Après l’échec partiel du processus de décentralisation lancé en 2018 et prévu pour s’achever en 2027, le pays se retrouve aujourd’hui face à un nouveau découpage administratif. Celui-ci fait passer le territoire de 18 à 5 provinces et de 119 à 42 communes.
Ce redécoupage peut-il être réellement efficace ? Est-ce une simplification salutaire ou une complication de plus ? Sera-t-il, à son tour, voué à l’échec ?

Mélance Maniragaba, rédacteur en chef.
Parmi les défis rencontrés dans la mise en œuvre de la décentralisation figurent : le manque de personnel qualifié, la mauvaise gestion des budgets, l’insuffisance des moyens matériels et financiers dans certaines communes, la faiblesse de la coordination entre les ministères, ainsi que la fuite des responsabilités.
Peut-on espérer qu’avec ce nouveau découpage administratifs, un système déjà adopté par certains pays de la Communauté Est-Africaine (CEA) dans une logique de meilleure gouvernance locale, le pays corrige enfin ses erreurs passées et atteigne les objectifs initiaux de la décentralisation ?
Pourtant, à ce stade, l’efficacité du redécoupage administratif reste incertaine. Il soulève beaucoup d’inquiétudes majeures : éloignement des services administratifs, notamment en zones rurales ; perte de proximité dans la gestion des besoins locaux ; affaiblissement de l’identité locale et complexité dans le reclassement du personnel, des actifs et des budgets.
Par ailleurs, la concentration du pouvoir entre les mains de quelques gouverneurs suscite des craintes quant à une possible exclusion de certaines communautés, en cas de mauvaise gestion de la représentativité.
A cela s’ajoutent les risques de confusion administrative, de paralysie temporaire des services et de résistance au changement. Ce dernier point rappelle d’ailleurs les années 2000 où on constatait déjà que les choses bougeaient, mais où certains administrateurs refusaient de libérer leurs bureaux ou ne le faisaient qu’après les avoir détériorés.
Malgré ces difficultés, ce nouveau découpage administratif pourrait marquer le début d’un redressement administratif s’il est bien mené. Parmi ses avantages potentiels, on peut citer entre autres la réduction des coûts de fonctionnement, l’amélioration de l’efficacité de l’administration par une centralisation partielle de certaines fonctions, une vision plus cohérente du développement régional, une meilleure coordination des projets intercommunaux et interdistricts, le renforcement de la redevabilité des autorités locales, l’intégration plus équitable des zones riches et pauvres pour une redistribution plus juste des ressources publiques…
Pour transformer cette réforme en réussite, le gouvernement a le devoir d’agir avec méthode et rigueur. Il doit notamment établir un calendrier progressif et réaliste de mise en œuvre, réaliser une cartographie claire des responsabilités et services dans les nouvelles entités, mettre en place des guichets administratifs décentralisés (physiques, mobiles ou numériques) pour éviter l’éloignement des citoyens, valoriser les identités culturelles et historiques des anciennes provinces dans le nouveau cadre, instaurer une participation citoyenne locale dans les décisions provinciales, garantir une représentation équilibrée de toutes les communautés dans les nouvelles structures, renforcer les capacités des autorités locales, mener une campagne nationale de sensibilisation, pour expliquer les raisons de la réforme, les bénéfices attendus, et les mécanismes d’adaptation à cette nouvelle organisation…



Tant que le décideur politique ne travaille pas sur une vision claire et partagée par ses membres du gouvernement des tâtonnements encore plus graves sont encore à venir.
Tant que le décideur au niveau central ne travaille pas sur une vision claire et partagé par les membres de son gouvernement, des tâtonnements encore plus graves sont à venir.