Le secteur pétrolier est confronté à de nombreux défis tels que l’absence de stock stratégique, la fluctuation du prix des produits pétroliers sur le marché international, l’insuffisance et la mauvaise répartition des infrastructures d’entreposage, le manque de système efficace de contrôle et de certification de la qualité des produits pétroliers, etc. Cette situation se présente ainsi alors que ce secteur constitue un des secteurs les plus sensibles dans le développement du pays
Depuis ces derniers mois, l’Autorité de Régulation des secteurs de l’Eau potable et de l’Energie a organisé des ateliers sur la régulation du marché du pétrole et des produits pétroliers. Ces travaux ont été organisés en collaboration avec les administratifs, les forces de l’ordre et les intervenants dans le secteur pour voir comment relever les défis auxquels il est confronté. Selon Daniel Mpitabakana, directeur du carburant à ce ministère, le secteur des produits pétroliers constitue un des secteurs les plus sensibles dans le développement du pays. Néanmoins, il s’inquiète du fait qu’il est confronté à pas mal de défis qu’il faut relever.
L’absence de stock stratégique pose problème
Mpitabakana fait savoir que le Burundi est un pays de l’Afrique centrale qui connait un problème sérieux d’approvisionnement en produits pétroliers dû principalement à son éloignement par rapport aux différents sites d’approvisionnement qui sont particulièrement le port de Dar-Es-Salaam en Tanzanie et d’Eldoret au Kenya. Depuis un certain nombre d’années, le pays vit une situation d’irrégularité pour ce qui est de la disponibilité des produits pétroliers sur le marché local. En effet, le fait qu’il se situe à plusieurs centaines de kilomètres des sites d’approvisionnement et la fluctuation de notre monnaie par rapport au dollar influent sur les coûts applicables à la pompe. Pour remédier à cela, la mise en place d’un stock stratégique est une nécessité.

La défaillance du système de contrôle et de certification des produits pétroliers consommés dans notre pays est un défi de taille.
Fluctuation du prix des produits pétroliers sur le marché international
Selon Mpitabakana, le Burundi baigne dans une dépendance extérieure totale en ce qui concerne les produits pétroliers. Il en importe à 100% à partir des pays du Moyen Orient. Il doit donc s’adapter aux conditions que nous impose cette situation. En effet, le prix du carburant nous est dicté par la loi du marché international et le dollar reste la monnaie de transaction la plus usitée dans ce secteur sur le marché international. Cela signifie que le Burundi doit souscrire au coût du marché international mais également tenir compte de la valeur de sa monnaie par rapport au dollar pour fixer le prix du litre à la pompe en vue de stimuler l’engouement des investisseurs dans ce domaine et maintenir en équilibre les droits et taxes légaux. Or, pendant des années, la stratégie utilisée par le Gouvernement est restée celle de la subvention du prix à la pompe, soit en abandonnant certaines taxes au détriment du trésor public, soit en faisant endosser un certain coût aux opérateurs économiques du secteur pétrolier. Comme conséquence, on a souvent observé des spéculations de la part des sociétés importatrices des produits pétroliers qui estiment travailler à perte, à la base des pénuries récurrentes, parfois pour de longues périodes. Sous d’autres cieux, voire non loin du Burundi, on a compris que cet or noir nous vient d’ailleurs et sous des conditions extrinsèques auxquelles il faut s’adapter à tout prix ; et parfois on pourrait s’imaginer jusqu’où on pourra aller avec la politique de subvention dans un contexte économique parfois difficile.
Insuffisance et mauvaise répartition des infrastructures d’entreposage
Le Burundi dispose de cinq entrepôts agréés. Ces derniers sont implantés à l’Ouest (en Mairie de Bujumbura (4) et au centre du pays (1 à Gitega). Selon Mpitabakana, il est dès lors clair que ces infrastructures ne suffisent pas et sont inéquitablement réparties à travers le pays. Le pays devrait se doter d’autres entrepôts à implanter dans les quatre coins du pays pour éviter toute surprise en cas de rupture d’approvisionnement pour diverses raisons, et qui parfois sont imprévisibles. Pour rappel, des cinq entrepôts existants sur tout le territoire national, seuls deux appartiennent à l’Etat et une seule se trouve à l’intérieur du pays. La capacité globale de stockage est maintenant évaluée à 60 millions de litres si on inclut le tank du parc pétrolier de Gitega endommagé une fois qu’il est réhabilité et la mise en fonctionnement effectif de l’entrepôt FALCON de Bujumbura appartenant à un opérateur économique privé. Ces infrastructures sont à la fois insuffisantes et mal réparties sur le territoire national, car les régions du Sud, du Nord et de l’Est du pays sont obligées de s’approvisionner à Bujumbura. Cette situation a certes un impact sur le prix du carburant à la pompe et influe du même coup sur le revenu du consommateur.
Mpitabakana fait savoir que neuf sociétés importatrices des produits pétroliers agréés sont en activité. Parmi elles, on compte trois sociétés étrangères et six autres locales. Les sociétés importatrices affiliées à l’étranger sont DELTA PETROLEUM BURUNDI avec siège à Nairobi, MOGAS BURUNDI, affiliée en Ouganda, KOBIL BURUNDI, affiliée à Nairobi. Les sociétés importatrices locales en activité sont INTERPETROL BURUNDI, BURUNDI PIPELINE PRODUCTS (BUPP), NEW OIL COMPANY (NOC), MEREZ PETROLEUM et YAKEME OIL COMPANY (YOC), SIPPEBU. Au cours des deux dernières années, sept sociétés étrangères ont été retirées de la liste des importateurs. Il s’agit de MOUNT MERU PETROLEUM affiliée en Inde, JET FUELS affiliée en Inde, ASHARAMY ENERGY BURUNDI affiliées au Liban, FIGETRA, BURUNDI PETROLEUM (d’origine indienne), FAST ENERGY (d’origine kenyane) et IMATCO (société locale). De plus, on compte trois sociétés locales nouvellement agrées, mais qui n’ont pas encore débuté leurs activités. Il s’agit de LYBAJAJ, MUSUMBA STEEL COMPANY et PRESTIGE INVESTMENT
Evelio Mushimantwari, cadre à l’AREEN ajoute que l’état des lieux de certaines stations- services laisse à désirer. Certaines stations ne disposent pas de dispositifs de sécurité dont les extincteurs, les bacs à sables, etc) pour assurer leur protection contre les catastrophes éventuelles dont les incendies, la sécurité des pompes. De plus, le personnel ne dispose pas de tenues de service, de cash poussières, de souliers, de casques, etc. Il déplore le fait qu’un bon nombre de stations-services sont dans un état déplorable et délivrent des quantités inférieures à 1 litre (entre 0,940 à 0,999ml).
Manque de système efficace de contrôle et de certification de la qualité du carburant
«La défaillance du système de contrôle et de certification des produits pétroliers consommés dans notre pays est un défi de taille», précise Mpitabakana. Actuellement, la situation est telle que de simples tests peuvent être localement réalisés, mais sans permettre de certifier que le produit est effectivement susceptible d’être utilisé sans danger. Les conséquences d’une telle situation ne sont plus à démontrer étant donné que des cas de produits souillés se sont déjà manifestés et que les produits ont dû être envoyés en République Unie de Tanzanie pour un test de qualité. Ce qui justifie la pertinence d’un projet de mise en place d’une unité chargée du contrôle et de la certification de ce genre de produits. Evidemment, ceci doit être une responsabilité partagée entre l’Etat et ses partenaires dans le secteur. L’objectif étant de s’assurer de la bonne qualité des produits pétroliers commercialisés sur le marché local burundais pour satisfaire aux exigences de la région de l’Afrique de l’Est en la matière.

