Développement

Partenariat public-privé : Encore du chemin à faire

Récemment adoptée au Burundi dans le but de relever les entreprises publiques, la politique économique des PPP n’a pas encore donné de résultats palpables. Selon les experts, il y a encore à faire pour rendre les PPP plus utiles au le pays. L’organisation du forum national sur le développement du Burundi qui s’est tenu à Bujumbura du 18 au 19 novembre 2021 a été l’occasion de dévoiler l’état des lieux de cette nouvelle politique   

Par son savoir-faire, son expertise et son expérience, le secteur privé peut contribuer au développement du pays. Le partenariat public-privé permet au gouvernement de limiter les dépenses en ce qui est de la gestion de ses infrastructures. Selon Dr Callixte Nizana, juriste et enseignant d’université, l’Etat n’est pas toujours capable de bien financer toutes ses infrastructures et l’intervention du secteur privé aide dans le financement.

Cependant, l’expert rappelle que les intérêts divergent dans ce genre de partenariat. « L’Etat cherche à offrir un service public efficient alors que les investisseurs privés ont besoin d’engranger des intérêts », a-t-il indiqué avant de souligner que le PPP est différent de la privatisation.

Le partenariat public-privé peut contribuer au développement des infrastructures de grande envergure au cas où il est bien appliqué.

Quid de l’état des lieux des PPP au Burundi ?

Les PPP sont très récents au Burundi. Au total, 18 contrats ont été déjà recensés et certains d’entre eux sont en cours de négociation. Cependant, le conférencier affirme que ce chiffre n’est pas exact. Ce qui témoignerait d’une autre forme de mauvaise gouvernance. « Il y a des contrats de partenariat qui sont signés sans respecter la procédure normale et qui ne sont donc pas recensés », a indiqué Nizana avant de clarifier qu’aucun investisseur Burundais ne figure sur la liste des attributaires des 18 contrats cités. Tout de même, ce juriste dit qu’il y en a d’autres qui ont un caractère confidentiel.

Jusqu’aujourd’hui, la majorité des contrats ont été proposés par les investisseurs privés. Pour lui, cet état de choses soulève des interrogations quant à l’adéquation de ces contrats avec l’intérêt général. Selon lui, c’est l’Etat qui définit les projets qui sont porteurs d’intérêt général.

Quid du partenariat gagnant-gagnant ?

« Le contrat de PPP doivent parvenir à concilier des objectifs antagonistes », a-t-il indiqué avant de mentionner que le partenaire privé doit savoir qu’il agit dans service public. Cependant, il déplore le fait que le PPP au Burundi est dépourvu d’une politique nationale spécifique y relative. Pour lui, ce nouveau concept dans la gestion de la chose publique est souvent mal perçu. Un peu critique, il a indiqué que l’échec de certains projets a été la conséquence de la non implication suffisante des institutions administratives. Il a rappelé que le PPP nécessite une préparation minutieuse des projets pour éviter l’échec. « Dans la plupart des projets qui ont échoué, les objectifs poursuivis par l’administration n’étaient pas claires », a souligné l’expert.

Nizana a également pointé du doigt le problème lié à l’insuffisance des ressources humaines. Ce qui peut mettre à mal l’intérêt recherché par l’Etat dans ce genre de partenariat.  Pour illustrer la situation, il a donné l’exemple de l’agence chargée de la gestion des contrats de PPP. « Parmi les 11 employés, il y a un seul ingénieur alors que les projets signés relèvent des domaines de la construction, de l’énergie,… », a-t-il constaté. Pour lui, il est facile de se faire avoir par le financier qui peut constater une faiblesse  institutionnelle qu’il peut exploiter lors des négociations.

Pour Me Gilbert Nibigira, un des panélistes du jour, un vrai contrat gagnant-gagnant doit être efficace. Pour lui, ces contrats, à part le bénéfice financier, devraient permettre d’offrir un service de qualité et d’assurer le transfert de compétences pour qu’on ne se retrouve pas à la case départ à la fin du contrat. Il a aussi indiqué qu’il faut une préparation minutieuse et claire des contrats pour éviter la renégociation qu’il considère comme un des éléments pouvant décourager les investisseurs potentiels.  Pour ce juriste, la transparence est l’une des choses les plus importantes dans les contrats PPP.

Des stratégies pour relever les défis

Pour réussir le contrat PPP, Nizana a proposé quelques pistes. Ce juriste propose aux décideurs de procéder à un audit des PPP déjà conclus. Jugeant que la loi sur les PPP a toujours besoin de complément, il indique qu’il est important de mettre en place une politique nationale des PPP s’inscrivant dans une stratégie globale d’investissement. Il a également recommandé le respect de la réglementation dans le choix du partenaire, notamment en prenant en compte le principe de compétition et en luttant contre la corruption. « La loi exige une compétition même quand il s’agit d’une proposition spontanée », a fait remarquer le juriste.

Un des piliers du développement retenus dans Plan National du Développement, les PPP restent une source d’espoir pour le développement du Burundi. Pour Dr Nizana, ce partenariat peut toujours contribuer au développement des infrastructures de grande envergure, mais sous certaines conditions. 

A propos de l'auteur

Jonathan Ndikumana.

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