Environnement

L’utilisation des emballages non biodégradables, une réalité

Le Président de la République, à travers le décret présidentiel nº100/099 du 8 août 2018, a interdit l’importation, la fabrication et la commercialisation des sachets et autres emballages en plastique. Nonobstant, leur utilisation est encore une réalité sur le marché. Malgré cette situation, les conséquences de l’utilisation de ces sachets sont fâcheuses non seulement sur l’environnement, mais aussi sur la santé humaine. Les détails dans ce numéro

Le Président de la République, à travers le décret présidentiel nº100/099 du 8 août 2018, a interdit l’importation, la fabrication et la commercialisation des sachets et autres emballages en plastique. L’article 9 de ce décret accorde un délai de grâce de 18 mois à compter de l’entrée en vigueur de ce décret pour écouler les stocks déjà disponibles et les commandes passées des sachets et autres emballages en plastique. Néanmoins, la réalité est autre sur terrain.  Dans une visite effectuée par un reporter de Burundi Eco mardi le 14 février 2020 dans la zone Cibitoke de la commune Ntahangwa, les boutiquiers ont indiqué qu’il n’y pas d’autres alternatives pour emballer les produits de leurs clients. Alexis Niyonkuru, boutiquier rencontré à la 6ème avenue du quartier Mutakura fait savoir qu’il est obligé d’emballer les produits de ses clients pour les inciter venir chez lui. «Cela fait partie de mes stratégies de marketing pour fidéliser mes clients», révèle-t-il.

Jeanine Manariyo boutiquière à la 4 ème avenue abonde dans le même sens.  «Mes clients ont toujours besoin de l’huile de palme utilisé pendant la cuisson. Ils viennent sans emballages, car ils savent que j’ai de petits sachets en plastique pour emballer ce produit», indique-t-elle. C’est le même cas pour ceux qui ont besoin d’1 kg de haricot, de sucre, de farine, etc. Ces produits sont toujours emballés dans des sachets non biodégradables, souligne-t-elle.

Ces commerçants font savoir qu’ils continuent à utiliser ces sachets parce qu’ils sont disponibles sur le marché.  Un paquet de 100 pièces de sachets (de couleur noire) s’achète à 3500 FBu (2ème qualité). Celui de 1ère qualité s’achète à 5000 FBu. Au détail, chacun s’achète à 100 FBu. Un paquet de 50 pièces de sachets de couleur verte s’achète à 5500 FBu.  Au détail, chacun s’achète à 200 FBu. Un paquet de petits sachets utilisés pour emballer l’eau, l’huile de palme, la pâte de manioc ou de farine s’achète à 2400 FBu. Au moment où l’Etat veut en découdre avec l’utilisation des sachets non biodégradables, ces commerçants demandent aux propriétaires des usines qui produisent les emballages biodégradables de fabriquer des quantités suffisantes pour satisfaire toutes les demandes.

Quid du danger de l’utilisation des emballages en plastique ?

Récipients par excellence, les sachets plastique sont utilisés en grande quantité tant au Burundi que dans les autres pays. Pratiques et moins coûteux, ces sachets ont atteint un niveau  d’utilisation «hors norme». Selon le consultant en environnement Gildas Ekpangbo (Beninois), les matières plastiques au sens le plus large sont des matériaux organiques constitués de macromolécules produites par transformation de substances naturelles, ou par synthèse directe, à partir des substances extraites du pétrole, du gaz naturel, du charbon ou d’autres matières minérales. Les matières plastiques se composent, à l’en croire, des éléments suivants : carbone (C), hydrogène (H), oxygène (O), azote (N), soufre (S), silicium (Si) et beaucoup d’autres composés chimiques toxiques. Ainsi, chaque année, entre 500 et 1000 milliards de sachets plastique sont utilisés dans le monde, selon une enquête de Greenberry.