La mise en place d’un stock stratégique est une nécessité.
Suite au manque de ce système, les Burundais craignent qu’ils puissent être affectés par les effets liés à l’utilisation des produits pétroliers de mauvaise qualité comme cela a été le cas pour les populations de certains pays de l’Afrique de l’Ouest. Une enquête réalisée par l’Inspection néerlandaise pour l’environnement humain et les transports a précisé que les carburants destinés au marché de l’ouest africain sont composés de substances hautement cancérigènes, tels que le manganèse et le benzène dans les cargaisons de 44 pétroliers en partance pour l’Afrique de l’Ouest.
Près de 400 fois plus de soufre
L’ILT note également que les carburants destinés à l’Afrique de l’Ouest contiennent »300 fois plus de soufre qu’autorisé par les standards européens ». Ce résultat recoupe celui de la précédente enquête « Dirty Diesel » (« diesel sale » en français) de l’organisation suisse Public Eye. Rendu public en septembre 2016, son rapport révélait que le diesel pouvait contenir jusqu’à près de 400 fois plus de soufre que la teneur admise en Europe ! « Par ces pratiques illégitimes, ces sociétés contribuent à l’explosion de la pollution de l’air dans les villes africaines et nuisent à la santé de millions de personnes », expliquait Public Eye. Or la pollution de l’air est déjà un problème majeur en Afrique.
La pollution de l’air est un véritable problème de santé publique dans les villes africaines, qui figurent parmi les plus polluées au monde. Les gaz qui sortent des tuyaux d’échappement des véhicules sont l’une des principales causes de la pollution de l’air aux particules fines. Bien qu’en Afrique, il y ait moins de voitures en circulation qu’en Europe, les émissions polluantes y sont plus élevées, car les carburants utilisés contiennent davantage de soufre. La combustion de ces carburants toxiques libère des quantités très importantes de particules fines. Ils entravent par ailleurs le bon fonctionnement des catalyseurs et des filtres à particules.
La forte pollution de l’air a des conséquences désastreuses sur la santé des populations des régions concernées. Les maladies respiratoires sont une des premières causes du recours à des soins hospitaliers à Accra (Ghana), précise Public Eye. Si aucune mesure n’est prise pour réduire la haute teneur en soufre des carburants, la pollution de l’air liée au trafic routier causera durant l’année 2030 la mort prématurée de 31.000 personnes en Afrique, soit trois fois plus qu’en Europe, aux Etats-Unis et au Japon.




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