Société

« Pas de mendicité dans un pays qui fête ses 60 ans d’indépendance »

Une autre campagne de retrait des enfants en situation de rue, des adultes mendiants et des délinquants de la voie publique est en cours. Ces trois catégories de personnes ont deux semaines à compter du 21 juin 2022 pour avoir abandonné cette habitude. De même, ceux qui seront attrapés en flagrant délit de don d’argent ou autre assistance à ces mendiants auront la même punition qu’eux   

Les enfants en situation de rue, les adultes mendiants et les délinquants ont deux semaines à compter du 21 juin 2022 pour avoir abandonné la mendicité sur la voie publique et quitter les endroits où ils l’exercent. A cet effet, ceux qui ont l’un ou l’autre souci les poussant vers la mendicité sont priés de se confier aux administratifs à la base ou aux chargés du développement social pour un soutien éventuel. Et quiconque veut apporter un soutien à ces catégories de personnes est appelé à se confier aux groupes sociaux présents jusqu’au niveau collinaire pour une coordination éventuelle. «Celui qui sera attrapé en train de donner de l’argent ou autre assistance aux mendiants et aux enfants en situation de rue aura la même punition qu’eux, car ces dons encouragent la mendicité», lit-on dans un communiqué sorti par le gouvernement du Burundi via le ministère ayant la solidarité dans ses attributions.

Comme l’a fait savoir Félix Ngendabanyikwa, secrétaire permanent à ce ministère, ce programme est organisé dans l’optique de défendre les droits de ces catégories de personnes. « La place de l’enfant est à l’école et non dans la rue. Personne ne devrait non plus devenir mendiant dans son propre pays », fait-il savoir. Il tient également à rappeler que dans la tradition burundaise, il était interdit de mendier et que cela est d’ailleurs sanctionné par le code pénal. « Voir autant de mendiants dans les rues est une honte pour un pays qui fête ses 60 ans d’indépendance », ajoute-t-il.

La place de l’enfant est à l’école et non dans la rue. Personne ne devrait non plus devenir mendiant dans son propre pays.

Un problème insoluble

Ce n’est pas la première fois qu’une telle initiative est prise au Burundi. Cette problématique préoccupe depuis belle lurette le gouvernement du Burundi et les associations luttant pour les droits de l’homme en général et ceux des enfants en particulier. Il y a quelques années, le gouvernement du Burundi a adopté une stratégie de reconduire ces enfants dans leurs familles respectives, mais cela n’a pas marché. Après une semaine, les routes étaient de nouveau bondées d’enfants en situation de rue. 

Pour certains défenseurs des droits de l’enfant, l’échec de cette stratégie à laquelle le gouvernement du Burundi a fait recours était prévisible. Pour eux, l’urgence était d’identifier la cause de ce phénomène et d’y apporter une solution adéquate avant la reconduite de ces mendiants et des enfants en situation de rue dans leurs familles d’origine. Une autre lacune évoquée résidait au niveau du suivi psychologique de ces enfants en situation de rue avant leur rapatriement.

Cette fois sera-t-elle la bonne ?

Pour ce qui est de l’efficacité de ce nouveau programme, Ngendabanyikwa se montre optimiste. «Nous allons redoubler d’efforts pour pouvoir cette fois-ci clôturer ce programme. L’objectif est zéro enfant en situation de rue et zéro adulte mendiant. Nous n’avons pas le droit à l’échec», assure-t-il. Pour ceux qui disent que la cause principale de ce phénomène est la pauvreté qui menace beaucoup de ménages au Burundi, Ngendabanyikwa n’est pas totalement d’accord. Selon lui, même dans les années antérieures, il y avait des pauvres, mais, ce n’est pas pour autant qu’ils mendiaient ou envoyaient leurs enfants mendier dans les rues.

Pour gagner ce pari, il est prévu une prise en charge depuis leur retrait de la rue jusqu’au suivi une fois intégrés dans la communauté ou dans leurs familles d’origine en passant par des centres de transit temporaires où ils se préparent à regagner leurs familles et leurs communautés.

Selon Ngendabanyikwa, ce programme sera assuré par trois ministères à savoir : le ministère en charge de la solidarité, le ministère ayant la sécurité publique dans ses attributions et le ministère en charge de la justice. « Tous les administratifs à la base ont été sensibilisés. Chaque province sera dotée d’au moins un centre pour accueillir et suivre ces mendiants. Ceux qui sont chargés de piloter ce programme ont été formés. Personne ne sera brutalisé. Il y aura également des places aménagées pour les sans domiciles fixes », rassure Ngendabanyikwa. 

Aqueline Nshimirimana, program manager chez Foi en Action, se réjouit de cette bonne initiative du gouvernement. « Le plus important est la mise en application des mesures accompagnatrices », souligne-t-elle. Selon Nshimirimana, pour que le phénomène des enfants en situation de rue soit définitivement éradiqué, il faut que les institutions communautaires soient renforcées et suffisamment financées pour être à mesure de répondre aux besoins de ces vulnérables. La sensibilisation des parents sur les bonnes pratiques parentales et le renforcement socio-économique des ménages vulnérables au niveau de tout le pays sont plus que nécessaires.

A propos de l'auteur

Florence Inyabuntu.

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