Selon l’association anglo-saxonne « Reuse it », la planète consomme un million de sacs en plastique par minute, c’est-à-dire 500 milliards par an au bas mot. Les Français et les Belges  en utilisent respectivement 17 milliards et 3 milliards par an. Avant l’interdiction faite en 2001, le Taïwan utilisait 16 millions de sacs plastique par jour. Les quelques statistiques africaines recueillies donnent pour le Maroc  10 525 tonnes de sacs en plastique et le Nigéria avec ses villes « Pure Water » dont Lagos qui déverse elle seule, quotidiennement environ 20 millions de sacs en plastique, et 70% d’entre eux finissent leur course dans les caniveaux, ruisseaux et l’Océan Atlantique. Aussi légers qu’ils soient, ces sacs se retrouvent dans tous les milieux de vie de la planète. Rues, cours d’eau, forêts et montagnes ne leur échappent pas un peu partout dans les grandes villes du Bénin notamment Cotonou, ils jonchent le sol, les plages et les rivières. Si la pollution visuelle en est la première conséquence, elle n’est que la partie visible de l’iceberg.

Les conséquences de l’utilisation des sachets non biodégradables sont fâcheuses

Selon plusieurs études, les sachets en plastique dont la durée de vie varie entre 100 et 400 ans influencent beaucoup le milieu de vie et ont des conséquences énormes sur l’environnement  et la santé humaine.

Impacts sur l’environnement

Au plan environnemental, le consultant en environnement Gildas Epkpangbo identifié plusieurs conséquences de l’usage des sachets  en plastique

Pollution esthétique ou visuelle

Les sacs en plastique une fois utilisés, se retrouvent par centaines de millions dans la nature, très souvent jetés et/ou transportés par le vent. Ils sont un peu partout, dans les grandes villes surtout où ils jonchent le sol, les plages, et les rivières entrainant ainsi la dégradation des paysages et la destruction de la biodiversité.

Pollution atmosphérique

Pour réduire les sachets en plastique dans l’environnement, les populations africaines, y compris burundaises procèdent simplement à leur incinération, faute d’infrastructures de recyclage et de traitement de ces déchets : Dans ce cas, on parle d’émanation. Cette pratique libère du gaz carbonique et de la vapeur d’eau, renforçant l’effet de serre et contribuant ainsi au phénomène de réchauffement climatique qui constitue l’un des problèmes environnementaux majeurs pour lesquels le monde entier se mobilise. De plus, l’incinération de ces sachets en plastique libère dans l’atmosphère des Composés Organiques Volatils (COV) comme le Monoxyde de Carbone (CO) qui est un gaz très toxique et, dans certains cas, des produits tels que les métaux lourds (plomb, cadmium, …) qui servaient à les stabiliser et/ou à les colorer et les Composés Organochlorés (dioxines et furanes). Selon les pompiers, « dix kilos de plastique qui brûlent font 25 000 mètres cubes de fumées ».

Modification des écosystèmes aquatiques :

Les sachets plastiques dans le milieu aquatique provoquent une modification des écosystèmes. En effet, ils empêchent la lumière, pourtant nécessaire pour la photosynthèse des organismes végétaux, de pénétrer dans l’eau.

Menaces sur les animaux et les végétaux :

Les plastiques flottants deviennent des déchets marins qui, même dans des zones éloignées, tuent des espèces protégées et menacées. La tortue marine s’étouffe avec des sacs plastiques qu’elle prend pour des méduses. Les cétacés et les thons aussi prennent ces sacs pour des proies et les ingèrent. Un autre exemple est celui des nombreux albatros qui meurent, le gésier et l’estomac pleins de dizaines de jouets et objets en plastique (bouchons, morceaux de stylos, gadgets et autres jouets pour enfants, débris de récipients, etc.) qu’ils ont ingéré en mer ou que leurs parents leur ont apportés au nid. Selon une étude publiée en 2011 par institut océanographique de San Diego (Californie), on trouvait en 2009 des morceaux de plastique ingérés dans 1 poisson sur 10 dans le Pacifique Nord, et les poissons vivant dans les profondeurs moyennes en ingéreraient 24 000 tonnes par an environ.

Selon le ministère des Ressources Animales du Burkina Faso, environ 30% de la mortalité  bestiale est attribué aux sachets  en plastique suite à leur ingestion par les animaux.  Au Togo, il a été constaté que des poulets et des moutons élevés meurent d’occlusion stomacale après avoir confondu des bouts de plastique à des vers de terres et à des feuilles. Outre cela, chez les végétaux, ces sacs plastiques asphyxient les sols et constituent un frein à la croissance végétale favorisant ainsi la désertification.

