Société

Mutimbuzi-Kajaga : A la rencontre des sans-abris occultés

Depuis un certain temps, il s’observe un problème de logement dans certains quartiers périphériques de Bujumbura. A Kajaga, une localité semi-urbaine de la commune Mutimbuzi, le problème des sans domiciles fixes est une réalité

L’aiguille de la montre marque 8 heures. Après quelques minutes de marche à travers le quartier Kajaga, une bicyclette garée devant une maison en étage attire notre attention. Cette maison apparemment en chantier depuis longtemps et entourée d’herbes semble être habitée. A l’intérieur de la maison, un fagot de bois et  un foyer. Dans une autre chambre, un bidon gît par terre. Sûrement que quelqu’un vient d’y prendre sa douche. L’odeur âcre envahi les narines. Un jeune homme sort d’une autre chambre voisine à notre appel. « Je suis veilleur et je loge ici depuis plus de trois ans. Je suis au travail», explique cet homme qui refuse de dévoiler son identité. Encore célibataire, il fait du taxi vélo le jour pour venir s’y abriter le soir. J’en profite donc pour me reposer un peu. Sinon, je suis au travail ici», explique-t-il.

Simon Rukubo, un jeune homme interrogé confirme l’existence des sans domiciles fixes dans cette localité. « La plupart des personnes habitant les maisons encore en chantier sont à Kinyinya, surtout à la  colline Kinyinya 3 », précise cet homme qui dit être à la quête d’un petit job dans un ménage d’à côté.

A Kajaga, les habitants des maisons en cours de construction vivent dans des conditions très difficiles.

A la rencontre des sans domiciles fixes de Kajaga

Après une dizaine de minutes à vélo, nous arrivons au marché de  Kinyinya. Un quartier bien viabilisé, mais sous la menace constante des eaux envahissantes. Une marche de plus ou moins 15 minutes s’impose pour arriver à la colline Kinyinya 3. Dans certains endroits, il faut absolument être prudent pour poser correctement le pied sur une pierre déposée dans une zone inondée. Certaines gens sont obligées de retrousser les vêtements pour ne pas être trempées, de marcher dans l’eau depuis leurs ménages jusqu’aux espaces secs.

Dans cette localité, plusieurs familles vivent dans des chantiers des maisons en cours de construction et dans une misère sans nom. Dans des ménages, les habitants des maisons en cours de construction vivent dans des conditions  très difficiles. Souvent, les chantiers habités ne sont pas encore couvertes.

Nous avons visité quelques ménages encore accessibles. Adeline Uwimana, une femme mariée et mère de six enfants est en train de faire la lessive devant une maison en chantier. Elle habite là, dans cette maison sans porte ni fenêtre.  «Nous sommes venus ici chassés par les inondations qui ont détruit notre maison», explique-t-elle. Cette maison de fortune n’est pas encore équipée des lieux d’aisance. La famille est obligée d’utiliser ceux des voisins. Rien n’indique qu’il s’agit d’un logement pour toute une famille. Seule une chambre hermétiquement fermée à l’aide d’une porte fragile est couverte d’un sachet. Mme Uwimana n’est pas rassurée. Elle ne sait pas  ce qui pourrait arriver au cas où le propriétaire de la maison voudrait en finaliser la construction.

Certaines familles sont contrées de partager la même maison

Certaines familles sans domiciles fixes partagent une même maison. Nous avons visité les voisins d’Adeline Uwimana. C’est une maison un peu vaste encore en chantier. Ils doivent se débrouiller pour fermer les chambres qu’ils occupées. Au total, trois familles partagent cette maison. L’une d’entre elles dit avoir six enfants.

Incapables de payer un loyer, ces familles venues de Gatumba sont obligées de loger dans des chantiers, parfois dans des quartiers éloignés de celui de départ. Pour Euphrasie N., la plus jeune qui a six enfants, le départ reste imminent. «Si jamais le propriétaire veut continuer ses travaux, c’est la rue qui nous attend», explique-t-elle, mine renfrognée.

Une vieille mère qui semble très désespérée a sa propre famille. Elle vient de Gatumba et vit avec ses deux petits-fils qui ont abandonné l’école. Ne voulant pas trop épiloguer, elle dit mener une vie très difficile. Ses trois petits-fils ont abandonné l’école. La main droite sur la joue et les yeux sur sa marmite rivés, elle ose se définir comme un mort-vivant. « Nous vivons comme des morts-vivants qui ne feront que tomber le jour j», dit-elle exaspérée.

Joint au téléphone, Siméon Butoyi, administrateur de la commune Mutimbuzi indique qu’il ignorait l’existence de ces personnes. Il promet cependant de suivre de près ce dossier pour se rendre compte de l’état des lieux de cette question. Pour lui, il s’agit d’un grand dossier qui doit être traité  au niveau national.

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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