Depuis qu’il s’observe de façon inhabituelle des hippopotames qui se trimbalent dans les quartiers de la ville de Bujumbura, pas mal de gens se questionnent sur ce qui est à l’origine de ce mouvement. L’association pour la protection de l’environnement et le développement de la population en dégage quelques raisons. Parmi celles-ci est mise en évidence la recherche de pâturages. Les agriculteurs et les éleveurs en pâtissent.

Floribert Kezimana, géographe et président de l’APEDP: «Les hippopotames ont faim»
«Les hippopotames sont des herbivores. Ils ont besoin de pâturages suffisants pour vivre», indique Floribert Kezimana, géographe et président de l’Association pour la Protection de l’Environnement et le Développement Durable de la Population (APEDP). Il fait remarquer que ces pâturages constitués par les zones tampons sont identifiés par le Schéma Directeur d’Aménagement et de l’Urbanisme (SDAU) qui ne cesse d’être bafoué au vu et au su des autorités du ministère de l’Eau, de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme (MEEATU) sensé le faire respecter.
Quid du SDAU ?
Selon Kezimana, le SDAU est un document fondamental de l’urbanisme. Il montre les lignes directrices de la croissance urbaine et les zones où construire. De plus, il identifie les zones à protéger (les zones tampons), les zones agricoles et les zones sensibles inconstructibles (les fortes pentes). Avec la crise de 1993, ce schéma a commencé à perdre son utilité, précise-t-il. Jusqu’aujourd’hui, on ne le suit pas. Des constructions anarchiques s’observent le long du littoral du lac Tanganyika.
Le code de l’eau n’est pas respecté
De surcroît, l’article 5 alinéa 3 du code de l’environnement n’est pas respecté. Il stipule qu’il est prohibé d’exploiter une espace équivalente à 150 m à partir du lac Tanganyika. Kezimana fait savoir que les législateurs ont fait tout leur possible pour que les écosystèmes en général et les hippopotames en particulier puissent vivre dans de bonnes conditions. Seulement, les lois ne sont pas respectées. Selon lui, beaucoup d’infrastructures sont construites dans les zones tampons où broutent les hippopotames.

Un hippopotame entrain de brouter à côté des bassins de la station d’épuration de Buterere
Les hippopotames ont faim
Dès qu’ils sortent du lac Tanganyika à la recherche de la nourriture, ils se retrouvent coincés entre les infrastructures du centre- ville. Dans une visite que l’APEDP a effectuée la semaine dernière sur le littoral du lac Tanganyika, la zone tampon à partir de la zone kanyosha jusqu’à Kajaga est exploitée. Il reste la réserve naturelle de la Rusizi qui n’est pas exploitée, car elle est protégée. Il souligne que c’est la raison pour laquelle on les voit sillonner différents quartiers de la ville de Bujumbura. Ils ont faim, martèle-t-il.
Ils méritent la protection au lieu d’être tués
Ces hippopotames continuent leur itinéraire à la recherche de pâturages. Malheureusement, Kezimana s’inquiète que ces herbivores sont quelquefois tués au lieu d’être protégés. Celui qui a pris refuge dans les bassins de la station d’épuration de Buterere jusqu’aujourd’hui fait l’objet de lamentations de la part de ceux qui pratiquent l’agriculture urbaine autour de ces bassins. Les propriétaires des champs de maïs, de haricots, de riz, de bananes… lancent un cri d’alarme.
La société «Samaki tamu» en souffre
Willy Nitunga, logisticien dans la société d’élevage des poissons dénommée «Samaki tamu» basée à 1 km de la RN5 (Route Nationale Bujumbura-Cibitoke) indique que les étangs qui ont été construits pour l’élevage des poissons sont menacés par cet hippopotame. Il précise qu’il quitte les bassins de la station d’épuration de Buterere jusqu’à cet endroit. Les appâts utilisés pour la pisciculture ne cessent d’être détruits par cet animal. Les alevins en sont victimes. Ils ne se développent pas. Nitunga fait remarquer qu’on enregistre actuellement une perte estimée à 25 millions de FBu. Il demande au gouvernement de tout faire pour que cet hippopotame regagne le lac Tanganyika.
Signalons qu’un hippopotame a besoin de pas moins de 100 kg d’herbes par jour pour être satisfaits.




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