Inondations

Des recherches ont montré que la mauvaise gestion des sachets en plastique peut également provoquer des inondations avec le bouchage des conduites d’eau de ruissellement. Et, à Cotonou, la capitale économique du Bénin, cette situation accroît les risques du fait de l’occupation des passages naturels de l’eau par les habitations.

Glissement de terrain

Forts de leur, longévité, les sachets en plastique s’accumulent dans le sol pour former des couches successives. Le sol devient donc instable et il en résulte des glissements de terrain comme ce fut le cas dans de nombreux de pays du Tiers monde où on a eu à déplorer des morts.

Pénurie d’eau :

Il faut noter en outre que les sachets en plastique sont aussi en partie responsables de la pénurie de l’eau. L’explication permet d’affirmer que l’assèchement des puits et   des forages est aussi la conséquence d’une mauvaise gestion des plastiques usagers qui, enfouis sous le sable, empêchent l’eau de s’infiltrer dans le sol pour atteindre les nappes phréatiques.

Impacts sur la santé humaine

Les conséquences de l’utilisation des sachets en  plastique n’épargnent pas les hommes. A en croire le consultant, les impacts de l’utilisation des sachets en  plastique sur la santé humaine  sont de plusieurs ordres.

Problèmes de reproduction

Des substances chimiques, en particulier présentes dans le plastique, seraient « au premier rang des accusés » de la chute de la qualité des spermatozoïdes (réduite de 50 % depuis 1950) et des maladies liées à l’appareil génital à travers les perturbateurs endocriniens. Les principaux composés incriminés sont les phtalates et le bisphénol A (BPA), deux substances présentes dans certaines matières plastiques. De plus, parmi les additifs les plus controversés figure encore le bisphénol A, très présent dans les plastiques alimentaires et notamment dans 90 % des biberons en 2008. Le BPA est soupçonné d’être un perturbateur endocrinien. Au Canada, tous les biberons contenant le BPA ont été retirés du marché, en application du principe de précaution.

Diabète et maladie cardiovasculaire :

L’Association médicale américaine a publié en octobre 2008 une étude concluant qu’une hausse de la concentration du BPA dans l’urine augmentait de 39 % les risques d’attraper le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Cancer et malformation :

La fumée produite par l’incinération des sachets plastiques contient des dioxines cancérigènes, font remarquer les spécialistes de la santé humaine qui précisent que les sachets plastiques provoquent le cancer. En effet, ce gaz toxique s’attaque aux poumons ou aux hormones provoquant ainsi des cancers et des malformations chez les nouveaux nés.

Paludisme

La stagnation des eaux de pluie provoquée par les plastiques jetés au sol crée des gîtes larvaires pour les moustiques ; d’où la prolifération du paludisme, une maladie tropicale qui tue un enfant tous les jours en Afrique.

Maladies diarrhéiques

Le dépôt des sachets en plastique dans les caniveaux est un obstacle à l’écoulement des eaux. Il en résulte une situation d’insalubrité qui constitue une porte ouverte aux maladies diarrhéiques, notamment le choléra.

Intoxication alimentaire

Les  plats n’échappent pas non plus aux effets néfastes des sacs plastiques. L’utilisation sous diverses formes des sacs plastiques n’est point un secret pour personne dans l’offre des mets ‘’plus présentables’’. Les feuilles de teck, de banane et autres ont disparu des plats et marmites au profit des sacs plastiques dans la préparation du manioc, du riz, du «Ablo » et également pour l’emballage des ‘’plats à emporter ‘’ de divers mets. L’ingestion de tels repas provoque parfois des troubles digestifs dus à la toxicité engendrée par ces sacs plastiques surchauffés. En effet, les éléments toxiques contenus dans les sacs plastiques, ont la capacité de migrer vers les denrées alimentaires, surtout «quand les aliments sont chauds», précise une étude.

Pour se protéger contre ces maux, la promotion de l’utilisation des sachets biodégradables est une nécessité incontournable.

A propos de l'auteur

Jean Marie Vianney Niyongabo.

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