Pour faire face à la pauvreté qui règne dans leurs familles, beaucoup de filles mineures sont contraintes à travailler comme domestiques dans certains ménages urbains. Etant bon marché, elles sont souvent exploitées et exposées à toutes sortes de violences. Toutefois, les défenseurs des droits de l’enfant déplorent que la loi burundaise ne prévoit rien en ce qui concerne l’emploi des mineurs
Au Burundi, beaucoup d’enfants sont privés de leur enfance parce qu’ils sont contraints de travailler assez tôt malgré leur jeune âge. Ils sont de plus en plus nombreux dans les villes et les centres urbains à travailler comme domestiques, vendeurs d’œufs, etc. Certains employeurs, surtout dans le secteur informel, embauchent les mineurs par le simple fait qu’ils sont bon marché et faciles à exploiter.
B.N. est une fillette de 13 ans originaire de la commune Rugombo dans la province de Cibitoke. Elle est aînée dans une fratrie de deux enfants. Son père est décédé quand celle-ci était en deuxième année primaire à l’âge de onze ans. Les moments difficiles qui ont suivi la mort de son papa ont complètement déboussolé le reste de cette famille. Sa maman s’est livrée à la débauche. Suite au comportement de sa maman, personne ne voulait leur venir en aide, ni du côté paternel, ni du côté maternel, ni même les voisins.
C’était à peine qu’ils avaient de quoi mettre sous la dent. Les histoires d’études étaient quasiment impossibles ou oubliées. B.N. a commencé à faire les travaux ménagers toute seule, à cultiver les champs, etc. jusqu’à ce que cela devienne irrésistible.

Au Burundi, beaucoup d’enfants sont privés de leur enfance parce qu’ils sont contraints de travailler assez tôt malgré leur jeune âge.
L’herbe est souvent verte ailleurs
Un jour, sa cousine lui a proposé de l’amener à Bujumbura pour chercher de l’emploi. Le choix entre laisser son petit frère avec une maman irresponsable comme la leur et assister impuissamment aux bizarreries de sa mère, lui paraissait difficile.
En tout cas, entre ces deux maux, il fallait choisir le moindre. Pour elle, l’avis de sa maman sur ce sujet importait peu. « Je n’y voyais aucun problème, j’étais déjà habituée aux travaux domestiques dans des conditions difficiles, je croyais qu’il ne pouvait pas y avoir pire que cela », fait-elle savoir. « A son retour à Cibitoke, ma cousine portait de beaux habits et de belles chaussures. Elle avait grossi. Je ne pouvais pas refuser sa demande si c’est pour devenir comme elle », ajoute-t-elle.
En plus de cela, sa cousine l’avait rassuré pour ce qui est du ticket. Sa future patronne avait accepté de payer son ticket à l’avance quitte à ce qu’elle rembourse lorsqu’elle percevra son premier salaire. Pour Belyse, tout cela lui témoignait la gentillesse des gens de Bujumbura.
Exposées à l’exploitation
B.N. a commencé cette nouvelle aventure dans une ville où sa seule référence familiale était cette cousine qui travaillait à quelques kilomètres de la nouvelle adresse de B.N. Elle devrait garder 5 enfants dont l’aînée avait 8 ans et le plus petit avait une année. Elle devrait concilier cette garde avec les autres travaux ménagers, cuisiner, faire la lessive pour tous ces 5 enfants et leurs parents, aller puiser de l’eau à des kilomètres de son lieu de travail et tout cela pendant plus de 17 heures par jour. Dans les conventions, Belyse devrait gagner 15 mille francs burundais par mois. Cette somme paraissait suffisante pour cette gamine qui peut-être l’évaluait en terme de sachets de bonbons comme tous les enfants de son âge.
Exposées aux violences de toutes sortes
Avant même la fin du premier mois, sa maman et son frère lui manquaient déjà. Une réaction compréhensible pour un enfant de 13 ans qui devrait normalement être en train de bénéficier de l’affection parentale. Elle pleurait tout le temps, mais personne ne compatissait à son chagrin. Son boulot était trop dur pour lui. Elle n’en pouvait plus. Sa patronne la traumatisait, l’insultait et la battait parfois. B.N. a donc décidé de retourner chez elle à Cibitoke. Pour elle, l’argent qu’elle percevait dans de telles conditions ne valait rien. Elle n’a pas tardé communiquer sa décision à sa cousine.
Malheureusement, puisqu’elle n’avait pas terminé de rembourser l’avance à sa patronne, elle devrait travailler jusqu’au remboursement de la totalité de cette avance. Elle a dû quitter cet emploi pour chercher un autre. Cette fois-ci avec l’objectif de gagner de quoi payer un ticket pour retourner à Cibitoke.
Les défenseurs des droits de l’enfant alarment
David Ninganza, directeur du centre de protection de l’enfant et chef du programme protection, prévention et plaidoyer à la SOJPAE déplore qu’il n’y ait pas une loi régissant l’emploi des mineurs au Burundi. « Les mineurs sont de plus en plus employés dans le secteur informel. Malheureusement, il n’y a pas de loi qui régit ce secteur qui occupe plus de 75% des activités économique du pays. Cela handicape énormément l’action des défenseurs des droits de l’enfant », regrette M. Ninganza. Il rappelle cependant qu’aucun enfant de moins de 16 ans ne devrait être employé comme travailleur quelque soient les conditions.
L’article 32 de la Convention internationale des droits de l’enfant indique que « les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant à être protégé contre l’exploitation économique et à n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social ».




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