40% des enfants en situation de rue étaient des « rue nourricière » selon les statistiques émanant de l’enquête de 2010 réalisée dans trois grandes villes à savoir Bujumbura mairie, Gitega et Ngozi. Des chiffres qui ne cessent pas de croître pour diverses raisons. Ceux-ci sont envoyés ou accompagnés par leurs parents ou parentés ou « loués » par l’entourage aux fins de mendicité. Pour éradiquer ce phénomène, le rôle des parents et de la société en général est indispensable
Le matin, lorsque les autres enfants de son âge se préparent pour aller à l’école, R.B, 13 ans natif du quartier Buterere, lui, se met en route pour le centre-ville de Bujumbura. C’est d’ailleurs là où il passe des journées entières à mendier. Il ne vient pas seul dans la rue. Sa maman l’accompagne. Elle est aussi mendiante. Lorsque nous l’avons rencontré, il sillonnait l’avenue du Commerce. Après mille et une négociations, il accepte enfin de nous partager son témoignage.
R.B est l’ainé dans une fratrie de deux enfants. Après la mort de leur papa, lui, sa maman et son petit frère se sont retrouvé dans une pauvreté extrême. C’est ainsi qu’il est devenu mendiant depuis son jeune âge. Comme il le témoigne, il quitte la maison à 5 heures du matin chaque jour pour éviter de rater ses cibles. Il prend le bus pour le centre-ville dans l’espoir de trouver de bons samaritains sur le chemin pour l’aider. « Presque tous les chauffeurs de notre localité nous accordent facilement des lifts, car ils nous connaissent », témoigne-t-il. Sa maman et lui mendient dans des endroits différents et mettent ensemble leurs gains avant de rentrer le soir. « Tout ce que je reçois, je le donne à maman et c’est à elle de gérer, car c’est elle qui m’envoie mendier ». Ensemble ils peuvent gagner autour de 15 mille FBu par jour. « Mais il y a aussi des jours où on ne gagne rien », précise –t-il.
Pour R.B, ce travail n’est pas du tout facile car ils sont obligés de faire des cache caches avec les policiers, résister au soleil et à la pluie, etc. Il nous a fait savoir que malgré tout cela, il ne rêve pas de quitter la mendicité car, selon lui, il ne voit pas une autre alternative.

Pour diverses raisons, plus de 40% des enfants en situation de rue sont des enfants « rue nourricière ». Ils sont envoyés ou accompagnés par leurs parents ou parentés ou « loués » par l’entourage aux fins de mendicité.
Si la maman quitte la rue, c’est rare que ses enfants y restent
S.L, 52 ans, est une mère de quatre enfants. Elle a fait deux ans étant mendiante au centre-ville de Bujumbura avant d’intégrer un groupement social. Elle juge d’irresponsables les femmes qui amènent leurs enfants dans la rue. Comme elle le témoigne, à part qu’amener son enfant dans la rue pour mendier l’expose aux différents dangers, la mendicité déshonore. « Je regrette le temps que j’y ai perdu et mon enfant auquel j’ai appris à mendier », regrette-t-elle. Heureusement que N.D, sa fille de 30 ans a pu quitter la mendicité, un métier qu’elle a exercé pendant 9 ans. Cette fille nous a fait savoir qu’avant elle n’avait aucune raison de rester à la maison vu la misère dans laquelle baignait sa famille. « Mais lorsque maman a quitté la rue, je n’ai jamais eu l’envie d’y retourner car, au moins, la nourriture était garantie à la maison », témoigne cette fille.
S.L demande aux autres femmes qui sont encore dans la rue de rejoindre les groupements d’épargne et de crédit au lieu de passer leurs temps à tendre la main à ceux qui ne l’accepte pas. Selon elle, ceci pourrait constituer un remède pour diminuer le nombre des «rue nourricière ». Car si la maman quitte le rue, c’est rare que ses enfants y restent. Pour elle, obliger les mendiants à rentrer chez eux ne pourrait en aucun cas être une solution. « Comme on l’a fait pour nous, il faut rassembler ces mendiants et leur proposer des projets de développement. Peut-être qu’il y en a beaucoup qui y sont parce qu’elles ne voient pas une autre voie de sortie », suggère-t-elle.
La responsabilité sociale est indispensable
Selon Acqueline Ndayishimiye, program manager à Foi en action, le rôle des parents en particulier et de la société en général est indispensable pour décourager la mendicité. Les parents devraient prendre conscience de leur devoir en tant que parents pour garantir à leurs enfants des conditions favorables à leurs bien-être. Elle trouve qu’il y a une défaillance de la société burundaise par rapport à l’adoption du principe coutumier « Umwana si uw’umwe ». Pour elle, le voisinage devrait faire tout le possible pour refuser qu’un parent amène son enfant dans la rue pour mendier. Car, «si un enfant devient délinquant, les conséquences se répercutent sur toute la société », explique-t-elle.
Signalons que selon les enquête de 2010, 40% des enfants en situation de rue dans trois grandes villes (Bujumbura mairie, Gitega et Ngozi) étaient des enfants «rue nourricière». Pour diverses raisons, entre autres la pauvreté et l’irresponsabilité de certains parents, ces chiffres ne cessent pas de croître. Depuis décembre 2013, une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le phénomène des enfants et adultes en situation de rue a été mise en place. Malheureusement, cette stratégie peine encore à pouvoir retirer ces mendiants des rues.




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