de la taille et de la récolte, indique Mélance Nduwimana, habitant la colline Nyarurama en commune Butaganzwa. Il utilise les feuilles de bananiers et les autres débris végétaux pour le paillage de sa plantation de1500 pieds de caféiers. De plus, il effectue la pulvérisation pour lutter contre la punaise. Selon toujours Nduwimana, l’entretien des caféiers est un travail de tous les jours dans l’optique de produire le café en quantité et en qualité suffisantes.
La rémunération de 500 FBu par kg de café cerise est décourageante

Mme Sophie Bivugire rencontrée à la colline Musema : «Nous travaillons à perte»
Néanmoins, la rémunération de 500 FBu par kg de café cerise est décourageante. Elle ne correspond plus aux efforts fournis, s’inquiète-t-il. Actuellement, il fait savoir que beaucoup d’agriculteurs, particulièrement les jeunes ont abandonné la filière café car ils ont été démotivés par le prix au regard des conditions exigées pour produire le café cerise en quantité suffisante. Ils se sont lancés dans la production d’autres cultures telles que les pommes de terre, les oignons… Il précise que ceux qui profitent de la commercialisation du café sont le gouvernement et le personnel des associations qui œuvrent dans ce secteur. C’est pour eux une vache laitière alors que le petit paysan est en train de souffrir. A titre d’exemple, la commune prélève 11% sur toute la quantité de café vendue
Le café contribue à l’amélioration des conditions de vie des ménages
Pendant la campagne de récolte du café cerise, pas mal d’opérateurs économiques sillonnent les collines de la commune Butaganzwa pour acheter le café cerise aux caféiculteurs qui sont dans un besoin urgent de moyens financiers pour subvenir à leurs besoins vitaux. A la colline Nyarurama, il y avait sept balances lors de la récente campagne. Cela a des effets négatifs sur les caféiculteurs réunis au sein des coopératives qui attendent le payement de tout le café vendu aux mois de mai et d’août de chaque année. Selon toujours lui, même le paiement de la fameuse rémunération n’est pas régulier. Ce qui pousse certains caféiculteurs à recourir à l’usure (Umurwazo), car ils n’ont aucune autre source de revenus. Ils vendent à 400 FBu les tickets sur lesquels est enregistrée toute la quantité de café cerise à ceux qui ont les moyens financiers. Malgré tout cela, Mélance Nduwimana fait remarquer qu’il prend en charge sa famille. Il a sept enfants dont trois filles et quatre garçons. Il paie les frais scolaires à ses deux enfants qui étudient dans les écoles privées à Bukeye et à Kayanza. Il a également acheté une propriété de 2 ha à 2 500 000 FBu en 2008. A cette période, il avait produit 4 tonnes et 170 kg de café cerise.
La récolte des cerises, un travail long et délicat
Selon Geneviève Ndayishimiye, caféiculteur à la colline Nyarurama, la récolte des cerises de café est essentiellement manuelle. Elle est déterminante pour la qualité future du grain. Le paillage, le sarclage, la pulvérisation, la taille, l’étêtage et la récolte se font à la main. Les cueilleurs ne prélèvent que les cerises arrivées à pleine maturité. Ce travail, long et délicat est fait à la main beaucoup de fois, car les fruits ne sont jamais mûrs en même temps (jusqu’à 5 passages par récolte). Au -delà de 5% de cerises vertes, la qualité du café obtenue est altérée. Elle devient plus amère. De plus, pour éviter le mauvais goût, les cerises doivent être traitées immédiatement, au maximum 6 heures après la cueillette.
Néanmoins, 500 FBu par kg de café cerise est énervant lorsqu’on pense à tout le travail qui doit être accompli pour avoir ce produit qui est considéré comme de l’or. Ça demande un capital consistant. Elle fait remarquer qu’elle a une plantation de 1200 pieds de caféiers et que l’entretenir n’est pas une chose facile. Par contre, elle a acheté une propriété à 1 500 000 FBu. Elle prend en charge cinq enfants. Elle paie 150 000 FBu de frais scolaires par trimestre à l’un d’eux qui étudie à Bukeye. N’eut été le café, il ne lui serait pas facile de le faire. Elle demande au gouvernement de revoir à la hausse le prix du café cerise par kg pour motiver les caféiculteurs. Sinon, il y a risque d’abandonner ce secteur, car à l’impossible nul n’est tenu.
Heureusement que le café n’est pas « cuisinable » et «comestible».

