Commerce

Libre-échange : un levier stratégique pour le développement du Burund

Réunis à Bujumbura lors de la deuxième édition du Forum sur le libre-échange, des acteurs publics et privés ont débattu des opportunités offertes par l’intégration commerciale, notamment dans le cadre de la ZLECAf. Pour les intervenants, le libre-échange pourrait devenir un moteur essentiel de la transformation économique du Burundi à condition de lever les contraintes structurelles qui freinent son insertion dans le commerce international.

La deuxième édition du Forum sur le libre-échange a été marquée non seulement par la richesse des exposés, mais aussi par la tenue d’un panel réunissant plusieurs experts des affaires commerciales.

 

Le Centre for Development and Enterprises Great Lakes (CDE Great Lakes) en collaboration avec le ministère en charge du commerce, a organisé le 18 décembre 2025 à Bujumbura la deuxième édition du Forum sur le libre-échange. Placée sous le thème « Le libre-échange : voie de la prospérité des nations », cette rencontre a rassemblé des décideurs publics, des économistes et des acteurs du secteur privé autour des enjeux liés à l’ouverture commerciale et à l’intégration régionale. L’un des temps forts du forum a été l’exposé du professeur Siméon Barumwete consacré au rôle du libre-échange dans le développement économique et à ses implications pour le Burundi.

Dans son analyse, l’économiste a rappelé que depuis les années 1960, les échanges internationaux ont été multipliés par vingt, jouant ainsi un rôle déterminant dans l’augmentation des revenus mondiaux. Selon lui, le commerce international demeure un levier majeur de l’amélioration des niveaux de vie et des perspectives économiques, y compris pour les pays en développement. Cette dynamique mondiale soulève une question centrale pour le Burundi.  Comment tirer profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) afin de soutenir la vision nationale d’un pays émergent à l’horizon 2040 et développé à l’horizon 2060 ?

Selon le Pr Barumwete, la prospérité économique découle de plusieurs mécanismes clés, dont l’accumulation du capital, l’élargissement des marchés et la division internationale du travail. Cette dernière constitue un facteur essentiel de productivité, en permettant aux pays et aux entreprises de se spécialiser dans les activités où ils disposent d’un avantage comparatif. L’universitaire a également évoqué la notion de la « main invisible », selon laquelle la recherche de l’intérêt individuel, à travers la production, l’investissement et la création d’emplois, contribue indirectement à l’enrichissement collectif.

Le libre-échange présente des points forts

Les avantages que présente le libre-échange ont été largement mis en avant au cours des discussions. L’ouverture des marchés offre aux entreprises la possibilité d’accroître leurs débouchés, de réaliser des économies d’échelle et de réduire leurs coûts de production. La concurrence internationale pousse les entreprises nationales à améliorer leur compétitivité, à investir davantage et à innover tout en limitant le risque de formation de monopoles. Pour les consommateurs, elle se traduit par une offre plus diversifiée de biens et de services souvent à des prix plus accessibles. Par ailleurs, les pays engagés dans des politiques de libre-échange attirent plus facilement les investissements directs étrangers, favorisant ainsi le développement économique et le renforcement des liens entre les peuples.

Toutefois, le contexte économique du Burundi demeure marqué par d’importants défis. Selon la Banque africaine de développement (BAD), la croissance du produit intérieur brut est passée de 1,8 % en 2022 à 2,8 % en 2023. En 2024, certaines estimations situent le PIB du pays entre 3 et 4 milliards USD. Malgré ces progrès, la pauvreté reste élevée. D’après la Banque Mondiale, la proportion de la population vivant avec moins de 1,90 USD par jour est passée de 65,1 % en 2013 à 62,1 % en 2020. L’indice de développement humain, évalué à 0,420 en 2022, classe le Burundi au 187ᵉ rang sur 193 pays.

Mais le Burundi exporte moins

Le commerce extérieur burundais demeure limité par l’étroitesse de sa base d’exportation et par une faible diversification des produits. Plusieurs contraintes structurelles entravent cette diversification, notamment l’accès insuffisant à l’énergie et au financement, les déficits en compétences techniques et un marché du travail formel restreint. A cela s’ajoutent les coûts élevés liés à l’enclavement du pays et aux problèmes de transport. A titre d’exemple, le transport routier d’un conteneur de 20 pieds entre Mombasa et Bujumbura coûtait, en 2014, plus de 5 000 dollars américains, alors que ce même montant permettait de transporter cinq conteneurs similaires du Japon à Mombasa.

Pour Pr. Barumwete, la relance des exportations constitue une piste prioritaire. L’expérience internationale montre que des pays tels que les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, la Corée du Sud, le Japon, etc. ont largement fondé leur développement sur l’expansion de leurs échanges commerciaux. Pour un pays comme le Burundi, le renforcement du secteur privé et l’intégration régionale apparaissent comme des conditions indispensables à une croissance durable. A ce titre, la ZLECAf et les autres organisations économiques régionales représentent des opportunités majeures, encore sous-exploitées, pour stimuler la compétitivité nationale et inscrire le pays dans une dynamique de prospérité à long terme.

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A propos de l'auteur

Gilbert Nkurunziza.

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