Les membres de la Coopérative de Développement de Musema en train de faire le tamisage du café
Produire un café de qualité n’est pas un travail facile, indique Mme Sophie Bivugire rencontrée à la colline Musema. On a besoin du paillis, des engrais et de la fumure organique. Tous ces intrants ne sont pas gratuits, certifie-t-elle. Au lieu de tenir compte des dépenses enregistrées du début jusqu’à la fin de la production du café cerise, l’Etat nous impose le prix. C’est dommage. Un tas de paillis de 500 FBu est utilisé pour un seul pied de caféier. Pour celui qui a 2000 pieds, le coût du paillis est d’un million de FBu. Lors de la récolte, elle fait remarquer qu’elle cherche une main d’œuvre qui a aussi besoin d’être rémunéré pour accomplir ce travail. Où est-ce qu’on va tirer ce montant ? Nous travaillons à perte. Le fait que nous continuons à cultiver le café est que la rémunération vient en totalité, deux fois l’année. L’une au mois de mai et l’autre au mois d’août. Lorsqu’on te paie le total du coût de tout le café cerise vendu, un léger plus s’observe. Elle indique qu’il y a quelques années qu’elle a acheté une propriété à 300 000 FBu. On lui avait payé 500 000 FBu. Les 200 000 FBu restants ont été alloués aux activités ménagères. On garde l’espoir que le gouvernement se ressaisira un jour pour motiver les caféiculteurs. Heureusement que le café n’est pas «cuisinable». Sinon, elle précise qu’elle allait le servir à ses enfants.
Le montant des dépenses est largement supérieur à la rémunération
Irène Niyimpa, habitant la colline Musema fait savoir qu’elle a le souci de produire le café. Malheureusement, il ne coûte rien du tout. 500 FBu est insignifiant vu le coût de production. Léonidas Sengiyumva rencontré à la colline Musema est pasteur. Il associe cela avec la production du café. Pour atteindre la campagne de récolte du café cerise, il souligne que c’est de la mer à boire. On traverse des moments difficiles. Produire le café est un travail fatiguant pour rien. Le profit est aléatoire. Le coût des dépenses est largement supérieur à la rémunération. Malgré tout cela, on ne cesse pas de préparer des projets de développement sur base de la rémunération provenant du café. Il a construit une maison pour sa famille. Il a aussi payé la dot de son fils et les frais scolaires pour ses enfants.
Le phénomène de cyclicité de la production du café.
Il constitue aussi un défi majeur. Naturellement, la production du café est cyclique avec une amplitude de variation raisonnable de 10% ou 20%, indique Gilbert Nduwayo, chercheur dans la filière café et directeur de la station régionale de recherche de Kayanza. Ce qui s’observe actuellement c’est un phénomène de cyclicité très accentué. Dans le passé, on cultivait le café sur des terres fertiles. On pratiquait la monoculture du café. On avait du paillis.
Pour toutes ces raisons, on parvenait à produire le café pendant deux années successives ou même plus avec une amplitude de variation assez acceptable. Au fur du temps, les terres sont dégradées. Les caféiculteurs continuent à récolter et à exporter les éléments minéraux dont les caféiers ont besoin. Raison pour laquelle on observe le phénomène de cyclicité avec une amplitude de variation très accentuée. Aujourd’hui, on peut récolter 30 tonnes de café cerise et 5 tonnes l’année prochaine. C’est inacceptable pour le Burundi qui compte beaucoup sur les recettes générées par le café.
Les causes majeures de la cyclicité
Dans un premier temps, les facteurs déterminants de cette cyclicité sont la dégradation du sol, le problème de fertilité et de non restitution des éléments exportés par la récolte. De plus, le pouvoir d’achat des caféiculteurs ne leur permet pas de s’approvisionner en intrants nécessaires pour restituer les éléments minéraux exportés par la récolte. Selon toujours Nduwayo, la fumure minérale ne fertilise pas le café et beaucoup de caféiculteurs ne savent même pas si la fumure organique est applicable sur le café. De plus, beaucoup de caféiers sont vieux. Ils datent de l’époque coloniale. Depuis longtemps, on enseignait qu’il ne faut jamais arracher le caféier. Cet appel a été compris par les caféiculteurs. Raison pour laquelle beaucoup de caféiers sont âgés de plus 50 ans.
De manière générale, le paysan a été très mal rémunéré pour son travail. Il a dû accepter un prix qui lui était imposé par l’Etat et qui dépendait des humeurs du marché mondial, se retrouvant ainsi souvent avec un revenu inférieur au coût de production




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